On a osé le porno pour femme et on a aimé

Dans un discours pour le moins subversif, l’actrice engagée Jameela Jamil incite les mères de garçons à leur parler ouvertement de sexe. Pas de reproduction. De sexe. « Si vous en faites un sujet tabou, il ira trouver les informations dans le porhub et le porhub deviendra son professeur… Et personne n’a besoin de cette merde ! ». L’acide de ces mots brûle nos oreilles chastes et tellement pleines de bienpensance. Pourtant, l’époque révèle le mal que les non-dits et la honte autour du sexe ont pu faire aux victimes d’abus, qui osent enfin lever le voile sur ce qu’elles ont subi. D’ailleurs à l’école non plus, on n’apprend pas l’amour ou le consentement, mais la reproduction purement biologique et chirurgicale. Il faut donc bien faire son éducation sexuelle quelque part ! Si la relation charnelle est un des plus beaux cadeaux de la vie, c’est aussi une partie de soi intime, fragile et le nœud de bien des traumatismes qui peuvent nous hanter jusqu’à la fin de nos jours, si la violence s’en mêle. Et si le soft-porn, plus réaliste et plus respectueux des femmes, pouvait éduquer les jeunes hommes pour qu’ils s’y prennent avec tact, douceur et attention ? On a osé le porno pour femme et on a aimé, alors on vous en parle !

L’orgasme féminin mis sur le devant de la scène

Combien d’hommes imagine encore que la pénétration pénienne est l’essentiel du plaisir ressenti par une femme ? Le fantasme absolu : donner un orgasme à sa partenaire simplement par la magie de la stimulation entre les sexes. Au risque de vexer ces messieurs, une femme a très souvent besoin de se toucher pendant l’acte pour avoir une chance de jouir. Et oui ! Ne pleurez pas, le corps féminin est aussi complexe que débordant de possibilités. 

Au cinéma, combien de fois nous a-t-on montré les détails réalistes et les petits loupés qui font le sel de l’accord entre 2 partenaires ? Bien rarement ! Si la foi en un sacro-saint phallus irrésistiblement érogène reste solidement implantée dans le cerveau masculin, cela vient en partie du fait que dans la plupart des religions, le sexe est associé à la reproduction. Le plaisir féminin ultime devrait représenter la force de vie qui fertilise le corps. La barbe ! Certains textes mystiques déconseillent, voire interdisent les pratiques comme les cunnilingus et autres préliminaires, jugés infructueux et donc condamnables. Résultats concrets ? Une femme joui en moyenne bien moins souvent que son compagnon et d’autres se sont passées de l’attribut volupté toute leur vie. Ces croyances, aujourd’hui arriérées, perdurent sous d’autres formes. Il existe notamment tout un imaginaire autour de la jouissance masculine, déifiée, dont le paroxysme dans la plupart des dénouements pornographiques est l’éjaculation, ostentatoire et brutale, souvent sur le visage des femmes. Un peu comme si, seul l’homme libéré dans sa sexualité, pouvait gaspiller glorieusement son sperme, avec un peu d’humiliation tout de même, pour montrer la supériorité de son plaisir sur celui de sa partenaire. 

Mais quand voit-on une actrice prendre réellement son pied ? En hurlant des « baby fuck baby » avec un coït si violent qu’il pourrait déloger un stérilet ? Au risque de briser tous vos rêves, messieurs, dans la vraie vie, ça ne se passe pas du tout comme ça. 

Les 5 ingrédients propices à l’orgasme féminin, selon Lucie Gomes, auteur des Supers pouvoirs de la naissance, sont à l’opposé de ce qu’on nous montre dans le porno traditionnel. Il faudrait :

  • une lumière tamisée ;
  • de la chaleur ;
  • du mouvement ;
  • de l’intimité ; 
  • de la confiance.

Autant vous dire qu’aujourd’hui, l’industrie du sexe est FAITE POUR LES HOMMES. Et même si c’est du cinéma, les hommes eux, éjaculent en vrai (donc prennent du plaisir en vrai). Et bien figurez-vous que sur le site Bellesa, porno for women, vous pouvez voir de vrais orgasmes féminins, le tout avec de la tendresse, de la lenteur et des caresses. Ça rend quand même l’acte complètement plus réaliste et agréable à regarder. Si vous avez l’âge légal et que vous êtes curieux, allez-y ! 

Prendre le temps, communiquer, préparer l’acte

Selon un sondage Google, la requête porno la plus tapée sur le Net est « surprise anal » soit « sodomie surprise ». Quelle horreur ! Non mais franchement ? Pour une surprise, c’est plutôt à une fête d’anniversaire qu’on pense ou à un cadeau désiré de longue date. Mais là, non. Le fantasme absolu, tout droit sorti de la culture du viol, c’est : elle va se faire sodomiser sans son consentement, mais elle va se rendre compte qu’elle aime ça. Ça ne ferait pas un peu penser à Blanche Gardin tout ça ? « Tu viens de détourner la fonction d’un de mes organes vitaux, avec un risque quasi létal. Tu as brisé tous mes rêves si bien que je vais devoir passer le reste de ma vie le cul dans une bassine de biafine et tu veux que je change d’endroit parce que ça t’irrite ? ». 

Bref. Dans une séance d’Agama Yoga orienté tantrisme (sur la maîtrise du plancher pelvien, si vous voulez tout savoir) on nous apprend que pour apprécier son rapport, une femme doit être détendue physiquement et stimulée mentalement. Pour l’homme, ce serait exactement l’inverse : il doit être excité physiquement et lâcher l’intellect (une bonne érection étant aux antipodes de la maîtrise). Par conséquent, le dialogue pendant le sexe, les caresses ou la préparation trop réfléchie de l’acte ne branchent pas la plupart de ces garçons dans leurs fantasmes les plus bruts. Sans devoir faire une dissertation sur Kant au moment des préliminaires, un peu de communication et de préparation équilibrent quand même mieux le rapport entre les partenaires. Dans le porno pour femmes, toujours sur Bellesa, on voit :

  • des personnes habillées normalement ;
  • des baisers et des caresses avant d’enlever les vêtements ;
  • des petits loupés, comme des positions qui ne marchent pas ou des pénis moins vaillants ;
  • des vrais dialogues plus élaborés ;
  • des poils pubiens ; 
  • pas mal de séquences lesbiennes, mais sans homme au milieu pour en profiter ;
  • des scènes qui se terminent sur des orgasmes féminins.

Autant de subtilités filmées qui indiquent que la sexualité, au même titre que l’alimentation ou la relation humaine, est un savoir-faire plus subtil que ce qu’on croit. Doser le manque, écouter le corps de l’autre et canaliser le désir est un art qui permet d’apprécier chaque rapport comme si c’était la première fois. On est à mille lieux de la surenchère des pratiques extravagantes du ponhub et c’est tant mieux ! 

Attention tout de même, le porno reste un business et le fait qu’il soit secret et un peu honteux n’est pas si mal (c’est mon opinion). Ne serait-ce que pour le porno classique, il reste plus sain de vivre ses fantasmes inavouables en fiction plutôt que dans la réalité. En cela, les scènes hardcore peuvent être un exutoire complètement déconnecté du réel pour débrancher le cerveau et mieux l’utiliser en gentleman dans la vraie vie. C’est ce qu’explique très bien Nikita Bellucci, actrice et réalisatrice de films pornographiques. Une idée qui se défend, non ? 

Les portes qu’ouvre le porno pour femme sur la sexualité

Quand on tape la requête porno pour femme sur Google, on n’est pas de suite dirigé vers des sites spécialisés pour les femmes. En revanche, dans la branche « porno pour femmes » des sites pornographiques de référence, la qualité de l’image est incontestablement plus belle et les scénarios bien plus subtils, y compris dans le langage. Certaines scènes sont de véritables œuvres d’art : on peut voir par exemple un acte sexuel dans un opéra, sous la forme d’une danse classique, avec une chorégraphie de type ballet. Les autres vidéos destinées aux femmes sont aussi les sex tape faites par des couples amateurs, comme celle qui a fait connaître Clara Morgane par exemple et où on voit du respect et de l’amour. 

L’un des avantages de ces produits de consommation est au moins la libre circulation des expériences autour du sujet, pour aider les femmes à découvrir les merveilleux possibles de leur corps. Rappelons que fut un temps, il fallait se confesser quand on ressentait du plaisir au lit ! Ce lourd héritage est loin d’être solvable en un claquement de doigts et sans tomber dans l’extrême opposé, on pourrait peut-être assouplir les mœurs. Sur France Culture, lors d’une émission sur le thème de la sexualité, il était question d’une expérience où on faisait visionner du porno à des femmes réticentes, qui se jugeaient elles-mêmes comme de bonnes mères de famille respectables et imperméables aux hérésies du sexe. Devant un acte à l’écran, avec un capteur dans le vagin, l’écrasante majorité d’entre elles produisaient des signaux d’excitation. Et oui ! La libido concerne tout le monde, même papa maman ! 

Les autres sites porno pour femmes, en grande majorité lesbiens, ont souvent une démarche informative sur les bienfaits du plaisir sexuel ou une boutique de dropshipping consacrée aux produits de bien-être sexuel (jouets, gel chauffant, lingerie, etc. ). Toute une génération de YouTubeuses suit la mouvance en informant franchement la jeunesse sur le plaisir érotique comme Camille Aumont. Il est question de masturbation, de pratiques spécifiques, de consentement, de clitoris, etc. , autant de sujets qu’on n’aborde nulle part ailleurs. Si le sexe reste du domaine de l’intime et que c’est aussi en cela qu’il est excitant et précieux, ça se complique quand la culpabilité s’en mêle et qu’il devient tabou. Les victimes de violences se sentent alors écrasées de culpabilité si elles dénoncent celui qui les abuse, comme si le problème était dans la parole autour du sexe et non dans l’acte. STOP ! Si vous avez des envies qui vous semblent osées, c’est que ça s’explique biologiquement et il n’y a pas de raison d’en être gêné. Il est tout à fait légitime de vouloir se renseigner sur un des thèmes les plus courants de la vie humaine et d’en tirer tous les bénéfices : un meilleur sommeil, une production d’endorphine (contre les règles douloureuses, rien de tel que la masturbation) et d’ocytocine (l’hormone du bonheur), sans compter les moments de partage avec son partenaire qui font partie intégrante de la culture d’un couple, etc. Il faut juste savoir à qui en parler, sans que cela ne devienne malsain. Dans certaines cultures païennes, une femme mûre était chargée de faire l’éducation sexuelle des jeunes garçons, comme à une époque c’était le rôle des prostituées (et à notre époque aussi, dans les pays où la prostitution est légale). Jean Auel dans Les enfants de la terre, décrit une tribut de Cro-Magnon, où une femme d’expérience assistait au dépucelage des jeunes filles, pour vérifier que les garçons s’y prenaient avec douceur. Comme quoi, le sujet du plaisir féminin étant universel, la question s’est posée à toutes les époques.

Vous arrivez à la fin de cet article, qui a voulu faire la distinction entre intimité et tabou, en parlant ouvertement du porno pour femmes. Il ne s’agit pas de banaliser le sexe en se ruant sur ces sites et encore moins d’en parler à l’école ! Le fait que certains parents soient hermétiques à l’apprentissage théorique de pratiques sexuelles en classe s’entend très largement. Mais avec toutes les affaires d’inceste et de viol qui envahissent tristement l’actualité, il est urgent d’éduquer les jeunes hommes à une sexualité intègre et décente. À la manière du père dans Captain Fantastic qui accompagne son fils en partance pour sa vie d’adulte, on pourrait donner à notre progéniture cette superbe consigne « Quand tu fais l’amour à une femme, assure-toi qu’elle soit d’accord, soit doux et respecte là, même si tu n’es pas amoureux ». 

Charlotte Allinieu, journaliste web pour Celles qui Osent

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