Qu’est ce que c’est la « transidentité » ? Comprendre les personnes transgenres

Imaginez devoir être enfermé dans une cage, vous contraignant à vous plier dans tous les sens ; ou bien être contraint de porter un masque, dissimulant votre visage à jamais. Si vous décidiez de vous insurger, supposez être assailli par le monde. Insoutenable n’est-ce pas ? Cette sensation d’étouffement est endurée au quotidien par certaines personnes oppressées par la société, notamment par la communauté transgenre. Pour continuer le travail du sensibilisation et de visibilisation du mois des fiertés, Celles qui osent a souhaité vous parler de transidentité.

Qu’est-ce qu’est la transidentité au juste ?

La transidentité, c’est le fait de ne pas se reconnaître dans le genre qui nous est assigné, mais plutôt dans celui du sexe opposé. C’est s’identifier à un homme lorsqu’on est né femme, ou à une femme lorsqu’on est née homme. Pour réparer ce sentiment d’inadéquation, certaines personnes décident de changer de genre. Attention elles ne veulent pas systématiquement changer de sexe. Il faut bien faire la différence entre identification aux caractéristiques d’un groupe et désir de changer son corps. L’un est une histoire de ressenti intérieur, une subjectivité ; l’autre est un attribut physique. C’est pour cela qu’on parle maintenant de personnes « transgenres » et non plus de « transexuelles » (terme qu’on a rejeté par ailleurs car on l’utilisait à l’époque où on les considérait comme des malades mentaux)…

La transidentité est-elle récurrente dans nos sociétés ? Difficile de donner des chiffres représentatifs. C’est que certain.e.s ne transitionnent pas officiellement et ne sont pas recensé.e.s. Approximativement cependant, le rapport du Conseil de l’Europe de 2015 estime qu’1 enfant sur 500 aurait « une identité de genre qui diffère du sexe d’assignation » (ceci comprenant les personnes non-binaires).

Pourquoi la transidentité pose problème ?

Des catégories que nous pensions être bien dinstinctes s’avèrent être des concepts erronés. La transidentité dérange car elle questionne la soi-disant évidente différence entre les sexes. Derrière les notions d’hommes et de femmes, nous n’avons pas simplement dicerné deux appareils reproducteurs, nous y avons associé des genres. C’est l’idée selon laquelle il y a des caractéristiques féminines et d’autres masculines. Or cela n’a rien de naturel mais tout d’une construction arbitraire et culturelle. Le caractère ne peut être déterminé par le sexe, qui est un simple élément biologique neutre. Pour preuve, les représentations des genres diffèrent selon les sociétés. Il est donc tout-à-fait concevable de ne pas se retrouver dans une identité qui n’a rien de naturel. Le fait que de plus de monde se reconnaissent dans la non-binarité et la transidentité montre bien que ces jeux de rôles de genre sont superficiels.

Lors de notre naissance, nous sommes rattachés à une catégorie : homme ou femme. Nous sommes tous influencés par cette norme identitaire qu’on le veuille ou non. Nous devons au fur et à mesure de notre socialisation en intégrer les codes afin d’être jugés « normaux » et « sains ». Flirtez quelque peu avec l’autre groupe et vous serez un « garçon manqué » ou un « effeminé ». C’est ce contre quoi s’insurge la communauté queer, souhaitant abandonner cette vision binaire pour davantage de fluidité. Cette bipartition est très douloureuse pour les transgenres car elle leur impose de rentrer une case qui ne leur convient pas. On prive ces individus d’être qui ils sont, et s’ils osent s’affirmer on les rejette tels des déviants. Ils souffrent alors de ce qu’on appelle une « dysphorie de genre » , une grande perturbation émotionnelle, une profonde dépression liée au fait de ne pas pouvoir s’incarner dans l’identité souhaitée.

Être trans c’est « contre nature »

Certains traditionalistes réfutent l’idée que le genre soit une construction sociale et affirment qu’au contraire qu’il découle de l’ordre naturel. La faute reviendrait simplement à l’éducation parentale. Les spécialistes de tous les domaines leur répondent :

  • En biologie on ne sépare pas de manière si manichéenne homme et femme. Dans les caryotypes on trouve une multitude d’éléments masculins et féminins en chacun de nous. Or pour catégoriser quelqu’un nous regardons uniquement le sexe.
  • Le philosophe transgenre Paul B. Preciado pense que nous ne devrions même pas avoir à nous justifier de la réalité biologique. En tant qu’êtres humains nous sommes créatifs et intelligents : nous laisser jouir de la liberté d’expérimentations identitaires. Ce devrait être un droit fondamental.
  • Pour le sociologue Thierry Hoquet, l’humain a peur d’innover en matière de genre car il a peur du chaos. Pour trouver un cadre aux sociétés assurant l’harmonie, il pense que nous avons cherché à imiter le monde animal. Notre ordre social propose donc une répartition de caractéristiques entre les sexes, à l’image du comportement du mâle et femelle dans la nature. Or nous remarquons que nous ne copions la nature que dans ce cas. Ne serait-ce que pour la sexualité, nous ne le faisons pas par cette même peur du chaos, car le modèle naturel est polygame.

Un parcours de transition semé de complications

Il y a un grand travail à faire sur l’ouverture d’esprit de la société. Les personnes trans ont besoin de notre tolérance car nous constituons l’environnement social qui les accueille ou les condamne. Elles sont interdépendantes des individus occupant des postes à responsabilités pour effectuer leur transition Or, ceux qui composent les systèmes administratifs émettent encore beaucoup de réserve à leur sujet et ne leur facilitent pas les choses.

Le changement d’état civil

La première étape de la transition est souvent le changement de nom afin qu’il puisse représenter la nouvelle identité. Cette modification peut s’effectuer en mairie. Elle est accessible aux mineurs. En revanche le changement d’état civil se déroule auprès d’un tribunal de grande instance. Pour valider le projet, les autorités demandent à collecter plusieurs preuves attestant de l’authenticité de la démarche. Les personnes n’ont pas le droit de s’autodéterminer sans validation. C’est une étape très intimidante et décourageante.

Transfert de catégorie sociale

Le sociologue Emmanuel Balbutie dans Transfuge de sexe rappelle que ces personnes subissent aussi un transfert de catégorie sociale. Pour les hommes transgenres, on reconnaît une amélioration socioprofessionnelle. Ils se font une place parmi les privilégiés du système patriarcal. À la fois, ils regrettent de passer du côté de leurs anciens « oppresseurs » . En pénètrant dans les coulisses de la misogynie, leur féminisme se renforce. Pour les femmes transgenres à l’inverse, elles subissent les effets des inégalités et un déclassement. Aussi, dans la rue on se met à les agresser…

Il y a de plus un changement de classe sociale. La plupart du temps les personnes décrochent de leurs études ou de leur travail et se retrouvent dans une grande précarité. La transition étant incompatible avec l’investissement que requiert une carrière. Certain.e.s attendent d’avoir une situation confortable avant de transitionner, mais vivent des années dans le mal-être.

Interventions médicales

Depuis 1979, les personnes ont accès aux hormones et à la chirurgie à condition de suivre pendant 2 ans un psychiatre. La procédure existe toujours, mais il est maintenant possible de passer par des voies privées pour bénéficier des soins. Après tout c’est une contradiction avec la volonté de dépathologiser les transgenres. De plus les délais sont interminables. L’objectif de cet examen médical serait d’évaluer les motivations profondes des individus. C’est que la société a peur d’éventuel désir de revenir en arrière vers l’ancien sexe. Or cela n’arrive quasiment jamais, dans 1 % à 4 % des cas seulement. Emmanuel Balbutie considère « qu’on ne peut pas remettre en question la conviction intime de toutes les personnes trans sous prétexte que de rares retransitionnent. »

Les mineurs n’ont en revanche pas le droit à la chirurgie de réattribution sexuelle. Une option existe cependant : prendre pendant un temps des bloqueurs d’hormones, avant l’apparition de la puberté. Selon la pédopsychiatre Agnès Condat « cela permet de se donner du temps pour explorer son identité ». Si ce n’est pas satisfaisant, le traitement est réversible et la puberté reprendra dès son arrêt. Ce recours est idéal car les hormones ont un risque d’abîmer les organes reproducteurs et les jeunes adolescents sous-estiment ces risques.

La transphobie en chiffres

La transphobie, est extrêmement répandue. L’opinion publique a du mal à reconnaître les transgenres comme aussi légitimes que les personnes cisgenres en accord avec la norme. Selon l’étude « Sociologie de la transphobie » (2015), 8 personnes interrogées sur 10 ont été victimes de discriminations transphobes au cours de leur vie. Pourtant, 96 % ont renoncé à l’idée d’entamer une procédure judiciaire. 9 enfants sur 10 ont déjà été insultés à l’école, et 1 sur 4 a été agressé physiquement (« La transphobie à l’école : une dure réalité », 2009.) Le taux de suicide est 7 fois plus élevé que chez la population cisgenre (« Suicide attempts among transgender and gender non-conforming adults », 2014)… Sans compter que les familles rejettent souvent les coming-out. 40 % ont perdu contact avec un de leurs proches.

 

Le mois des fiertés 2021 a fêté comme à son habitude l’existence des LGBTQIA+. Malheureusement, ce groupe n’est lui même pas aussi solidaire qu’il n’y parait. Cette année, des groupes féministes radicalistes tels que les TERF ont provoqué des conflits en manifestant contre les femmes transgenres, reniant leur appartenance à cette minorité et leur droit aux protestations. La transphobie est partout, d’une violence inouie. En nous éduquant sur ce qu’est la transidentité et en étant plus empathiques, nous pourrions enfin leur offrir acceptation et reconnaissance.

Léa Pablo pour Celles qui Osent. 

Sources :

https://www.sos-homophobie.org/sites/default/files/rapport_homophobie_2019_interactif.pdf

https://www.nouvelobs.com/notre-epoque/20210511.OBS43900/les-transfuges-de-sexe-sont-les-seuls-a-avoir-vu-le-monde-des-deux-cotes-de-la-frontiere-du-genre.html

https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/profession-philosophe-3237-paul-b-preciado-trans-philosophe

tipeee-celles-qui-osent

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