Ces Reines qui ont fait l’Histoire : Six Destins d’Exception

L’histoire de la monarchie n’est pas le seul fait des rois. Nombreuses sont les reines célèbres qui ont exercé le pouvoir, soit de façon directe, à la tête de l’État, soit de façon indirecte grâce à leur pouvoir d’influence. Le règne de ces reines qui ont fait l’histoire correspond parfois à un véritable âge d’or pour leur royaume. Leur personnalité hors norme a aussi suscité tous les fantasmes, jusqu’à confondre leur souvenir avec la légende. Légende dorée parfois, légende noire souvent, comme si ces femmes payaient le prix de leur audace et de leur intelligence. Leur épopée, inscrite dans la violence des temps, en a parfois fait des figures tragiques de l’histoire.

Les reines célèbres : le temps d’un âge d’or

Blanche de Castille (1188-1252), la mère toute-puissante de Saint Louis

La jeune adolescente qui épouse le futur Louis VIII en 1200 est d’origine espagnole et anglaise. Bien que forgé par la raison d’État (la paix entre la France et l’Angleterre), le mariage semble avoir été heureux. Blanche hérite de sa grand-mère, la célèbre Aliénor d’Aquitaine, un caractère bien trempé et s’implique personnellement dans les affaires de son mari.

Devenue veuve en 1226, elle exerce la régence au nom de son fils Louis IX, âgé de seulement 12 ans. Fait rare, au sortir de cette période, le royaume de France s’en trouvera renforcé. C’est sous la régence que s’achève la croisade des Albigeois, engagée 20 ans plus tôt par Philippe Auguste. Blanche négocie habilement avec le comte de Toulouse, Raymond VII, le traité de Meaux-Paris (1229). Ce traité ouvre la voie au rattachement du Languedoc à la couronne de France.

Dès 1226, Blanche doit faire face à une révolte des barons, appuyée par le roi d’Angleterre. Courtisée par l’un des insurgés, le comte Thibaut IV de Champagne, Blanche repousse ses avances. Elle profite néanmoins des sentiments de ce dernier à son égard pour diviser la coalition des barons. Quelques années plus tard, c’est par les armes qu’elle obtiendra la soumission du dernier révolté, Pierre Mauclerc.

En 1234, elle négocie le mariage de Louis IX avec Marguerite de Provence ce qui a pour effet d’étendre l’influence de la couronne capétienne dans la vallée du Rhône.

Très pieuse et autoritaire, Blanche de Castille veille avec rigueur sur l’éducation de ses enfants. Sa quête d’absolu se retrouvera à l’âge adulte chez Louis, le roi saint.

Elle conservera longtemps son pouvoir d’influence sur la conduite des affaires de la couronne. En effet, Louis IX n’exercera son pouvoir personnel qu’à compter de 1244. Dès 1249, à l’occasion du départ de Louis pour la croisade, Blanche reprend les rênes du pouvoir. Elle doit faire face à cette période à la révolte des Pastoureaux, jeunes croisés égarés dans le brigandage. Lorsqu’elle décède en 1252, elle laisse à son fils un royaume pacifié.

Période faste pour le royaume de France, le règne de Saint Louis a été qualifié par les historiens de « Beau XIIIe siècle ». Le royaume vit alors la période la plus prospère du Moyen Age : il n’y a pratiquement plus de famines, les guerres s’estompent, les villes se développent et la production paysanne s’accroît. Blanche de Castille fait bien partie de ces femmes monarques qui ont fait la France.

Élisabeth Ire d’Angleterre (1533-1603), la « reine vierge »

Élisabeth est la fille d’Henri VIII et de l’infortunée Anne Boleyn.

Sa jeunesse, morne et studieuse, se déroule dans le contexte troublé de la Réforme protestante. Sous le règne de sa demi-sœur, Marie Ire Tudor, de foi catholique, Élisabeth soutient le parti protestant. Cela lui vaut d’être emprisonnée deux mois à la Tour de Londres et placée en résidence surveillée pendant quatre ans.

Elle succède néanmoins à Marie Ire en 1558. Outre la question religieuse, le royaume est alors dans une situation délicate. En conflit avec la France, l’Angleterre perd en 1558 la ville de Calais, dernier territoire anglais du continent. À cela s’ajoute un contexte économique dégradé marqué par plusieurs mauvaises récoltes et des difficultés commerciales avec le reste de l’Europe.

Sur le plan religieux, Élisabeth Ire s’attache à unifier le royaume sous le culte protestant en créant l’Église anglicane. Elle est excommuniée par le pape Pie V en1570. En Angleterre, certains calvinistes radicaux, les « puritains », reprochent au pouvoir ses concessions au culte catholique.

Une menace est également constituée par Marie Stuart. La reine d’Écosse, de foi catholique, revendique le trône d’Angleterre. Élisabeth soutient une conjuration de la noblesse écossaise qui aboutit à l’arrestation de Marie, alors réfugiée en Angleterre. Sa captivité durera… 18 ans avant son exécution sur l’ordre d’Élisabeth.

Une guerre contre l’Espagne conduit à l’épisode de l’« invincible armada », destinée à envahir l’Angleterre. La flotte espagnole est toutefois vaincue et dispersée par la marine anglaise en 1588.

C’est à cette époque que l’Angleterre commence à s’imposer sur les mers et à développer son commerce à l’échelle mondiale. Le royaume se lance dans une expansion territoriale conduite par des marins d’exception, dont le célèbre Francis Drake, à la fin des années 1580. La compagnie des Indes est créée en 1600 et les Anglais prennent pied en Amérique.

Sur le plan culturel et artistique, le règne connaît également un âge d’or dont l’exemple le plus célèbre est bien entendu Shakespeare.

Élisabeth Ire ne se maria jamais malgré de nombreux prétendants et des liaisons supposées au cours de son très long règne (45 ans). Les raisons n’en sont pas clairement établies, mais il est probable que des motifs politiques aient prévalu. Ce célibat contribue au mythe d’un règne qu’on appellera désormais la « période élisabéthaine ».

Les reines qui ont fait l’histoire : entre légende et réalité

Néfertiti (v. 1370 à 1333 av. J.-C.), la Grande Épouse royale

Néfertiti est, avec Cléopâtre, la reine la plus célèbre de l’histoire égyptienne. Les mystères concernant son existence ne sont pas pour rien dans la légende de la Grande Épouse royale. Elle s’est perpétuée jusqu’à nos jours à travers le cinéma et la littérature.

La figure de Néfertiti est attachée dans l’imaginaire collectif au célèbre buste peint mis au jour en 1912 aujourd’hui conservé au Neues Museum de Berlin. Il représente une femme d’une grande beauté devenue mythique. Ce buste est-il fidèle à la Néfertiti historique ? Les égyptologues en débattent encore. Pour certains d’entre eux, le buste de la reine est un modèle idéalisé. D’autres représentations supposées de la reine sont beaucoup moins flatteuses et montrent une femme petite et bedonnante.

Néfertiti a vécu au XIVe siècle avant J.-C. Les informations concernant son règne sont difficilement accessibles, car volontairement effacées après la mort de la reine et de son mari Aménophis IV-Akhenaton, le roi hérétique.

La reine semble avoir eu une forte personnalité et régnait à égalité avec son époux. Ainsi, certaines représentations les montrent recevant tous deux les ambassadeurs étrangers ou écoutant les rapports des vizirs.

Par ailleurs, la reine semble avoir eu une influence politique et religieuse déterminante sur son mari. En particulier, elle aurait eu un rôle important dans la réforme de la religion égyptienne et la promotion du dieu solaire unique, Aton. Au cours de cette réforme majeure, Néfertiti aurait incité son mari à quitter Thèbes, la résidence historique des pharaons, pour fonder une nouvelle capitale. La réforme religieuse se solda toutefois par un échec et fut suivie d’une brutale réaction conservatrice.

Fait exceptionnel dans l’histoire égyptienne, les représentations qui sont parvenues jusqu’à nous montrent le bonheur conjugal des époux entourés de leurs six filles. Certains historiens pensent que Néfertiti a pâti de cette incapacité du couple à engendrer un héritier mâle. Les conditions de sa mort ne sont d’ailleurs pas connues et ont peut-être été violentes.

En avons-nous fini avec le mythe de Néfertiti ? Rien n’est moins sûr : très récemment, des archéologues ont relancé le débat sur le lieu de la sépulture de la reine, peut-être située non loin de la tombe de Toutankhamon (revue Nature, 19 février 2020 – article en anglais).

Catherine de Médicis (1519-1589), la « reine noire »

Rares sont les reines qui ont suscité autant de fantasmes. Catherine de Médicis a, en effet, été décrite comme une femme manipulatrice, une mère tyrannique et une adepte du complot. La littérature populaire du XIXe siècle et le cinéma (cf. La Reine Margot de Patrice Chereau) ont aussi contribué à cette mauvaise image. Les historiens ont toutefois montré que la légende noire est largement exagérée.

La vie politique de Catherine de Médicis est déterminée par les guerres de religion. Lorsque la jeune Florentine débarque à Marseille en 1533, pour épouser le futur Henri II, Luther a déjà publié ses quatre-vingt-quinze thèses (1517). La Réforme protestante est en marche.

Elle devient reine en 1547 et assure la régence à la mort de son époux en 1559. Elle voit trois de ses fils accéder au trône : François II (1559), Charles IX (1560) et Henri III (1574). Les guerres de religion éclatent en France en 1562 et ne s’achèveront qu’en 1598 (édit de Nantes).

Le 24 août 1572, a lieu le massacre de la Saint-Barthélémy. Les chefs protestants et des milliers de leurs coreligionnaires sont assassinés. En 1574, un libelle anonyme lance la « légende noire » de la reine : le Discours merveilleux de la vie, actions et déportements de la reine Catherine de Médicis, déclarant tous les moyens qu’elle a tenus pour usurper le gouvernement du royaume de France et ruiner l’état d’icelui . On lui reproche notamment son origine italienne et on dresse d’elle le portrait d’une reine œuvrant dans l’ombre et le secret. Elle marcherait dans les traces du Prince de Machiavel, un autre florentin.

La reine aurait aussi recours à l’empoisonnement et, dit-on, à la magie noire. Elle est en outre taxée de mensonge et de duplicité.

Ce portrait au vitriol de la reine doit être nuancé. Pour l’historien Denis Crouzet (L’histoire, n°314, novembre 2006), Catherine a chèrement payé le fait d’être une femme de pouvoir étrangère dans un temps dominé par les hommes. Loin de susciter la division du royaume, elle souhaitait œuvrer pour la paix et la concorde. Le mariage de sa fille Marguerite avec le protestant Henri de Navarre (1572) en est l’illustration la plus patente. Pour l’historien, si Catherine a effectivement joué un rôle dans la Saint-Barthélémy, c’est qu’elle y a été poussée par la force des évènements.

Reines célèbres, reines tragiques

Cléopâtre (69-30 av. J.-C.), le destin brisé d’une femme fatale

Cléopâtre est à n’en pas douter l’une des reines les plus connues de d’Antiquité. Sa vie romanesque rapportée par les historiens, les représentations de la reine d’Égypte au cinéma et dans la littérature, ont entretenu cette figure « mythique » et tragique.

Cléopâtre devient reine en 51 avant J.-C. Elle est issue de la dynastie lagide, d’origine grecque, et descend tout droit d’un des compagnons d’Alexandre le Grand, Ptolémée. À l’époque de son accession au gouvernement de l’Égypte, le pays est toujours indépendant mais menacé par l’hégémonie de la puissante Rome. Cette dernière cherche à faire entrer l’Égypte, ce grenier à blé de la Méditerranée, dans son giron. Dès lors, toute l’œuvre de la souveraine lagide sera de desserrer la contrainte romaine sur son pays.

Une des légendes les plus connues attribuée à la reine d’Égypte est sa grande beauté et son nez remarquable : « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, toute la face du monde aurait été changée » a écrit Blaise Pascal. Toutefois, les rares ressources historiques permettent difficilement d’identifier cette souveraine célèbre avec précision. Selon Plutarque, c’est davantage la beauté de sa voix qui aurait envoûté César et Antoine, ses amants et protecteurs romains.

À la fin de la République, et après l’assassinat de César en -44, Rome est déchirée par la guerre civile. Les partisans d’Octave, le futur Auguste, affrontent ceux de Marc Antoine.

La protection de Marc Antoine rend son lustre au royaume d’Égypte. Ainsi, grâce aux contreparties obtenues du général romain, Cléopâtre reconstitue une partie de la souveraineté égyptienne en Asie mineure. Antoine et Cléopâtre se marient et ont trois enfants ensemble en douze ans de vie commune. On ne peut donc résumer leur relation à de seuls intérêts politiques.

Malheureusement pour le couple, les opérations militaires tournent à l’avantage d’Octave (bataille navale d’Actium en -31).

Notre vision tragique et romanesque de la mort des deux époux provient des auteurs latins Plutarque et Dion Cassius. Marc Antoine se donne la mort après l’entrée d’Octave à Alexandrie. Quant à Cléopâtre, elle est faite prisonnière. Alors que tout est perdu, elle parvient à se suicider, soit par une morsure de vipère aspic, soit par l’absorption de poison.

Son royaume, qu’elle avait souhaité indépendant, devient une province de l’empire romain.

Marie-Antoinette d’Autriche (1755-1793), dans le tourbillon de la Révolution

Détestée par les partisans de la Révolution, adulée par d’autres, le destin de la dernière des reines célèbres de France ne laisse pas indifférent.

Marie-Antoinette naît à Vienne en 1755. Préparée dès l’enfance à régner, elle épouse l’héritier du trône de France en 1770. Quatre ans plus tard, Louis XVI accède au pouvoir.

Le couple n’est pas heureux. Délaissée par son époux, Marie-Antoinette se console dans le faste et le luxe de la cour : spectacles, bals et fêtes se succèdent. Elle s’entoure d’amis comme la duchesse de Polignac, la princesse de Lamballe et le séduisant Axel de Fersen avec qui elle entretient une relation amoureuse.

Les amis se réunissent souvent au Petit Trianon à Versailles, un château que Louis XVI a offert à sa femme. Elle crée des jardins à l’anglaise, fait jouer des pièces dans le petit théâtre, joue de la musique. Elle se fait représenter dans ses différentes toilettes et donne le ton de la mode dans les cours européennes.

Toutefois, la frivolité de la reine et son indifférence supposée pour les malheurs du peuple lui attirent l’antipathie de ses sujets. À cause de son train de vie dispendieux, elle est surnommée « madame Déficit ». Le faste qu’elle déploie est d’autant plus choquant que le royaume connaît de graves difficultés financières.

L’impopularité de « l’Autrichienne », comme la surnomme le peuple, s’accroît encore au moment de l’affaire du collier de la reine. Victime d’une escroquerie, Marie-Antoinette se retrouve débitrice d’une somme astronomique auprès de ses créanciers.

La Révolution la surprend dans cette vie luxueuse. Emprisonnée en 1792, elle apprend la décapitation de son mari le 21 janvier 1793 avant de monter elle-même sur l’échafaud le 16 octobre de la même année.

Très impopulaire en son temps, Marie-Antoinette peut aussi être vue comme une victime. Ses conditions de détention sont humiliantes et brutales. Aucune horreur ne lui est épargnée. Ainsi, à la suite des massacres de septembre 1792, la tête de la duchesse de Lamballe décapitée est mise au bout d’une pique et brandie sous les fenêtres de la reine. Plus terrible encore, elle est séparée de ses enfants chéris. Le petit Louis XVII mourra d’ailleurs de mauvais traitements à 10 ans en 1795.

C’est le destin broyé d’une femme victime d’un temps qu’elle n’a pas su comprendre.

 

Mickaël Le Bour pour Celles qui osent

 

Sources :

Blanche de Castille

https://www.herodote.net/Mere_attentionnee_et_femme_politique-synthese-2212.php

https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/5627-blanche-de-castille-reine-et-regente-de-france.html

https://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2006/07/17/01006-20060717ARTMAG90544-

Élisabeth Ire

https://www.lhistoire.fr/elisabeth-ire-la-reine-de-la-propagande-politique

https://www.histoire-pour-tous.fr/biographies/3411-elisabeth-ire-reine-dangleterre-1558-1603-biographie.html

Néfertiti

https://www.herodote.net/Reine_puissante_et_mysterieuse-synthese-2876.php

https://www.geo.fr/histoire/nefertiti-dans-le-tombeau-de-toutankhamon-des-archeologues-relancent-le-debat-200034

Catherine de Médicis

https://www.herodote.net/La_regente_noire-synthese-429.php

https://www.lhistoire.fr/pourquoi-fut-elle-si-d%C3%A9test%C3%A9e%C2%A0

Cléopâtre 

https://www.lefigaro.fr/histoire/2018/10/17/26001-20181017ARTFIG00345-cleopatre-idees-recues-sur-la-reine-fatale.php

https://www.geo.fr/histoire/cleopatre-la-souveraine-derriere-le-mythe-de-la-seductrice-203629

Marie-Antoinette 

https://www.geo.fr/histoire/qui-etait-marie-antoinette-203689

https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/2959-la-biographie-de-marie-antoinette-1755-1793.html

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