Biographie d’Audrey Tang, ministre taïwanaise progressiste

Audrey Tang, ministre taïwanaise du numérique depuis 2016 et assignée homme à la naissance, symbolise le progressisme démocratique de Taïwan face à l’autoritarisme de la Chine communiste. Elle a notamment fait parler d’elle en Occident suite à sa création d’une application de lutte contre le coronavirus, permettant de faire l’inventaire des masques disponibles à l’échelle nationale. Elle a également développé une plateforme d’échange en ligne entre le gouvernement et le peuple taïwanais, et promeut le modèle de « gouvernement ouvert ». Celles qui osent revient sur la biographie d’Audrey Tang, la première ministre transgenre au monde.

Audrey Tang, ministre du numérique de Taïwan, une femme qui ose
Crédit photo : Camille McOuat (https://h22.se/en/tag/audrey-tang/)

Le numérique, une place importante dans la biographie d’Audrey Tang

Audrey Tang est aujourd’hui âgée de 40 ans. Quand Internet commence à se développer, elle sort tout juste de l’adolescence. Dès l’âge de huit ans, elle apprend la programmation informatique sans ordinateur : elle note toutes les formules dans des carnets.

« J’ai découvert le Web alors qu’il venait juste d’être inventé, avec cette possibilité que des centaines de milliers de personnes qui ne se connaissent pas puissent agir collectivement »

À seulement quatorze ans, Audrey Tang quitte l’école pour se consacrer à sa passion du numérique. Adolescente surdouée, elle se rend en Californie, où l’industrie de la tech est en plein développement. Elle évolue alors dans la « culture des hackers », un cercle de génies de l’informatique formés au très prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’équivalent de l’école polytechnique française. Audrey Tang s’impose auprès de ses pairs et développe même son propre moteur de recherche en mandarin. À seize ans, elle devient auto-entrepreneuse dans le domaine de l’informatique.

La « transparence radicale », concept au cœur de la démocratie taïwanaise défendue par Audrey Tang

De retour à Taïwan, Audrey Tang devient femme alors qu’elle a 24 ans. Elle assure vouloir rester dans son pays natal en raison du progressisme de celui-ci, premier pays d’Asie à avoir légalisé le mariage pour les personnes du même sexe.

Alors qu’elle a 33 ans, en 2014, elle apporte son soutien au mouvement des tournesols : un mouvement protestataire d’occupation du parlement taïwanais. Majoritairement étudiants, les militants luttent contre l’adoption de l’accord sino-taïwanais, visant à faciliter le commerce entre la Chine et Taïwan. La raison de leur colère n’est pas tant l’accord en lui-même, mais le fait qu’il n’ait pas été examiné article par article comme il aurait dû l’être par le parlement. Ce mouvement protestataire fut essentiel dans l’engagement politique d’Audrey Tang.

Celle qui deviendra la première ministre transgenre au monde rejoint alors gOv, un groupe de hackers taïwanais dont l’objectif est de révolutionner la démocratie à Taïwan via l’utilisation du numérique. Les militants détournent des sites officiels en y ajoutant des données gouvernementales gardées secrètes et luttent en faveur d’une « transparence radicale ».

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La première ministre transgenre au monde

En 2016, après l’élection de la présidente Tsai Ing-Wen, progressiste et démocrate, Audrey Tang devient ministre du numérique.

« L’idée c’est de faire confiance aux citoyens sans attendre qu’ils nous fassent confiance en retour. On publie quotidiennement tous nos budgets, on travaille avec les citoyens sur les pétitions en ligne, les budgets participatifs »

Dès 2016, la nouvelle ministre lance vTaïwan, une plateforme de délibération citoyenne, dont le but de permettre aux citoyens taïwanais d’échanger librement avec le gouvernement. Peu de temps après le lancement du dispositif, le Premier ministre taïwanais déclare que « toutes les questions nationales importantes [devront] passer par un processus de type vTaiwan ».

Audrey Tang n’est pas affiliée à un parti politique. Au contraire, elle se revendique comme une « anarchiste conservatrice » et défend une vision de l’Internet libre et égalitaire. Elle aime se qualifier d’anarchiste, car selon elle : « tout doit être fait sur une base volontaire. Je ne donne pas d’ordres, je ne reçois pas d’ordres. Ici, tous ceux qui travaillent le font volontairement ».

Application, traçage : le succès de Taïwan dans sa lutte contre la pandémie de covid-19

À Taïwan, la menace du coronavirus fut toute de suite prise au sérieux et le pays, peuplé de 23 millions d’habitants, comptabilise 846 morts depuis le début de la pandémie. Dès les premiers jours de crise, alors que l’Occident minimisait le risque, le cri d’alarme de Taïwan n’a pas été pris en compte par l’OMS, l’organisation excluant Taïwan sous la pression de Pékin. En pleine crise sanitaire, Audrey Tang a mis ses talents numériques au service de son pays. Elle a développé une application capable de dresser précisément l’inventaire des masques chirurgicaux. Le gouvernement a également autorisé le traçage des malades via la récupération des données sur leur téléphone portable, une méthode controversée. Quand on lui fait part d’inquiétudes quant au développement d’un tel outil, fut-il pour lutter contre le virus, Audrey Tang répond : « Le danger n’est pas dans la technologie elle-même, mais dans la société, où existent des habitudes de discrimination ».

Si Taïwan s’en est aussi bien sortie pendant la crise du covid-19, c’est grâce à son modèle démocratique, déclare-t-elle dans une interview donnée au Figaro.

« Nous n’avons jamais déclaré d’état d’urgence, jamais fermé d’école, et laissé les commerces ouverts. À tous les régimes qui ont la tentation d’instiller de l’autoritarisme dans la société à la faveur de l’épidémie, Taïwan vient de répondre : ça n’est pas nécessaire. »

Aujourd’hui, Audrey Tang est toujours ministre du numérique. Tsai Ing-Wen, la présidente taïwanaise, a largement été réélue pour un second mandat en janvier 2020 et les deux femmes font de leur combat contre l’influence et l’autoritarisme chinois leur priorité.

Cette biographie d’Audrey Tang vous a plu ? N’hésitez pas à jeter un œil aux stories d’Indira Gandhi ou à celle de Vandana Shiva. Bonne lecture !

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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