Une petite histoire des luttes LGBT+

Le mois de juin est mondialement reconnu comme étant le pride month, « mois des fiertés ». C’est l’occasion pour les personnes gays, lesbiennes, bisexuels, non-binaires et transexuelles de promouvoir l’affirmation de soi, l’égalité, et mettre en avant les luttes LGBT+ afin de leur donner davantage de visibilité. Juin est également le mois de la fameuse gay pride, un rassemblement ayant lieu chaque année partout dans le monde durant lequel les personnes LGBT+ et les personnes sympathisantes du mouvement défilent pour célébrer la diversité. Pour l’occasion, Celles qui Osent vous propose  une petite histoire des luttes LGBT+ dans le monde occidental depuis les années 1960. 

Le début des luttes LGBT+ 

L’histoire des luttes LGBT+ a été consciemment effacée. Rares, voire quasi inexistantes, sont les bibliographies portant sur le sujet datant d’avant la Seconde Guerre mondiale. L’historiographie des luttes LGBT+ s’est lentement constituée à partir des années 1960, au fur et à mesure que les personnes homosexuelles, bisexuelles, non-binaires et transexuelles ont pris la parole sur le sujet et ont commencé à sortir leurs combats de l’invisibilité. Elles sont contemporaines du combat pour les droits des femmes et le mouvement des civil rights aux États-Unis. 

Les années ayant succédé la Seconde Guerre mondiale sont des années de promotion du modèle familial classique, et l’homosexualité était encore considérée comme un crime. Durant cette période, chaque commissariat américain avait un service dédié à la chasse des homosexuels et au maintien des bonnes moeurs. La répression était violente et meurtrière. Les gays tout comme les lesbiennes étaient soumis à des thérapies de conversion, des électrochocs, voire même des lobotomies. 

Aux États-Unis, l’année 1966 fût un tournant dans la lutte LGBT+. Les clients du Julius’ Bar, un bar gay de New York, ont demandé au barman de leur servir une boisson alcoolisée, ce que les homosexuels n’avaient pas le droit de faire. L’affaire a été médiatisée, et la loi américaine interdisant aux homosexuels de consommer de l’alcool dans l’espace public a été abrogée. De nombreux bars gays ont ouvert par la suite.

Trois ans plus tard, un mouvement de protestation similaire éclata au Stonewall Bar, à New York. Le lieu était réputé pour sa clientèle homosexuelle et les descentes de police y étaient fréquentes. En 1969, les clients du bar ont refusé de quitter les lieux lors d’une altercation avec les forces de l’ordre. S’ensuivirent trois jours d’émeutes près du Stonewall Bar. La lutte pour les droits LGBT+ avait bel et bien commencé, et en 1970 la première gay pride vit le jour à New York. 

Une histoire des luttes LGBT+ françaises 

Au début des années 1970, on trouvait peu de bars gays ou lesbiens à Paris. Seuls quelques cabarets de travestis existaient. L’homosexualité était, au même titre que l’avortement ou l’alcoolisme, considérée comme un véritable fléau social. Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977, avait même créé une « milice des parcs et jardins » dédiée à la chasse des homosexuels dans les jardins publics. Ils se rassemblaient notamment aux Tuileries la nuit tombée, à défaut de pouvoir le faire dans des bars qui les acceptaient. 

Le 10 mars 1971 est une date charnière pour la lutte LGBT+ française. Lors de l’enregistrement de l’émission de radio populaire auprès du grand public « Allo Ménie » dont le sujet était « l’homosexualité, ce douloureux problème », un groupe de militants LGBT+ envahit la salle Pleyel où se trouvaient la journaliste et ses invités. Derrière la voix affolée de Ménie Grégoire, des slogans tels que « liberté » et « battez-vous » sont scandés. Le soir même, le Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire, un des premiers groupes militants LGBT+ français, voyait le jour.

À la fin des années 1970, le Village, premier bar gay du Marais parisien, ouvrait ses portes. Il ne s’agissait pas d’un bar clandestin comme il en existait dans les années 1960, mais d’un bar ouvert à toutes et à tous, où l’on ne se cachait pas et où les personnes homosexuelles pouvaient se retrouver librement. La même année, en 1978, le Palace, une boîte de nuit LGBT+ friendly, voyait le jour dans un ancien théâtre rue du Faubourg Montmartre, à Paris. 

San Francisco, lieu mythique de la culture queer

San Francisco, depuis l’épisode du Julius’ Bar en 1966, est vite devenue une véritable capitale de la culture LGBT+. Au début des années 1970, c’était le lieu de rendez-vous des soldats américains démis de l’armée en raison de leur homosexualité. Ces militaires appartenaient au contingent envoyé dans l’Océan Pacifique et étaient, la plupart du temps, débarqués au port de San Francisco. 

En 1977, Harvey Milk, le premier homme ouvertement gay, est élu au conseil municipal de San Francisco. Pour célébrer son élection, il décide de créer, avec d’autres activistes, un symbole représentatif de la lutte LGBT+. Le drapeau arc-en-ciel, parce qu’il est associé à la diversité, est choisi et devient bientôt l’emblème de tout un mouvement. Malheureusement, il est assassiné un an plus tard avec George Moscone, maire de San Francisco, par Dan White, ancien superviseur de la mairie de San Francisco. L’assassin sera emprisonné pour une durée de sept ans et sera reconnu coupable d’homicide volontaire, plutôt que de meurtre. 

Les années sida

1981 est l’année de l’élection de François Mitterrand à la présidentielle, synonyme d’espoir pour les personnes homosexuelles. En effet, la France dépénalisa les relations homosexuelles un an plus tard (la sodomie était déjà dépénalisée depuis 1971). Mais 1981 est aussi l’année où apparaissent les premiers cas de sida. À Los Angeles, plusieurs hommes homosexuels décèdent de pneumocystose, alors qu’ils ne souffraient, à première vue, pas d’immunodépression. Petit à petit, l’idée d’un « cancer gay » se répand dans la société, et la droite chrétienne en fait un outil de propagande pour stigmatiser l’homosexualité. 

En 1983, le VIH est découvert et un test de dépistage est mis au point. Durant toutes les années 1980 jusqu’à la moitié des années 1990, les morts dans la communauté homosexuelle s’accumulent, à San Francisco, à Paris, ou ailleurs. Martin Boyce, un vétéran du Stonewall Bar de New York, a assisté à la lente agonie de 46 de ses amis, tous morts du sida. En 1992, on comptabilise plus de 18 000 morts du sida à San Francisco. Les victimes sont principalement des hommes homosexuels âgés de moins de 40 ans. Durant cette période sombre, il n’est pas rare d’entendre au sein de la communauté homosexuelle : « les années sida, c’était notre guerre de 14-18 à nous ». À ce sujet, on vous conseille d’ailleurs l’excellente série anglaise It’s a sin. 

Pour aider les malades, plusieurs organisations ont été créées. Au National Mall de Washington, Cleves Jones, activiste LGBT, a organisé le AIDS Memorial Quilt, un immense patchwork rassemblant les noms des victimes décédées du sida. Il s’agit de la plus grande oeuvre d’art populaire au monde. Au même moment naît Act Up, une organisation militante ayant pour but de dénoncer l’inactivité des gouvernements et de l’industrie pharmaceutique face à la pandémie. Le 1er décembre 1993, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, Act Up Paris déroule un préservatif géant sur l’obélisque de la place de la Concorde. Il ne restera qu’une heure, et sera arraché par les forces de police. 

En 1995, tout change avec l’arrivée de la trithérapie. Le sida n’est désormais plus un virus fatal, et l’on peut apprendre à vivre avec. Pour les homosexuels, le soulagement est immense mais la communauté LGBT demeurera marquée par ces années de pandémie traumatisantes. Depuis 1981, le sida a fait 32 millions de morts dans le monde. 

Les luttes LGBT+ depuis la fin des années 1990 à aujourd’hui

La société accepte de plus en plus l’homosexualité, malgré des discriminations latentes dont les personnes LGBT+ souffrent encore aujourd’hui. Le PACS est rendu accessible pour les personnes homosexuelles et Bertrand Delanoë, homme politique ouvertement gay, devient maire de Paris en 2001. Dans l’ensemble, les mentalités ont bel et bien changé. 

En 2001, les Pays-Bas deviennent le premier pays au monde a légalisé le mariage entre personnes du même sexe. Douze ans plus tard, la loi Taubira autorise les couples homosexuels à se marier en France. Aujourd’hui, être homosexuel est encore considéré comme un crime dans 70 pays, et est passible de peine de mort dans 11 d’entre eux. 

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Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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