Portrait de 4 femmes qui ont joué un rôle dans la Révolution française

À l’aube de la Révolution française, le 20 juin 1789, un fait historique se déroule dans la salle du Jeu de paume à Versailles. Le roi Louis XVI vient de convoquer 300 députés des trois ordres (clergé, noblesse, tiers état) pour des États-Généraux. Ces ordres, qui structurent alors l’Ancien Régime, s’engagent : le Serment du Jeu de paume est un événement fondateur de la démocratie française. Il est à l’origine d’un gigantesque mouvement de colère, de libération, de prise de pouvoir, et surtout, d’émancipation des femmes. Ces dernières ne sont pas en reste dans cette période charnière de l’Histoire de France. Pauline Léon, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, Marie-Antoinette et Charlotte Corday… À travers le portrait de ces 4 figures féminines incontournables ou oubliées, découvrons quel a été le rôle des femmes pendant la Révolution française.

1. Pauline Léon : une fille d’artisan chocolatier s’engage dans la Révolution

Une modeste fille de commerçant qui n’a pas froid aux yeux

Née à Paris le 28 septembre 1768, elle est au cœur des événements qui secouent la capitale. À Paris, la colère gronde plus encore qu’en province. Les Parisiens sont affamés et ont soif de changements. En 1789, l’institutrice âgée de 21 ans s’engage comme révolutionnaire. Elle figure parmi les premières femmes à prendre d’assaut la Bastille, le 14 juillet 1789. Elle n’a pas froid aux yeux, Pauline. Les 4 et 5 octobre 1789, elle se rend à Versailles avec des milliers d’autres femmes en colère. Les « dames de la Halle » réclament du pain au roi Louis XVI et exigent de le ramener à la capitale. Elles obtiennent gain de cause : le roi et sa famille s’installent aux Tuileries.

Un club réservé exclusivement à la gent féminine

 

Club patriotique de femmes
Club patriotique de femmes, par Jean-Baptiste Lesueur, musée Carnavalet, Paris. Gouache, entre 1789 et 1795. © Musée Carnavalet, musées de la Ville de Paris.

 

Malgré leur engagement précoce dans le mouvement révolutionnaire, les femmes n’obtiennent pas le droit de vote tant désiré. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen publiée le 26 août 1789 leur accorde la possibilité de divorcer. Elles naissent libres et demeurent égales à l’homme en droits. Mais dans la réalité, les choses vont autrement. Les féministes revendiquent la possibilité d’assister aux procès révolutionnaires réservés aux hommes. Pauline Léon souhaite que les femmes aient davantage droit à la parole. Elle se donne une mission : faire entendre leur voix haut et fort. Elle se rend alors souvent à l’Assemblée.

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En mai 1793, elle fonde avec son amie Claire Lacombe la Société des citoyennes républicaines révolutionnaires. Ce club, dont le modèle est calqué sur celui des hommes, est réservé aux femmes. Pauline Léon et Claire Lacombe en demandent l’affiliation aux Jacobins, le plus célèbre des clubs de la Révolution française. Elles s’impliquent dans la vie politique et réclament une loi claire sur la responsabilité des ministres et l’organisation des tribunaux révolutionnaires. Le club est fermé à l’automne 1793 à cause de ses prises de position, jugées trop dangereuses par les Jacobins, la Convention et la Commune de Paris.

La même année, Pauline épouse Jean-Théophile Leclerc. Commence alors pour eux une vie de parias. Considérés comme des anarchistes, ils sont arrêtés. Sortie de prison en 1794, Pauline Léon se fait plus discrète et déménage chez une de ses sœurs en Vendée. Elle redevient institutrice et mène une vie au vert jusqu’à sa mort en 1838.

2. Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt : une femme au rôle capital pendant la Révolution française

Une étrangère attirée par le grondement révolutionnaire

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt (1762-1817) est une femme d’action. Elle naît en Flandre, alors terre étrangère. C’est une des premières femmes de son temps à se faire une place au sein de la Révolution. Elle participe aux journées d’octobre, et n’hésite pas à prendre les armes. En janvier 1790, elle fonde le Club des amis de la loi, dans lequel elle tient tribune. Culottée, elle veut avoir une position délibérative à l’Assemblée, qu’elle n’obtient pas.

L’éviction et la chute d’une grande féministe

L’amazone de la Révolution subit une « fessée patriotique » par les dames de la Halle en 1793 à cause de son soutien au Girondin Brissot. Cet épisode serait le déclencheur de sa folie.

Elle est internée en 1764, tout d’abord à l’Hôtel-Dieu, puis à la Salpêtrière où elle sombre de plus en plus dans la démence. Son cas de dégénérescence mentale est alors attribué au fait qu’elle était une « furie », et une « lécheuse de guillotine ». Le régime révolutionnaire n’est pas tendre avec ses anciennes meilleures élèves. Elle devient l’un des premiers objets d’étude des maladies mentales. D’actrice phare de la Révolution, elle devient la victime de la Terreur.

3. Marie-Antoinette, reine de France : le martyre de l’Ancien Régime

Une féministe… à sa manière

La reine Marie-Antoinette (1755-1793) est devenue malgré elle, une héroïne de la tourmente révolutionnaire. Fille de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, son frère Joseph II d’Autriche règne sur une grande partie de l’Europe. C’est une Habsbourg, famille de très haute lignée. Dès son arrivée en France, elle fait fi de l’étiquette imposée par la cour depuis le règne de Louis XIV. À sa façon, elle revendique une sorte de féminisme flamboyant et dispendieux, bien loin des prérogatives de la plupart des femmes de son temps. Elle est d’ailleurs assez vite surnommée « Madame Déficit ». Les différents scandales liés à ses trop nombreuses dépenses imprègnent son règne d’un parfum de défiance et de jalousie dont elle fait bientôt les frais.

Du trône de France à la guillotine place de la Concorde

« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. » Olympe de Gouges

Marie-Antoinette est présente lors de l’Assemblée des États-Généraux de 1789. Elle porte alors une somptueuse robe d’or et d’argent. Son apparition est perçue comme une énième provocation. Emportée dans le tourbillon révolutionnaire, elle est jetée avec sa famille dans la prison du Temple le 10 août 1792.

Aucune humiliation ne lui est épargnée. Les gardes prennent un malin plaisir à la maltraiter. La plus grande épreuve qui lui ait été donnée de vivre est sa séparation imposée avec son fils, le petit Louis XVII, alors âgé de 8 ans. Confié au cordonnier Simon qui a pour consigne de lui faire oublier ses origines royales, il meurt 2 ans plus tard.

Le jour de son procès, Marie-Antoinette tient tête à ses détracteurs et devient sa propre avocate. Condamnée à mort le 16 octobre 1793, elle est guillotinée le même jour. Sa prestance et sa dignité font trembler le bourreau Sanson : elle meurt en reine de France.

Jugement de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793
Jugement de Marie-Antoinette le 15 octobre 1793, par Pierre Bouillon. Pierre noire 1793. © Musée Carnavalet, musées de la Ville de Paris.

4. Charlotte Corday : une héroïne de la Révolution malgré elle

Marie-Anne Charlotte de Corday d’Armont (1768-1793) est issue de la petite aristocratie normande. Elle vient à Paris jouer le rôle de sa vie. D’ailleurs, son nom est resté dans les mémoires. Il est entaché de celui de Marat, à la fois victime et bourreau.

Contrairement à Pauline Léon et Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, elle n’est pas attachée aux nouvelles doctrines révolutionnaires. L’Histoire a fait d’elle et de sa famille la victime de Jean-Paul Marat, qui les aurait ruinés.

Pour se venger, elle quitte Caen pour Paris à l’été 1793. Elle parvient à se rapprocher peu à peu de sa proie qui loge rue des Cordeliers. Après un passé plus ou moins glorieux comme médecin, Marat se démarque dès les débuts de la Révolution française par sa verve et sa plume. Chaque jour, il envoie à la guillotine des personnes dénoncées de façon souvent calomnieuse, dont les noms lui parviennent par centaines. Il a contracté la même maladie de peau que son père, moine capucin défroqué. La douleur est telle qu’il passe la plupart de ses journées plongé dans un bain de soufre. C’est dans cette chambre humide que la jeune fille âgée de 25 ans le poignarde à mort. Lors de son procès, elle revendique son acte et exprime ses motivations politiques et personnelles avec brio. Elle est guillotinée le 17 juillet 1793.

Parce qu’elles sont en première ligne face à l’injustice et le manque de reconnaissance, les femmes sont les premières à se révolter : Marie-Antoinette par sa volonté de s’affranchir, les autres par leur anticonformisme et leur cran. Pour leur vie singulière et hors du commun, et pour avoir osé, toutes ces femmes méritent notre admiration !

⏩ Si vous voulez en savoir plus sur une autre grande reine de l’Histoire de France, lisez la biographie d’Aliénor d’Aquitaine

Anne-Olivia Cascalès, pour Celles Qui Osent

Sources :

France culture, 5 femmes actrices de la Révolution française
Justice.gouv, Le procès de Marie-Antoinette
Archives du Calvados, Les femmes dans la Révolution française
Persee.fr, Pauline Léon, révolutionnaire

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