Adolescents et sexualité : quelles pratiques ?

En France, l’âge moyen du premier rapport sexuel pour les garçons est de 17 ans, contre 17,6 ans pour les filles. Les études montrent que la sexualité est genrée, notamment les premières expériences sexuelles qui diffèrent selon si l’on est une fille ou un garçon. D’autre part, les rapports au corps et à la sexualité évoluent de plus en plus avec l’influence des réseaux sociaux et de la pornographie. Sextos, nudes, préliminaires précoces, adolescents et sexualité : quelles pratiques ? 

Pression sociale chez les adolescent en ce qui concerne les pratiques de la sexualité 

On le sait bien, l’adolescence peut être une période difficile pour certains, où l’on cherche la reconnaissance de ses pairs. Une façon d’acquérir cette reconnaissance est d’avoir une sexualité épanouie, et de le faire savoir. Or que signifie avoir une sexualité épanouie à 15, 16, 17 ans, quand on ne connaît ni son corps ni ses désirs ? Où trouver les informations nécessaires, dans une société où le sexe est encore largement tabou, et où les cours d’éducation sexuelle sont insuffisants ? 

L’une des premières réponses demeure dans le visionnage de films pornographiques. Visionnage profondément inégalitaire, puisque les consommateurs réguliers de contenus pornos sont à 75 % des hommes. Or comme chacun sait, les relations sexuelles telles qu’elles sont représentées dans ce genre de vidéos n’ont rien à voir avec ce qu’il se passe dans notre intimité (même si cela est en train de doucement évoluer, voir notre article sur le porno féminin). Le problème réside dans le fait que les adolescents (surtout garçons) n’ont pas la distance nécessaire pour s’en rendre compte et que pour eux, un rapport sexuel réussi passe obligatoirement par une fellation, une pénétration, une éjaculation masculine, ou même parfois des pratiques violentes comme la strangulation. 

Cette pression sociale due au visionnage de films pornographiques et à un besoin de validation des pairs masculins, largement entretenu dans les bandes d’amis garçons, produit des rapports sexuels malsains pour les deux partenaires et contribue à entretenir les pratiques de la culture du viol (ensemble de comportements et attitudes qui minimisent, normalisent et voire même encouragent le viol). La preuve : un tiers des 18-24 ans estiment que les femmes peuvent prendre du plaisir à être forcée lors d’une relation sexuelle (!!!). De plus, 24 % des Français pensent qu’une fellation forcée n’est pas un viol…

La première fois : une expérience genrée 

La première pénétration vaginale est extrêmement sacralisée chez les adolescentes. Depuis toujours, on apprend aux filles que « la première fois, ça fait mal », « tu vas saigner, sauf si tu as fait de la gymnastique ou de l’équitation, dans ce cas, tu n’as plus d’hymen ! » (ce qui est complètement faux, on y reviendra), « il faut que tu fasses ta première fois avec un garçon dont tu es amoureuse, sinon c’est nul »… Bref, avant même d’avoir commencé notre vie sexuelle, nous sommes soumises à des injonctions extérieures, que rien ne justifie. 

L’hymen, cette petite membrane à l’entrée du vagin, est un des mythes du patriarcat les plus ancrés chez les adolescentes. On nous fait croire qu’on peut le perforer avec un tampon, en montant à cheval, en pratiquant de la gymnastique, comme si l’hymen était une sorte de bouchon qui venait refermer le vagin. Or : il y autant d’hymens différents que de femmes, et certaines n’en ont d’ailleurs pas du tout. Il s’agit d’une membrane élastique qui se détend et dans certains cas, celui-ci n’est pas brisé lors de la première pénétration. En bref, il est impossible de prouver la virginité d’une femme ! 

Quant à la douleur ressentie lors d’une première pénétration, elle n’est pas due au « déchirement » de l’hymen, puisqu’il s’agit d’une petite membrane dont le contact avec un pénis ne peut réellement susciter une souffrance intense, mais plutôt au manque de lubrification du vagin et au stresse ressenti par la femme. À force de diaboliser le premier rapport sexuel chez les filles, on transforme ce qui devrait être un moment de plaisir en un moment d’appréhension. 

Chez les garçons, l’expérience de la première fois est bien différente, même si elle est aussi soumise à des impératifs. La performance, « durer longtemps » en font partie, mais ce sont des injonctions présentes dans la vie sexuelle des hommes en général, alors que la pression liée à l’hymen n’est présente que durant la première expérience sexuelle d’une femme. 

L’effet des réseaux sociaux sur la sexualité des adolescents

Aujourd’hui, les adolescents s’inscrivent très tôt sur les réseaux sociaux. Snapchat, Instagram, Facebook, Tik Tok… ces plateformes sont parfois fréquentées dès l’enfance. La sexualité des adolescents, mais aussi celle des adultes, s’est diversifiée avec l’apparition de ces nouveaux formats et s’est même digitalisée. Les rencontres en ligne sont devenues la norme, le sexto remplace les lettres érotiques, les nudes s’envoient dès l’âge de 13 ans. Le corps, surtout celui des femmes, est à la fois tabou et secret, mais est en même temps disponible selon les désirs des hommes qui le regardent. Un garçon demande à une fille de sa classe de 3ème de lui envoyer un nude parce que c’est la norme, mais peut menacer de diffuser les photos à n’importe quel moment. Vie privée et intimité ne veulent plus rien dire, sauf quand il s’agit de transmettre des clichés d’un sein ou d’un sexe féminin sans l’accord de la principale intéressée. 

Déposséder les femmes de leur corps n’est pas nouveau. En revanche, le revenge porn (le fait de diffuser des nudes d’une personne sans son consentement) se répand de plus en plus depuis quelques années. Quant aux diktats de beauté (masculins comme féminins), rappelons que les réseaux sociaux, notamment Instagram, en sont d’importants vecteurs. 

Dans Préliminaires, le documentaire Arte de Julie Talon sur la sexualité des adolescents, la réalisatrice montre à quel point il est courant d’envoyer des nudes, et ce dès l’âge de 13 ans. Pour les filles, envoyer des photos d’elles nues permet d’obtenir la reconnaissance sociale des autres et évite de passer pour une « coincée ». Pour les garçons, recevoir des nudes est un signe de pouvoir. Il s’agit donc d’une démarche passive chez les filles, d’autant plus que la plus grande partie du temps, ces photos sont demandées par les garçons, qui eux sont dans une démarche active. Et oui, « l’homme propose, la femme dispose »…

Des pratiques sexuelles inégalitaires chez les adolescents

La sexualité et les pratiques des adolescents sont également très déséquilibrées et inégalitaires. Les fameux « prélis » sont considérés comme différents d’un « vrai » rapport sexuel, qui se caractérise avant tout par la pénétration vaginale. Le plaisir sexuel est donc véritablement phallocentré, puisqu’en réalité seulement 18 % des femmes parviennent à jouir lors d’une pénétration. 

Dans le documentaire de Julie Talon, la réalisatrice montre à quel point cette étape est considérée comme secondaire par rapport à la pénétration vaginale par les adolescents qu’elle interviewe. Faire les « prélis », c’est bien, mais « baiser », c’est mieux. De plus en plus d’autrices et d’auteurs comme Maïa Mazaurette ou Martin Page considèrent qu’il faut « sortir du trou », à savoir voir au-delà de la pénétration et définir les rapports sexuels autrement que par le schéma « pénis, pénétration, vagin ».

Enfin, Julie Talon et les adolescents qu’elle filme expliquent que la pratique des préliminaires est elle aussi genrée et inégale. Au collège ou au lycée, la fellation est acceptée car très régulièrement mise en scène dans les films pornographiques. Le cunnilingus ne jouit pas du même traitement de faveur que la fellation (la preuve ultime : alors que je suis en train d’écrire ces mots sur mon ordinateur, mon correcteur automatique reconnaît le mot « fellation » mais n’accepte pas « cunnilingus »). Les garçons ne pensent même pas à le pratiquer, et les filles ne pensent même pas à le leur demander. 

Quelles solutions pour que les adolescents s’épanouissent dans leur sexualité ? 

On ne le dira jamais assez : l’éducation, quand il s’agit d’égalité, est primordiale. Apprendre aux petites filles et aux petites garçons dès le plus jeune âge ce qu’est le consentement et ce qui en découle fera, à coups sûrs, baisser le nombre de violences sexistes et sexuelles. 

Il faut aussi déconstruire les mythes existant autour de la virginité féminine et cesser de présenter le premier rapport sexuel comme un passage obligatoirement douloureux. Pour cela, il est nécessaire d’inciter les filles à découvrir leur corps et bannir la représentation du sexe féminin en tant que « trou », comme s’il ne se limitait qu’au vagin. Parler vulve et clitoris aux filles comme aux garçons permettra de sortir des stéréotypes existant à ce sujet et constituera surtout une nouvelle étape vers la démocratisation du plaisir féminin. 

Enfin, il faut reconsidérer l’importance de la santé reproductive et sexuelle, plutôt que d’en faire un tabou et de la reléguer au second plan. Les questions sexuelles sont profondément liées au bien-être et à la confiance en soi. Ce sont aussi des lieux d’inégalités criantes entre les femmes et les hommes. En parler plus facilement, que ce soit à l’école, en famille ou entre amis permettra d’affaiblir les injonctions et de libérer la parole des victimes de violences sexuelles.

 

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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