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Aliénor d’Aquitaine, le destin hors norme d’une reine

Aliénor d’Aquitaine (v. 1122-1204), également appelée Éléonore de Guyenne, eut une vie exceptionnellement longue pour son temps et rares sont les reines qui ont autant marqué leur époque. Reine de France puis d’Angleterre, elle a gouverné un vaste territoire, l’ « Empire Plantagenêt ». Son souvenir reste également attaché à des noms qui évoquent aujourd’hui autant le mythe que l’histoire : Richard Cœur de Lion, Jean sans Terre, Robin des Bois. Quelle fut la vie d’Aliénor d’Aquitaine et comment est née sa légende ?

Aliénor d’Aquitaine, la vie romanesque d’une femme au XIIe siècle

La vie d’Aliénor est jalonnée de rebondissements, de trahisons et de drames dignes d’une grande saga littéraire.

La reine de France devenue reine d’Angleterre

C’est à environ 15 ans, en 1137, qu’Aliénor hérite du comté de Poitiers et des duchés d’Aquitaine et de Gascogne. Un des plus beaux partis de France, elle épouse la même année l’héritier de la couronne de France, Louis, 17 ans. Quelques jours après leur mariage, le roi de France Louis VI le Gros décède, propulsant le jeune couple à la tête du royaume.

Alors que les époux participent à la deuxième croisade (1147), de graves tensions apparaissent entre eux. Aliénor menace même son mari d’obtenir l’annulation de leur mariage pour « consanguinité ». Qu’une reine évoque la possibilité d’une annulation de son mariage, voilà qui était inédit dans l’histoire !

Les tensions s’expliquent aussi par la coexistence de deux personnalités que tout oppose. Aliénor est volubile, elle a le goût du faste et des fêtes. Louis est un méditatif, pieux et de mœurs austères. Elle dira même de lui : « J’ai l’impression d’avoir épousé un moine ! »

Un autre sujet est un motif de division entre les époux : seules deux filles sont nées de leur union, privant Louis VII d’un héritier mâle.

En 1152, un concile déclare la nullité du mariage. Aliénor d’Aquitaine, de nouveau libre, épouse, quelques mois plus tard, Henri Plantagenêt, de dix ans son cadet. Ce dernier est l’héritier du royaume d’Angleterre, de la Normandie et de l’Anjou. Deux ans plus tard, Henri est appelé à la tête du royaume d’Angleterre sous le nom de Henri II. Les deux époux se retrouvent ainsi souverains d’un vaste ensemble à l’ouest du continent, des lisières de l’Écosse aux Pyrénées.

Luttes de pouvoirs dans l’Empire Plantagenêt

Les dix premières années de mariage sont une période faste pour Aliénor d’Aquitaine et Henri II. Les époux se répartissent le gouvernement des provinces : la reine gouverne en Angleterre lorsque le roi est sur le continent et inversement.

De plus, le couple est très fécond puisque huit enfants, dont cinq garçons, naissent de leur union.

Pourtant, au milieu des années 1160, Henri s’affiche de plus en plus avec ses maîtresses, dont la « belle Rosamonde ». Désormais tenue à l’écart du pouvoir, Aliénor redevient, dans les faits, duchesse d’Aquitaine. Elle vit surtout à Poitiers.

Dans le même temps, Henri tolère de moins en moins les oppositions. C’est dans ce contexte qu’Aliénor d’Aquitaine encourage ses fils et les barons à se soulever contre l’autorité du roi.

Toutefois, le conflit tourne rapidement à l’avantage d’Henri II. En 1174, au cours d’une escarmouche, Aliénor, déguisée en homme, est capturée par les troupes de son mari. Elle vivra les dix années suivantes sous la surveillance de fidèles d’Henri II dans plusieurs résidences en Angleterre.

Aliénor, veuve et mère

Henri II meurt en 1189. Libérée du joug de son époux à environ 67 ans, Aliénor va désormais s’employer à servir les intérêts de son fils : le nouveau roi d’Angleterre, Richard Cœur de Lion. Beau, curieux de tout, poète à ses heures, soldat hors pair, Richard est l’enfant préféré de la reine.

En 1192, il est fait prisonnier par un vassal de l’empereur Henri VI à son retour de croisade. C’est à Aliénor qu’il revient de rassembler la somme requise pour sa libération auprès des vassaux du royaume.

L’Empire Plantagenêt est aussi devenu une proie du roi de France, Philippe II Auguste. Ce dernier convoite la Normandie et attise les ambitions de Jean sans Terre contre son frère Richard.

Richard est libéré en 1194. Aliénor se retire à l’abbaye de Fontevraud pour y mener une vie de prière et de méditation.

En 1199, elle est tirée de sa retraite par une funeste nouvelle : son fils chéri Richard, blessé au siège de Châlus, l’appelle à son chevet. Il expire dans les bras de sa mère à 41 ans, sans héritier. De ses cinq garçons, il ne lui reste que Jean sans Terre, un homme instable et tyrannique.

Aliénor meurt en 1204 à Fontevraud, non sans avoir assisté à l’agonie de son empire. Philippe Auguste prend château Gaillard, porte de la Normandie, quelques jours avant le trépas de la reine.

Éléonore de Guyenne : entre mythe et réalité, la légende d’une reine

Femme libre dans un monde d’hommes, certains ne lui ont rien épargné. Elle s’impose toutefois comme l’une des figures mythiques de l’histoire de France.

La légende noire

Longtemps, les chroniqueurs et les historiens ont accusé Aliénor d’Aquitaine de toutes les transgressions.

Elle fut tout d’abord taxée de frivolité. Par exemple, au cours de la deuxième croisade, on critiqua la taille du convoi du couple royal. Cet excès trouvait, semble-t-il, son origine dans la volonté de la reine de garder en croisade le faste et le confort de la cour.

On a prêté à Aliénor plusieurs aventures adultérines dont une avec son oncle Raymond de Poitiers, prince d’Antioche, et avec quelques seigneurs moins tristes que son royal mari, Louis VII.

Aliénor fut aussi accusée d’avoir assassiné, de ses propres mains, la « belle Rosamonde », sa rivale à la cour d’Henri II. C’est oublier qu’elle était prisonnière de son époux au moment de la mort de Rosamonde !

Plus récemment, en 1977, la psychanalyste Elisabeth Brown a dressé le portrait d’une femme assoiffée de pouvoir et jalouse. Un comportement qui serait à l’origine de la paranoïa de son fils, Jean sans Terre.

L’image de la reine a toutefois évolué au cours de sa vie. Il semble en effet que les années de détention aient durablement modifié sa personnalité. Ainsi, le chroniqueur Richard de Devizes la décrit comme une « femme belle et chaste, imposante et modeste à la fois, humble et éloquente ». Elle était prête pour la retraite à Fontevraud.

L’amie des arts et des lettres

Le XIIe siècle est celui d’un renouveau dans le domaine des arts. Aliénor a le privilège d’assister à la consécration de l’abbatiale de Saint-Denis (en 1144), première révélation de l’art gothique. C’est également à partir de 1160, qu’Aliénor fait reconstruire la cathédrale de Poitiers.

Aliénor était la petite-fille du troubadour Guillaume IX d’Aquitaine, poète de l’amour courtois, le fin amor. La duchesse s’est attachée à poursuivre la tradition familiale en s’entourant toute sa vie d’artistes. Sa cour de Poitiers fut ainsi un centre de poésie, de la vie courtoise et chevaleresque. La présence du poète Bernard de Vendatour dans l’entourage de la reine est avérée (on lui prête d’ailleurs d’avoir cédé aux charmes de la belle Aliénor).

C’est aussi l’image d’une femme sage et belle, courtoise et cultivée qu’Aliénor a voulu donner à la postérité : son gisant à Fontevraud représente une femme lisant un livre.

Une femme politique au Moyen Âge

Attentive aux enjeux de son temps, Aliénor d’Aquitaine fut une authentique cheffe d’État qui s’est montrée capable de faire face aux situations les plus critiques.

Ce fut le cas, par exemple, pendant la captivité de Richard (1192-1194). À ce moment-là, Philippe Auguste menaçait l’Empire Plantagenêt et Jean sans Terre tentait de supplanter son frère sur le trône. Elle fit mettre le rivage de l’Angleterre en état de défense et s’assura personnellement de la fidélité des barons envers Richard. Plus remarquable encore, à plus de 70 ans, elle ne s’épargna aucune peine pour rassembler auprès de ses vassaux et du clergé la colossale rançon exigée pour la libération de son fils.

Au début de son mariage avec Henri II et malgré ses multiples grossesses, Aliénor gouverne les territoires Plantagenêt par d’incessants déplacements entre l’Angleterre et la France. En effet, au Moyen Âge, rien ne compte plus que les relations personnelles dans l’exercice du pouvoir.

Elle sait aussi faire preuve de clairvoyance dans la gestion de ses domaines. Ainsi, après la mort d’Henri II, la reine se rend de ville en ville, de château en château. Il s’agit pour elle de rendre la justice et de réparer les abus de pouvoir de son mari : désormais, nul ne sera pendu pour un simple délit de chasse.

En outre, elle saura promouvoir des réformes économiques et politiques importantes comme l’uniformisation des mesures de capacité (grains, liquides) et de longueur (draps). Une monnaie valable dans toute l’Angleterre voit le jour à la fin du XIIe siècle. Ces réformes étaient de nature à favoriser les échanges et la croissance économique.

Grande figure du Moyen Âge, Aliénor d’Aquitaine, sut, au cours de sa longue existence, faire face à l’adversité avec une audace et une intelligence remarquables. Une autre femme, Jeanne d’Arc, endossera ce rôle au XVe siècle.

Sources

– Régine Pernoud, Aliénor d’Aquitaine, Albin Michel, 1965

– Magazine L’Histoire, Aliénor qui êtes-vous ?, n° 265, mai 2002

– Magazine L’Histoire, Les « cours d’Amour » d’Aliénor d’aquitaine, n° 288, juin 2004

https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/06/27/biographie-alienor-d-aquitaine-de-martin-aurell-une-femme-aux-horizons-multiples_6044409_3260.html

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