Surcyclage des vêtements : la mode éthique gagne du terrain

L’upcycling des vêtements est inconnu de votre vocabulaire, alors même que les valeurs de la mode écoresponsable résonnent en vous ? Comprendre ce que le surcyclage textile signifie, c’est vous donner une arme supplémentaire dans votre combat contre le gaspillage vestimentaire.

Upcycler n’est pourtant pas nouveau, mais c’est depuis peu que l’univers de la mode a revendiqué le « recyclage par le haut » de ses produits. Face au désastre écologique de la fast fashion, l’industrie textile ose un changement dans sa vision artistique du prêt-à-porter.

Dans la lignée du boom des vêtements de seconde main, l’upcycling textile se niche chez les créateurs ,qui valorisent l’existant. Que les accros du shopping se rassurent : upcycling et mode de luxe sont compatibles, tout comme il existe une version vintage du surcyclage. Il y a donc des pièces upcyclées pour toutes les garde-robes !

L’upcycling des vêtements, un art créatif et écoresponsable

D’après l’Agence de la transition écologique, 460 milliards de dollars par an seraient perdus dans le monde à cause du débarras de vêtements. À l’échelle européenne, on se sépare de 4 millions de tonnes de textile chaque année. Alors que 80 % des habits partent à la poubelle, seuls 10 à 12 % sont revendus. Cette quantité de matière en tous genres représente un gros potentiel pour la pratique de l’upcycling. Mais de quoi parle-t-on ?

« Dans l’art, la contrainte est un instrument pour aller plus loin. La création naît souvent de là. », Christian Lacroix

Entre recyclage et surcyclage, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. Bien que leur finalité anti-gaspi soit la même, leurs processus diffèrent. Le premier vise la réutilisation des matières premières ou matériaux, tandis que le second comporte un aspect esthétique de valorisation de l’existant. Une aubaine pour les créateurs de mode qui ont matière à innover et sublimer ! Pour autant, la contrainte est réelle. Upcyler demande de l’ingéniosité et du temps pour : récupérer le bon tissu, le nettoyer et le réparer, avant d’entreprendre un nouveau patron.

Sans changement dans nos modes de consommation, l’émission de gaz à effet de serre liée à l’industrie textile va passer de 2 % actuellement, à 26 % en 2050 (source ADEME). Il est donc urgent de modifier nos habitudes vestimentaires.

L'infographie de l'ADEME précise que l'industrie textile est le troisième secteur plus grand consommateur d'eau dans le monde.
Infographie ADEME

 

L’upcycling est une réponse à chaque problématique écologique induite par les étapes de vie d’un vêtement :

  • La création de la matière première est une phase ô combien polluante au regard des quantités de ressources non renouvelables utilisées et des produits chimiques déversés.
  • L’étape de fabrication entraîne une délocalisation de la production dans des pays où les conditions de travail sont plus dangereuses pour les salariés. De plus, 20 % de la pollution des eaux est imputable à la teinture et aux traitements chimiques des textiles (source ADEME).
  • Le transport des marchandises depuis l’international représente un coût écologique important.
  • Le port de la pièce et son lavage entraînent, à force de répétitions, le déversement de 500 000 microparticules de plastique dans les océans chaque année.
  • Le débarras de vêtements est favorisé par le diktat de la mode, faisant croire qu’acheter un habit neuf nous rend plus heureux.

Grâce à l’upcycling, on peut réinventer les usages en créant de nouvelles pièces à partir d’anciennes. Pour lutter à votre échelle contre le gaspillage, privilégiez les tissus seconde main et les marques made in France.

Le surcyclage textile s’invite après le vêtement seconde main

La démocratisation du prêt-à-porter de seconde main

L’Institut français de la mode, dans une étude de 2019, a déclaré que près de deux Français sur cinq ont acheté des vêtements de seconde main et que la tendance augmenterait sur 2020, ce qui s’est confirmé. Si la place de ce type de prêt-à-porter a évolué, son image vieillotte est longtemps restée collée à sa peau. Des braderies où l’on exposait ses vieux vêtements à vendre, jusqu’aux friperies vintages qui donnaient l’impression d’ouvrir le placard de mamie… la seconde main a souvent été considérée comme cheap.

Fort heureusement sont apparus des entrepreneurs courageux réinventant le prêt-à-porter d’occasion. À l’image de Perrine, ex-salariée qui s’est lancé un défi avec son site Au cœur de mon dressing. Son projet s’articule autour de 3 activités :

  • l’accompagnement dans le tri de notre dressing, avec des conseils personnalisés à la clé ;
  • l’achat de pièces de prêt-à-porter de seconde main, via son e-shop responsable ;
  • le recyclage de nos vêtements superflus, car Perrine lutte contre le gaspillage en travaillant avec des associations, comme La Cravate solidaire.

La revendication de l’upcycling

La seconde main a valorisé son image, grâce à sa démarche écoresponsable. La prise de conscience environnementale a alors légitimé la pratique de l’upcycling, offrant matière à surcycler.

Mais ne pensez pas que cette technique est nouvelle. Si le mot a été posé dans les années 90 par Reiner Pilz, architecte d’intérieur, la réutilisation d’un objet était déjà appliquée dans des pays en développement. Faute d’accès aux biens, certains objets étaient détournés de leur usage premier, pour en créer de nouveaux.

La pratique de l’upcycling des vêtements existait déjà au XVIIIe siècle. Frédéric Godart, sociologue de la mode, explique dans le journal Les Échos la réutilisation des tenues délaissées par Marie-Antoinette. Ces dernières étaient données, démontées et réinterprétées.

Les milieux de la décoration, du mobilier, de l’alimentation, de la mode ont tous adopté l’upcycling, faisant frissonner les métiers où l’ingéniosité est de rigueur. Les prix des pièces, devenues uniques, ont eu tendance à flamber à cause :

  • du temps que nécessite cette technique ;
  • de l’expertise indispensable pour préparer les matières avant réemploi ;
  • du faible volume de pièces créées, ne permettant pas de produire à grande échelle.

Bien que l’upcycling soit une solution coûteuse, certains consommateurs sont prêts à mettre le prix. D’après Truspilot, 79 % des Français refusent les marques non engagées moralement. L’engouement pour les enseignes éthiques est bien le reflet d’une volonté des acteurs de consommer autrement.

Encore faut-il s’y retrouver dans les différentes indications qui entourent la mode durable. Pour mieux décrypter les marques engagées, lisez notre article sur les labels responsables.

L’upcycling et la mode de luxe : le style éthique à tous les niveaux

La démarche écologique n’est pas toujours au cœur de l’upcycling. Certains designers clament avant tout l’esthétisme, car leurs clients ne veulent pas savoir que leurs vêtements sont upcyclés. Et pour cause : l’association d’un style éthique avec des fringues pas sexy était rapidement faite. Pourtant, il est tout à fait possible d’avoir du style avec des vêtements éthiques !

Mais pour certains, ce qui plaît avant tout dans les vêtements de luxe (qu’ils soient upcyclés ou non), c’est la magnificence et le côté tendance. D’ailleurs, dès 1980, le célèbre couturier Jean-Paul Gaultier présentait une création faite à partir de sacs poubelle. 40 ans plus tard, il dévoilait sa première collection upcyclée avec ses archives personnelles, lors de la semaine de la haute couture à Paris, en janvier 2020.

robe en sac poubelle Jean Paul Gaultier
La première robe upcyclée en sac poubelle, du grand couturier Jean-Paul Gaultier, a été présentée en 1980. Source : La phanette aux petits pois

 

Du côté des jeunes professionnels de la mode anticonformistes, comme Marine Serre, la démarche écologique et humaniste est revendiquée haut et fort, jusque sur les podiums de la Fashion Week.

Anaïs Dautais Warmel, créatrice culottée et engagée dans l’e-shop responsable Les Récupérables, œuvre pour une mode upcyclée et 100 % française. Dans une interview donnée au Prescripteur, elle évoque avec transparence les larges fourchettes de prix des produits (de 95 euros pour un kimbo – veste type kimono plus courte – à 350 euros pour un manteau) qu’elle commercialise. Elle souligne notamment la justesse des tarifs au regard des coûts de fabrication qui, selon les pièces, peuvent varier énormément. Son souhait est de travailler avec de grandes marques pour upcycler des vêtements à plus grande échelle, mais ces dernières restent encore frileuses à s’engager.

Après le vintage et la seconde main, l’upcycling des vêtements a fait sa place dans le monde de la mode. Imaginez la vieille chemise en flanelle délaissée par votre mari et confiez-la à de petites mains de fée qui vous en feront une jolie combinaison pour bébé. Voilà, vous avez compris le principe de l’upcycling. Ce recyclage par le haut offre une deuxième vie aux habits et tissus abandonnés. Ils deviennent alors des vêtements uniques en étant sublimés par leur créateur.

Si l’on comprend bien les intérêts écologiques face à l’industrie polluante du textile, il faut laisser de côté l’idée que la récupération de vêtements rime avec la ringardise et le démodé. Au contraire, l’upcycling de la mode de luxe envahit les podiums des plus grands défilés. De jeunes créateurs audacieux font le pari de démocratiser cette pratique à travers des e-shops responsables et ambitieux. De quoi vous donner envie de trier votre dressing et de vous lancer dans un shopping écoresponsable !

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Julie Mascart, pour Celles qui osent.
Article rédigé lors du cursus en formation rédaction Web chez FRW

Sources :

https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2018/11/19/l-upcycling-le-nouveau-standing_5385362_4497319.html
https://www.vogue.fr/mode/article/mode-ethique-vetements-seconde-main
https://www.francetvinfo.fr/culture/mode/avec-l-upcycling-les-maisons-de-luxe-inventent-de-nouvelles-silhouettes-a-partir-d-anciens-modeles_3807219.html
https://start.lesechos.fr/societe/economie/upcycling-ces-start-up-redonnent-vie-a-des-pieces-destinees-a-la-poubelle-1299290
https://www.lesechos.fr/weekend/mode-beaute/la-mode-visionnaire-de-marine-serre-1248774

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