Vivre dans un corps intersexe | Un sujet enfin abordé sur le petit écran avec Chair Tendre

Ils ne sont ni garçons ni filles, et aimeraient se considérer comme « indéterminé » ou choisir en tout cas librement le genre qui leur correspond le mieux. Parfois, ils décident tout simplement de ne jamais choisir. La question de l’intersexuation (ou intersexualité) s’avère aujourd’hui encore largement méconnue. C’est ce sujet tabou qu’ont décidé d’aborder Yaël Langmann et Jérémy Mainguy avec « Chair tendre ». Cette série dramatique retrace la quête identitaire complexe de Sacha Dalca, jouée par Angèle Metzger, qui doit trouver elle-même son identité de genre dans une phase charnière de l’existence : l’adolescence. L’identité de genre est une question sociétale complexe, car le sentiment d’appartenance à un sexe est très subjectif. En France, les personnes intersexes demeurent « invisibles », absents des chiffres et des données statistiques. La série télévisée Chair Tendre, à regarder actuellement sur France.Tv Slash, rend (enfin) visible l’intersexuation sur le petit écran.

Sasha est née intersexuée

Sasha Dalca a 17 ans. C’est « la nouvelle du lycée ». Elle vient de Paris et arrive en cours d’année scolaire. Elle est différente, et ses nouveaux amis l’ont bien compris. « Sasha, c’est aussi un prénom de mec, non ?! »

Mystérieuse, ambivalente, « inclassable », certains pensent qu’elle est lesbienne, ou encore vierge. Surnommée « la princesse des ténèbres », l’adolescente garde à tout prix le silence sur son passé.

Victime de harcèlement scolaire, elle s’est faite violemment agressée par ses anciens camarades de classe. Toute la famille a alors décidé de déménager, pour prendre un nouveau départ : nouveau numéro de portable, nouveau lycée, nouvelle vie. Elle peut compter sur le soutien de sa petite sœur, 15 ans, en seconde, qui aime le patinage artistique, se maquiller « avec une pelle » et sortir avec les amis de sa grande sœur. Parfois, elle en a marre de vivre dans l’ombre de Sasha, et de ses problèmes. Elle aussi a dû tout quitter, ses amis et son lycée, pour soutenir sa sœur.

Mal dans sa peau, mal à l’aise dans son corps, Sasha dissimule sa silhouette androgyne sous des couches de vêtements, amples. Elle ment à tout le monde, constamment, pour que personne ne découvre son lourd secret : elle est née intersexuée.

📌  À lire également : adolescence et sexualité : quelles pratiques ?

L’intersexuation ou la difficulté à rentrer dans la case « homme » ou « femme »

Selon l’ONU, l’intersexuation se définit comme « une manière de décrire les caractères sexuels biologiques d’un individu, notamment ses organes génitaux, ses gonades, ses taux d’hormones et ses chromosomes » lorsque ces caractères ne correspondent pas aux définitions traditionnelles du sexe masculin ou féminin. » Les personnes intersexes ne disposent pas, à la naissance, de caractères sexuels déterminés (pleinement masculins ou féminins).

En France, il naît environ 2 % d’enfants intersexes par an : les parents, souvent désemparés, doivent alors déterminer le sexe qu’ils veulent attribuer à leur enfant, avec le conseil des médecins. Ces pratiques chirurgicales constituent une véritable violence à l’égard de ces enfants. Douloureuses, souvent très nombreuses, elles entraînent, bien souvent, des difficultés post opératoire et des troubles d’identité.

En Allemagne, les interventions chirurgicales ont été différées jusqu’à l’âge de quinze ans, le temps que l’enfant puisse véritablement donner son avis.

Or, en France, s’impose toujours un délai de trois ans pour remplir la fameuse case : « femme » ou « homme ».

Grandir dans « le mauvais sexe »

« À la base je suis un mec, mais je n’en ai jamais été un. »

Jusqu’alors, Sasha est/était un garçon. Elle a été élevée par ses parents en tant que « garçon ». Sauf qu’elle estime avoir été élevée « dans le mauvais sexe ». Dans quelques mois, elle est majeure et elle a décidé de franchir le pas d’une opération.

Dans son carnet de santé, elle a découvert qu’elle est née avec une anomalie ovotesticulaire entraînant une difficulté de détermination du sexe. C’est une situation rare, de l’ordre d’une naissance sur 5 000 (soit 160 naissances par an).

Enfant, elle a alors subi plusieurs interventions et vécu toutes les complications liées aux opérations, dont une ablation de l’utérus et une reconstruction pénienne.
Les médecins l’ont opéré très tôt, sans son avis, pour la « réparer » et lui permettre plus tard d’avoir une vie sexuelle dite « normale », considérant ces interventions comme indispensables.

« Pourquoi on m’a toujours menti ? »

Ses parents, ouverts et bienveillants, lui ont pourtant toujours caché la vérité, par protection. Parce que le corps médical leur a conseillé, pour « le bien de l’enfant ».

Sauf qu’aujourd’hui, sa mère se questionne « et si “il” ne s’était jamais senti garçon ? Et si l’on s’était trompé ? »

Changer de sexe : une opération lourde de conséquences

Désormais sous œstrogènes, Sasha souhaite une opération féminisante, pour qu’on lui enlève ce qu’elle définit comme « son monstre ».

« Je veux que l’on m’arrache ce truc et que l’on me fasse un trou à la place, ça sera plus simple. J’arriverais à être une fille si l’on me l’enlevait. »

Mais changer de sexe ne se décide pas « sur un coup de tête ». Ses parents ne sont pas ravis et son médecin reste très prudent face à cette décision.

L’enjeu est de taille : il faut qu’elle découvre qui elle est, qui elle veut vraiment être avant de se faire opérer ; savoir si elle veut être fille, garçon ou personne non binaire, ce dans quoi elle se sent le mieux. Face au miroir, elle se regarde, s’observe porter une robe.

« Qui est-elle ? »

Confronté à la solitude et aux questionnements de l’adolescence, Sasha vit son intersexuation comme « un cauchemar », « une maladie », et se sent comme « une bête de foire », « anormale  ». Elle estime son corps abîmé à l’entre-jambes “horrible”, balafré. Cela ne l’empêche malgré tout pas de ressentir, comme tous les gens de son âge, de l’attirance, du désir. Prise dans un tourbillon de désirs, elle n’ose pas tomber amoureuse et vivre pleinement sa vie telle qu’elle est.

Le corps intersexe dérange

Peu à peu, elle comprend que les médecins qui ont voulu faire correspondre son corps à une norme, qu’elle n’a pas besoin d’être “réparé” ni “soigné”.

Sasha dérange.

Physiquement, elle est “inclassable”, “non étiquetable” et ne valide aucun stéréotype de genre. Refusant d’être la victime de ce qu’elle appelle un “chao biologique”, elle est finalement bien décidée à prendre sa place dans la société. Sasha n’est pas un cas isolé. Il existe des milliers de personnes intersexes dans le monde, qui ne cochent pas les cases “femme” ou “homme”. Ces personnes ne sont pas “malades”, sauf au regard de la société.

Chair Tendre, la série TV qui rend visible l’intersexuation

Récompensée par le Prix de la Meilleure Série pour la compétition française au festival Séries Mania, cette série traite avec justesse un sujet tabou, souvent incompris, sans voyeurisme ou misérabilisme. Elle décrit avec sensibilité et nuances la détresse et la souffrance engendrées par les troubles de l’identité sexuée et aborde aussi la difficile cohabitation avec son propre corps. Cette production cinématographique est essentielle pour rappeler aux individus intersexes qu’il n’y a pas de mal à l’être.

Et si l’on considérait enfin que le monde n’est pas binaire ? Pourquoi s’acharner à donner un genre à tous les individus ? Peut-on se détacher de la traditionnelle dichotomie homme-femme ? En 2022, il serait peut-être intéressant d’accepter les nuances et d’assouplir les normes sociales genrées qui engendrent parfois beaucoup de souffrances…

Violaine Berlinguet — Celles qui Osent

Pour aller plus loin, redécouvrez notre interview de l’écrivaine Sandrine Caillis, qui nous parlait de son livre Les ombres que nous sommes, narrant l’histoire d’un adolescent qui se cherche, entre bisexualité et sensibilité exacerbée.

Sources :

Situation des enfants intersexes — Sénat

Série Chair Tendre, France TV Slash (10 épisodes à regarder gratuitement sur France 5 et France.Tv Slash) avec avec Saül Benchetrit, Lysandre Nury, Marin Judas, Léna Garrel, Paola Locatelli, Régis N’Kissi Moggzi, et Andréa Furet.

Celles qui osent instagram
À ne pas rater !
Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter !

 

☕️ Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque semaine !

Adresse e-mail non valide
En validant votre inscription à notre newsletter, vous acceptez que Celles qui osent mémorise et utilise votre adresse email dans le but de vous envoyer chaque semaine notre lettre d’information. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment à l’aide du lien de désinscription ou en nous contactant via le formulaire de contact.
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter… 💌

👉  Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque mois !

Merci pour votre abonnement !