Ils commercialisent…des insectes !

Chaque année, la MSA organise des réunions d’agriculteurs exerçant dans des secteurs variés, en maraîchage, en élevage et en tant que société de service. Le but ? Échanger des conseils et des astuces pour acquérir une rentabilité optimale. L’année dernière en PACA, une jeune femme a fait palir la horde des agriculteurs chevronnés, avec leur exploitations composées de centaines d’hectares, en annonçant son chiffre d’affaire. Que faisait-elle ? Elle élevait des lombrics dans un entrepôt de 100 m carré, pour fabriquer du compost et de l’engrais bio. Impressionnant non ? Et si les insectes c’était l’idée du siècle pour répondre aux enjeux planétaires qui s’annoncent, dans bien d’autres domaines que le jardinage d’ailleurs ? Petit tour d’horizon sur les startups qui commercialisent les insectes, pour donner à Celles qui Oseront investir un peu d’audace et pourquoi pas d’eau à la bouche. 

Commercialiser des insectes pour l’apéro des téméraires

On a tous l’image d’une épreuve de Kho Lanta où il s’agissait d’ingurgiter des gros vers de palmiers en un temps record pour gagner l’immunité… Arracher la tête noire, supporter la giclure verdâtre sur ses doigts et fourrer l’animal encore gesticulant au fond de la gorge, pour l’avaler sans y réfléchir. Berk. J’espère sincèrement que vous n’êtes pas sur le point de manger… Cette représentation, aggravée par le spectaculaire de la télé-réalité, n’a pourtant rien à voir avec les insectes qu’on peut consommer dans les restaurants gastronomiques ou acheter à des sociétés spécialisées dans leur commercialisation. Le packaging, les assaisonnements et l’état d’esprit de l’entreprise peuvent changer considérablement la donne et même… donner envie ! C’est le cas de Micronutris, première ferme d’élevage d’insectes comestibles en France, qui propose des recettes surprenantes. Le tout en bio, s’il-vous-plait ! 

La gamme comprend : 

  • des insectes apéritifs cuits, séchés et assaisonnés ;
  • des douceurs chocolatées décorées de ténébrions (vers de farine) ou de grillons, pour faire découvrir de manière gourmande le concept ;
  • des produits énergétiques type barres de céréales pour les sportifs ;
  • des farines obtenues après séchage et broyage pour réaliser tout type d’aliments transformés, comme des pattes, des biscuits et des steacks.

On sait que l’industrie de la viande est aujourd’hui en grande partie responsable des maux catastrophiques de notre époque, comme la déforestation, la pollution, les maladies cardio-vasculaires, neurologiques et virales et la souffrance animale due aux conditions d’élevage intensifs. C’est la raison pour laquelle l’alternative osée de l’entomophagie séduit de plus en plus d’européens. Rappelons tout de même que plus de 2 milliards d’habitants du globe consomment déjà des insectes depuis des centaines d’années. Dans certains cas, c’est même une marque de prestige social !  

Alors concrètement, les avantages sont multiples : 

  • une économie de moyens et d’espace pour l’élevage, parfaitement associable à une logique de décroissance ou de minimalisme ;
  • peu ou pas de pollution, ni d’énergie grise, puisque tout peut-être transformé sur place ;
  • des protocoles de bien-être animal plus faciles à respecter, les larves appréciant les fortes densités ;
  • une valeur nutritive riche en protéines, minéraux et nutriments ;
  • un rapport qualité/prix défiant toute concurrence.

Après ça, même si les escargots, les cuisses de grenouille et les crustacés sont bien ancrés dans les mœurs françaises, il faut quand même du courage pour tester les autres bêtes grouillantes et rampantes ! Alors vous seriez plutôt criquets, vers de farine, araignées, vers de palmiers, sauterelles ? Vos goûts audacieux nous intéressent en tout cas beaucoup.

Le lombricompostage alimentaire, valoriser ses déchets organiques

Ces dix dernières années, les startups spécialisées dans le lombricompostage, notamment urbain, fleurissent. En effet, quelle meilleure solution pour valoriser les déchets organiques que cette méthode inédite, transportable en appartement ? Fabriqués sur plusieurs étages, les lombricomposteurs design en bois ou en plastique se logent à côté de votre poubelle. Il vous suffit de déposer régulièrement des denrées consommables comme des épluchures de fruits et de légumes, du papier ou de la verdure, pour voir votre petit élevage prospérer. Les vers sur le plateau intermédiaire composé de terre remontent sur la plateau supérieur pour se servir en aliment, travaillant ainsi la matière dans laquelle ils évoluent. Les déjections liquides tombent dans le plateau inférieur par gravité et donnent un engrais naturel concentré d’une qualité incomparable : le worm café. La plupart des lombricomposteurs sont munis d’un robinet pour récupérer aisément cet or des jardins, qui peut tout aussi bien arroser les plantes aromatiques sur votre balcon citadin.

S’il est possible de fabriquer soi-même sa worm box, des entreprises spécialisées vous proposent des produits clés en main. Vous pouvez jeter un coup d’œil sur la Ferme du Moutta ou Greenweez qui livrent des boîtes plastiques très esthétiques. D’autres start up comme Vers La Terre ou la Ferme lombricole de Provence commercialisent aussi tous les produits associés au lombricompostage, comme les fertilisants et les petits accessoires associés. Le cas échéant, ils collaborent avec des revendeurs en jardinerie. Si vous le souhaitez, vous pouvez leur commander directement vos lombrics par voie postale ou aller les récupérer dans les stockage de fumier (centre-équestre, élevage bovin ou caprin, etc. ). L’avantage de la commande ? Incontestablement la gestion écoresponsable de l’élevage ainsi qu’un choix plus spécifique des espèces, dont il existe au moins une dizaine de catégories : Eisenia Fetida, Eisenia Hortensis, Eudrilus Eugeniae, etc. Enfin, tout un tas de noms qui ne vous disent rien du tout, mais qui présentent des attributs adaptés à différents besoins !

Les toilettes à lombricompostage, rien ne se perd, tout se transforme

Certaines entreprises accueillant du public à l’extérieur on fait le choix d’investir dans des toilettes à lombricompostage, au grand bonheur des entreprises comme Sanisphere. C’est le cas de la station de ski de Risoul qui a démocratisé ce système pour son personnel. Il s’agit d’un plateau roulant à actionner avec le pied, qui fait tomber les matières fécales et l’urine dans une fosse enterrée, habitée par des lombrics. Cette dernière est suffisamment profonde pour ne pas faire subir le gel à ses pensionnaires, ce qui rend le concept durable. Le dispositif est très hygiénique dans la mesure où il ne laisse passer aucune odeur et que le processus de transformation est extrêmement rapide. Une fois la saison passée les excréments digérés et rejetés par les vers perdent jusqu’à 100 fois leur volume initial. Il ne reste que du compost inodore, prêt à être répandu dans la nature ! Révolutionnaire non ?

Pour une utilisation chez les particuliers, l’affaire est plus complexe, puisqu’il faut une zone profonde sous les toilettes pour stocker le dispositif. Il est donc difficile de trouver la place nécessaire chez soi. Des entreprises comme Label Verte sont toutefois prêtes à relever le défi, en proposant des constructions plus minimales. Si le luxe de faire ses petites affaires dans de l’eau potable au détriment d’humains qui meurent de soif est admis, il y a fort à parier que cette absurdité fera bientôt définitivement partie du passé. À nous, à nos petites bêtes et à notre audace d’inventer l’avenir !

insectes-celles-qui-osentVendre des insectes utiles en mode permaculture

Avez-vous vu le film « Little big farm » qui raconte l’aventure d’un couple novice en permaculture, filmée sur plus de 10 ans ? Arrivés sur leur ferme de rêve, ils sont surpris par la sécheresse de la terre qui semble morte, épuisée. Pas besoin de vous faire un dessin et de vous vanter une énième fois les vertus des lombrics, ouvriers spécialisés de la vie du sol. Dans ce reportage, la première initiative consiste à réintroduire des lombrics sur la propriété pour reconstrituer la nappe phréatique et créer un humus fertile, capable de drainer les excès d’eau. Par ailleurs, la permaculture étant l’art de reproduire un écosystème autogéré et permanent, cela suppose souvent de réguler la cohabitation animale d’ensemble. Ainsi les araignées mangeront les moustiques, les coccinelles se régaleront de pucerons, les fourmis viendront à bout des cochenilles, les coléoptères participeront à la décomposition des boiseries et des matières azotées, etc. De la même façon, il est intéressant d’attirer de petits prédateurs entomophages qui seront aussi utiles à la vie d’ensemble, comme les batraciens, les oiseaux, les reptiles, etc. On comprend bien que dans ce système, les nuisibles n’existent pas. 

Attirer les insectes dans son jardin, notamment les pollinisateurs, est la grande fierté des permaculteurs. Des entreprises comme Truffaut vendent des « hôtels à insectes » composées de surfaces poreuses qui attirent tous les grouillants adeptes de décomposition ainsi que leurs prédateurs, eux aussi essentiels à l’équilibre. Les cultures fleuries quant à elles attireront les bourdons et les abeilles, reconnus comme les meilleurs garants de biodiversité sur cette planète. Il n’existe à ce jour pas de société spécialisée dans la vente d’insectes dans une optique permaculturelle. En revanche, vous pouvez trouver sur internet des insectes pour reptiles et des insectes d’ornements, comme des phasmes, des araignées et des grillons qui peuvent tout à fait servir dans vos jardins. Une chose est sûre, un créneau est à prendre dans ce domaine !  

 

Vous arrivez à la fin de cet article. Il y a fort à parier que vous voyiez des petites masses potelées, des chitines et des carapaces se dandiner frénétiquement lorsque vous fermerez vos yeux. C’est pas très glamour, certes, mais c’est pourtant terriblement utile ! Savez-vous que la population d’insectes a diminué de plus d’un tiers en 50 ans ? Il est donc grand temps de s’intéresser à ce monde miniature et à ses avantages pour le faire revivre. N’hésitez-pas à nous dire si cet article vous a donné des idées et si vous avez testé un de ces concepts ! Nous sommes curieux ! 

Charlotte Allinieu, pour Celles qui Osent

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