Comment la littérature façonne-t-elle un mythe patriarcal de la romance amoureuse ?

Quand on pense aux grands romans d’amour qui ont marqué notre adolescence, voire même notre vie d’adulte, les premiers noms qui, généralement, nous viennent à l’esprit sont des noms masculins (excepté peut-être Jane Austen, ou les soeurs Brontë.) En plus d’être écrits par des hommes, les romans d’amour que nous connaissons sont, souvent, porteurs de schémas misogynes, empreints de culture du viol. Et un rapprochement similaire peut être effectué avec le cinéma. Alors, comment la littérature façonne-t-elle un mythe patriarcal de la romance amoureuse ?

Les contes et les légendes entretiennent les histoires d’amour stéréotypées

Celles qui Osent avait dédié un article sur la problématique des contes de fées et la manière dont ils façonnent notre représentation des relations amoureuses. Dès notre petite enfance, nous sommes confrontés, dans la sphère publique et scolaire, à des histoires d’amour stéréotypes, emprunts d’un imaginaire chevaleresque et issu de l’amour courtois. « Il était une fois, une princesse dans son château attendait son prince charmant… »

Passivité des rôles féminins, non-respect du consentement (doit-on encore rappeler l’histoire de la belle au bois dormant ?), représentations genrées… Les femmes, dans les contes de fées qu’on nous transmet et qui sont à l’origine de toute une littérature sur l’amour, se retrouvent cantonnées à un rôle fixe, sans aucune possibilité d’émancipation : celui de la princesse, belle, douce, et soumise, ou bien celui de la sorcière – voire de la marâtre dans certaines variantes – en général adoptée par des femmes plus ou moins âgées, laides, aigries, mais puissantes.

« Belle du seigneur » : une relation adultère contrainte

Belle du seigneur est sans doute l’un des romans d’amour les plus connus de la littérature française. Le roman raconte l’histoire d’une relation adultère, celle d’Ariane, mariée à Adrien, qui le trompe avec Solal, un de ses collègues de la Société des Nations. Tout ce petit monde vit à Genève, dans un contexte de pré-seconde Guerre mondiale. La belle Ariane tombe amoureuse de l’élégant Solal, et Albert Cohen relate leur rencontre, leur passion, et leur rupture durant plus de 1000 pages.

Sauf qu’Ariane est emprunte du male gaze de l’auteur et de Solal (vous ne connaissez pas le male gaze ? Ça tombe bien. On lui a dédié un article). Elle est décrite comme une pimbêche écervelée, obsédée par son apparence et dénuée de tout sens commun. Le personnage de Solal aussi souffre d’une grande superficialité et de narcissisme. Bref, ils se sont bien trouvés. Les premières pages du livre racontent comment Solal, engaillardi, surprend Ariane chez elle et ne lui laisse pas d’autre choix que de l’aimer, malgré le fait qu’elle soit pétrifiée. Et, comme par magie, elle tombe amoureuse de lui.

La littérature doit cesser d’érotiser la domination

Celle qui analyse très bien la culture du viol présente dans Belle du Seigneur, c’est Mona Chollet, dans Réinventer l’amour, livre dans lequel elle appelle à cesser d’érotiser la domination (cela vaut pour Belle du Seigneur, et pour bien d’autres œuvres). Alors évidemment, il ne s’agit pas de mettre au pilori les romances littéraires, comme Madame Bovary, À la recherche du temps perdu ou le Rouge et le Noir. Mais au contraire, d’être capable de les analyser avec un certain recul.

La solution alternative consiste aussi à lire des romans dont le regard est différent et… écrit par des femmes. Annie Ernaux, Marguerite Duras, Anaïs Nin, François Sagan… Évidemment, ce n’est pas parce que des femmes écrivent des livres que ces derniers ne peuvent pas être empreints de clichés, mais lire des autrices permet de rendre justice à une littérature invisibilisée et oubliée. Il faudrait donc aller au-delà des scripts du genre, ou du moins les remettre en question dans nos lectures…

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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