Biographie d’Anna May Wong, star Hollywoodienne sino-américaine et anti-raciste

Dès le 31 octobre prochain aux États-Unis, des pièces de monnaie de 25 cents présentant le visage gravé d’Anna May Wong, star hollywoodienne des années folles (1930-1940), circuleront dans le pays. Femme d’origine chinoise dans une Amérique ancrée dans la ségrégation raciale, elle n’a cessé de s’indigner des codes racistes et sexistes de l’industrie cinématographique. Celle qui ne s’est jamais mariée et qui n’a jamais eu d’enfant a décidé de mener une existence libre, sous les projecteurs, tout en luttant contre les rôles stéréotypés. Pionnière, elle a ainsi ouvert la voie aux actrices asiatiques à Hollywood. Voici le destin d’Anna May Wong, première actrice sino-américaine mise à l’honneur, en 2022, en devenant l’effigie d’une pièce de monnaie américaine.

Anna May Wong, actrice sino-américaine et femme libre

Anna May Wong (1905 – 1961), de son vrai nom Wong Liu-tsong 黃柳霜 est née en janvier 1905 à Los Angeles, de parents immigrants chinois. Elle grandit dans le quartier chinois de Los Angeles, au sein d’une Amérique ancrée dans la ségrégation raciale, où la loi d’exclusion des Chinois (Chinese Exclusion Act) de 1882 interdit toute immigration chinoise aux États-Unis. Cela n’empêche pas la jeune fille de poursuivre son rêve : celui de devenir actrice.

À l’ère des films muets, Anna May Wong commence sa carrière cinématographique en 1918, en tant que figurante, dans le film La Lanterne rouge d’Albert Capellani. Jeune comédienne talentueuse, elle obtient son premier rôle principal quatre ans plus tard dans le film Fleur de Lotus, l’un des premiers films sortis en couleur. Suite au succès de ce long-métrage, Anna May Wong enchaîne les tournages de grosses productions. Décrite comme la femme la mieux habillée du pays, l’actrice, devenue une icône de style et égérie mode, fascine. Elle fait aussi scandale, en s’affichant ouvertement en couple avec des acteurs blancs. (ce qui était très mal vu à l’époque).

Une vedette hollywoodienne victime de ségrégation raciale

Dans les studios, elle est malheureusement rapidement confrontée aux stéréotypes racistes et misogynes d’Hollywood. Dotés d’un physique avantageux, ses rôles se limitent aux personnages secondaires, à des femmes sensuelles, serviles ou sursexualisées. Pire. Sur le tournage du film The Crimson City, elle apprend à Myrna Loy, l’actrice blanche qui y jouait le personnage principal asiatique, à se servir correctement des baguettes pour manger.

« J’en avais tellement marre des rôles que je devais jouer. Pourquoi est-ce qu’à l’écran le Chinois est quasiment toujours le vilain, et un vilain si cruel – meurtrier, traître, un serpent dans l’herbe ? Nous ne sommes pas comme cela. Comment pourrait-on l’être, avec une civilisation qui est tellement plus ancienne que celle de l’Ouest ? Nous avons nos propres mœurs. Notre propre code de conduite, d’honneur. Pourquoi est-ce qu’ils ne montrent jamais ça à l’écran ? Pourquoi devrions-nous toujours manigancer, voler, tuer ? » Anna May Wong, au Los Angeles Times, 1933.

Frustrée et en colère, elle part, comme Joséphine Baker l’avait fait avant elle, pour l’Europe, ne revenant que périodiquement en Amérique, pour les films Daughter of The Dragon, (1931), Shanghai Express (1932) et La fille de Shanghai (1937).

Victime de racisme, Anna May Wong est largement sous-payée. Dans La fille du dragon, elle a gagné 6 000 $ contre 12 000 $ pour Warner Oland (qui n’est pourtant apparu que dans les 23 premières minutes du film). Pour le film Shanghai Express, l’actrice asiatique a perçu 6 000 $ tandis que Marlene Dietrich, elle, a gagné… plus de 78 000 $.

L’indignation vis-à-vis des codes racistes de l’industrie cinématographique

En 1935, on lui refuse le rôle féminin principal dans le film Visages d’Orient (adaptation du best-seller La Terre chinoise de Pearl Buck), en raison du code de l’industrie cinématographique interdisant les gestes intimes entre les diverses ethnies. L’acteur principal, masculin, Paul Muni, étant Blanc, donc les producteurs choisirent plutôt l’actrice allemande Luise Rainer que l’on maquilla pour lui donner une apparence orientale. (c’est le principe de la yellow face, qui consiste à jaunir le teint et maquiller ses yeux pour les plisser).

Écœurée et déçue « qu’Hollywood préfère des acteurs grimés en Asiatiques », elle entreprend alors une tournée d’une année en Chine, mais le gouvernement nationaliste de Tchang Kaï-chek lui fait une mauvaise propagande, considérant que ses rôles cinématographiques donnent une mauvaise image du peuple chinois.

Une vedette qui a ouvert la voie aux acteurs asiatiques hollywoodiens

Quand Anna May Wong revient aux États-Unis en 1940, elle décide de ne jouer que les rôles où les personnages d’origines asiatiques ne sont pas stigmatisés. Elle joue par exemple dans le film de guerre La Dame de Chongqing où elle interprète un rôle reflétant une image positive des Sino-Américains et des Chinois, en lutte contre l’envahisseur japonais. En 1951, elle joue dans sa propre série télévisée, The Gallery of Madame Liu-Tsong, la première émission mettant en vedette une Sino-Américaine.

Une année avant de s’éteindre, sa carrière est malgré tout récompensée par une étoile sur le Walk of Fame. Elle meurt en 1961 d’une foudroyante crise cardiaque à 56 ans. Son empreinte d’immortalité repose au 1700 sur Vine Street. De par sa détermination et son audace, Anna May Wong demeure la figure sino-américaine qui a ouvert la voie aux acteurs asiatiques à Hollywood.

Une pièce de monnaie à son effigie, un honneur rare et tardif

« Cette pièce est conçue pour refléter l’ampleur et la profondeur des réalisations d’Anna May Wong, qui a surmonté les défis et les obstacles auxquels elle a été confrontée au cours de sa vie. »

Ce sont les mots de Ventis Gibson, directrice de la monnaie américaine qui a inauguré en 2022 le programme « American Women Quarters » sur 4 années, ayant pour objectif de célébrer les accomplissements des femmes dans le développement et l’histoire des États-Unis dans le cadre de la commémoration du centenaire du dix — neuvième amendement à la Constitution des États-Unis.

American-Women-Quarters 

Ventis Gibson décrit Anna May Wong comme une « défenseuse courageuse qui s’est battue pour une représentation accrue et des rôles multidimensionnels des acteurs asiatiques américains. » L’actrice figure parmi les lauréates de 2022 avec la poétesse noire ​​Maya Angelou, l’astronaute LGBT Sally Ride, la militante amérindienne Wilma Mankiller et l’Hispano-américaine Adelina Otero-Warren. En 2023, les pièces présenteront Bessie Colema, Jovita Idar, Edith Kanaka’ole, Eleanor Roosevelt et Maria Grandchef.

Bientôt, un biopic inspiré de la vie d’Anna May Wong

Depuis, le cinéma américain a évolué et de plus en plus d’actrices sino-américaines sont présentes à l’écran dans des rôles principaux, mais les opportunités semblent malgré tout plus faibles pour les minorités. Car, combien connaissez-vous d’actrices sino-américaines ?

De mémoire, nous pouvons citer Lucy Liu, révélée dans la série Ally McBeal, Ming-Na, qui a joué le rôle du docteur Jing-Mei Chen dans la série médicale Urgences, Constance Wu, l’une des vedettes du film Crazy Rich Asians (2018), ou l’actrice Liu Yifei, ayant interprété Mulan en 2017.

Pour autant, il a fallu attendre 2021 pour qu’une femme d’origine asiatique obtienne le Golden Globes de la meilleure réalisatrice : Chloé Zhao.

« Anna May Wong était une pionnière, une icône et une femme en avance sur son temps. Son talent et son exploration de son art à la fois aux États-Unis et à l’extérieur étaient révolutionnaires — et les défis et les préjugés auxquels elle était confrontée au début du XXe siècle en tant qu’actrice parlent directement des conversations et du monde dans lequel nous naviguons aujourd’hui. » Gemma Chan

Après l’interprétation d’Anna May Wong par Michelle Krusiec dans la minisérie Hollywood, diffusée sur Netflix, un biopic d’Anna May Wong avec Gemma Chan et produit par Nina Yang Bongiovi est actuellement en préparation.

Plus d’un demi-siècle après sa mort, Anna May Wong, pionnière antiraciste à Hollywood, mérite largement les honneurs post-mortem…

 

Violaine B — Celles qui Osent

 

Vous aimez les sucess-story ? Découvrez le portrait de Sarah Breedlove, alias Madam C. J. Walker, la première millionnaire afro-américaine.

Sources :

Anna May Wong, première star d’origine chinoise d’Hollywood, aura une pièce à son effigie

Anna May Wong : première sino-américaine honorée sur une pièce de monnaie

Qui est Anna May Wong, la femme qui va avoir une pièce de monnaie à son effigie ?

L’actrice Anna May Wong, première Américaine d’origine asiatique à apparaître sur une pièce de monnaie

Anna May WONG : Biographie et filmographie

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