Contes de fées, vers un modèle féministe ?

Dès l’enfance, nous lisons et visionnons des dessins animés narrant les histoires de Blanche-Neige, de la Belle au bois dormant ou de Cendrillon. Or ces récits sont parfois des vecteurs des valeurs du patriarcat et certains deviennent l’objet de débats en raison du jeune public qu’ils visent. Comment peut-on remettre en question ces contes et leurs représentations, tout en évitant de tomber dans la cancel culture, la tendance au bannissement social de textes, personnalités ou institutions justifiées par leur caractère possiblement problématique ? Le féminisme tend à proposer aux petites filles et aux petits garçons de nouveaux modèles de couple, des rôles moins genrés et des corps féminins moins disponibles. Celles qui Osent vous a préparé une sélection de contes et récits progressistes à lire ou montrer aux enfants. 

Prince et princesse, un traitement égalitaire ? 

Les princesses des frères Grimm ou de Charles Perrault reprises par Walt Disney ne sont pas un modèle d’émancipation. Dans les contes, la femme n’est pas un sujet actif ou désirant. Au contraire, c’est un personnage qui est presque toujours stéréotypé. La princesse parfaite est belle, douce, pleine de bonté et de gentillesse, docile et passive. Le prince, lui, est caractérisé par son courage et autres qualités relevant du domaine de l’action. Par exemple, le prince de la Belle au bois dormant ose s’aventurer dans le château endormi, pendant qu’Aurore (dont le nom est donné par Walt Disney) est plongée dans un sommeil profond.

Prince et princesse ne vivent pas non plus l’âge de la puberté de la même façon. Les princesses sont en général de très jeunes filles, dont la liberté est réprimée par la méchante belle-mère/sorcière dès la puberté. C’est le jour de son seizième anniversaire qu’Aurore se pique le doigt avec un fuseau. C’est à l’âge de douze ans que Raiponce est enfermée dans une tour par sa mère adoptive. D’après les psychologues, le conte de Blanche-Neige décrit les étapes de la puberté chez la jeune fille : la scène de la pomme décrirait le passage de l’enfance vers une sexualité adulte. Pour le prince, l’âge de la puberté est l’occasion de sortir de l’espace domestique et familial pour découvrir le monde. 

Les archétypes féminins dans les contes de fées 

Les personnages féminins des contes de fées sont toujours très stéréotypés et reconnaissables. La princesse, on l’a dit, est belle, douce et gentille. La méchante marâtre ou la méchante sorcière sont en général associées à la laideur. Dans la Belle au bois dormant, Maléfique a le teint vert et deux cornes sur la tête. Dans Blanche-Neige, la sorcière, en plus d’être terrifiante, est vieille, édentée, et a un nez crochu agrémenté d’une verrue. Les méchantes sont aussi les personnages les plus puissants : Maléfique a des pouvoirs magiques, mère Gothel, l’antagoniste de Raiponce, a conservé sa jeunesse pendant des centaines d’années, la belle-mère de Blanche-Neige règne sur tout un royaume. 

Rares sont les personnages féminins cumulant gentillesse et puissance. S’ils existent, ce sont souvent des fées, des créatures fantastiques, et il s’agit de personnages secondaires. Dans la Belle au bois dormant, les fées-marraines dotent la jeune princesse de dons et parviennent à modifier le mauvais sort lancé par Maléfique, mais n’apparaissent que peu de fois dans l’histoire. 

La médiatisation de masse des contes de fées

Si nous sommes aussi familiers des contes de fées, c’est en grande partie grâce à Walt Disney et son adaptation des contes européens en dessins animés. Les contes de Perrault ou d’Andersen sont réécrits afin de satisfaire le jeune public et les parents. Cette réécriture a exacerbé le côté passif et attentiste de la princesse et le côté maléfique de la sorcière. Walt Disney met également l’intrigue romantique au cœur du récit, là où chez Perrault, Grimm et Anderson, le prince n’est qu’un élément déclencheur parmi d’autres et ne survient qu’à la fin de l’histoire. 

L’imaginaire des enfants se développe entre quatre et six ans. Or, à travers les dessins animés, les jeunes enfants observent des princesses qui dépendent d’un homme ou qui semblent victimes de leurs sorts. La scène de baiser non consentie, lorsque les princes embrassent Blanche-Neige ou la Belle au bois dormant, fait partie des premières représentations du couple et de l’amour transmis. Problématique, non ?

Vers une réappropriation féministe des contes

Les contes de fées ont été de nombreuses fois sujets à la réécriture. À l’origine, il s’agissait d’histoires orales que l’on se racontait lors de veillées collectives. De nombreux contes n’ont été fixés dans le corpus littéraire qu’assez tard, à partir du XVIIe siècle.

Pourquoi alors ne pas proposer aujourd’hui des fins alternatives aux récits existants (ce que Walt Disney a fait de nombreuses fois pour ses adaptations) ? Dans une vidéo intitulée If Rapunzel were a guy — Bropunzel, Elena Favilli et Fransesca Cavallo imaginent une histoire dans laquelle Raiponce est un homme qui se fait sauver par une princesse. Les deux autrices s’interrogent : les garçons n’attendent pas d’être sauvés dans les contes de fées. Pourquoi cela devrait-il être le cas pour les filles ?

Depuis quelques années maintenant, Walt Disney a repensé ses intrigues et a proposé de nouveaux contes construits sur des représentations différentes au jeune public. L’image de la femme-objet ainsi que celle du couple parfait s’est petit à petit estompée pour laisser place à d’autres modèles. C’est pour cela que Celles qui Osent vous a préparé une sélection de cinq Disney féministes à regarder avec ses enfants, filles ou garçons, pour déconstruire les stéréotypes de genre…

  • Rebelle : Il était une fois une princesse héritière que ses parents sommaient de se marier avec un prince allié d’un royaume voisin. Contre ce mariage forcé, Mérida, la princesse rebelle, décida de participer au festival de tir à l’arc organisé dans le royaume et dont elle est le prix. Évidemment, elle parvient à battre tous ses prétendants… 
  • Vaiana : Il était une fois Vaiana, une petite fille polynésienne destinée à devenir la cheffe de son village. Alors qu’une malédiction menace son village, Vaiana décide de s’aventurer dans un territoire inconnu pour trouver la déesse protectrice de sa tribu et sauver les siens. Un dessin animé aux images colorées, et sans love story ! 
  • Mulan : Il était une fois Hua Mulan, une aristocrate chinoise prenant la place de son père, un guerrier retraité, au combat dans le conflit opposant la Chine aux Huns.
  • Aladdin : Certes, Aladdin met en scène une histoire d’amour et le personnage masculin est au cœur de l’intrigue, bien plus que la princesse. Mais le point de départ de l’histoire, c’est tout de même Jasmine qui refuse le mariage arrangé que lui propose son père et lui crie : « Je ne suis pas le premier prix d’une tombola ! ». À la fin, elle convainc son père, le sultan, de changer les lois afin que les filles soient libres d’épouser la personne de leur choix.
  • La Reine des Neiges : Il était une fois deux sœurs liées par un secret. L’une d’entre elles possède un pouvoir lui permettant de contrôler la neige et la glace, mais plonge par erreur son royaume dans un hiver sans fin. Elles vont donc s’entraider pour faire revenir le soleil et l’été. Libérée, délivrée !

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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