Comment expliquer la rivalité féminine ?

Potentiellement, Michèle Obama pourrait bien zieuter l’Insta de Kim Kardashian avant de rejoindre son Barack de mari au lit. Rien ne le prouve, mais de fait, ce qu’on appelle « l’effet Instagram »peut toucher des femmes sans névroses particulières, à commencer par vous et moi. Pouvoir passer deux heures hypnotisée par le profil d’une femme jeune, riche et jolie, qui montre ses abdos, alors qu’on a un bac plus 5, c’est le phénomène que la vulgarisatrice scientifique Charlie Danger explique dans une conférence intitulée « Pourquoi je ne serais jamais la plus belle ? ». La concurrence qui se trame entre les femmes est un fléau sur lequel il est important de revenir pour en comprendre les rouages. Sans mauvaise foi bien sûr. Alors, comment expliquer la rivalité féminine ? Celles qui Osent cherche à comprendre pour changer la donne !

Les femmes sous la protection des hommes pour survivre

La première explication à la rivalité féminine tient à l’histoire des femmes durant des millénaires, que nous avons intériorisée inconsciemment. C’est ce qu’on appelle « l’inconscient collectif ». Dans les sociétés qui nous ont précédés, la sexualité de la femme était entièrement contrôlée, pour que la gent masculine puisse garder un œil sur sa descendance et donc, maîtriser l’avenir de la société toute entière. Le deal ? « On ne vous fait pas de mal si vous restez douces et coopératives ». Bref, pour survivre socialement et physiquement, il fallait donc se mettre sous la protection d’un homme et faire « un bon mariage ». Dans nombre de cités anciennes ou actuelles, comme à Dubaï par exemple, soit une femme est mariée, soit elle est une fille de joie, soit c’est une religieuse. C’est bien, ça laisse un large éventail de choix, pas vrai ? Par conséquent, pour obtenir le statut le plus enviable, celui de la femme mariée, une jeune fille se devait d’être la plus attirante, la plus soignée et la plus « facile à vivre »…

De cette structuration sociale sont nés tous les canons de beauté qui ont perduré à travers les siècles : des hanches larges et des seins lourds, pour enfanter et allaiter, une taille fine et des cheveux épais, signe de vitalité (et donc de fécondité), une peau délicate, douce et épilée, témoignant du soin apporté au corps pour qu’il soit agréable au toucher. La préoccupation de la beauté et de la délicatesse est ainsi devenue insidieusement ce qui primait sur tout, y compris sur le confort et le développement de ses capacités personnelles.

Pourquoi la rivalité féminine ? Dans ce cadre, une femme jolie est possiblement une concurrente pour une autre, qui risquerait de la priver du meilleur mariage et de la meilleure vie. Pire, vieillir est devenu inconsciemment sortir du marché de l’enfantement et risquer de se faire prendre sa place par une plus jeune, les hommes ne souffrant pas d’andropause. Dans l’infect et prodigieux Bel Ami de Maupassant, c’est exactement ce processus qui est dénoncé. Un jeune provincial arrive à Paris avec l’idée de gravir l’échelon social en se mettant sous la protection des femmes mariées, jusqu’à parvenir à ses fins. On constate que malheureusement, cette concurrence féminine est la voie royale de la prospérité patriarcale.

En 2021, la rivalité féminine existe encore ?

Puisque maintenant les femmes peuvent gagner leur propre salaire et que le contrôle de la descendance n’a plus lieu d’être, elles ne devraient plus se battre entre elles pour garder les faveurs des hommes, non ? En réalité, c’est bien plus compliqué que ça. Rappelons un peu les chiffres. Le salaire des femmes en 2019 était encore inférieur aux hommes de 16,8 % selon l’Insee. Malgré tout, les femmes sont plus diplômées que les hommes. On observe 55 % d’étudiantes dans le supérieur pour 45 % d’étudiants. Et en effet, il a été prouvé que les recruteurs sont plus sensibles à la motivation des hommes et aux diplômes des femmes, sauf quand les motivations sont d’ordre sexuel. De quoi tout de même laisser planer un sentiment d’insécurité et de compétitivité (être meilleure aux exams), propice à la rivalité. 

Sur le plan personnel, l’archaïsme tient bon. Savez-vous que les followers des comptes d’influenceuses célèbres sont essentiellement des femmes. Et des femmes diplômées. Jauger la concurrence sur les réseaux porte d’ailleurs un nom en anglais : le creeping. Une étude datant de 2018 a montré qu’Instagram augmenterait le risque de dépression chez les femmes, à cause du fait que nous serions irrésistiblement attirées par cette comparaison qui nous fait tant souffrir. Biologie ou construction sociale ? Un peu des deux. Une étude menée par Jon Maner aurait montré que le taux de testostérone augmente chez les femmes à qui on fait sentir un tee-shirt d’une autre femme en période d’ovulation. 

Au 21e siècle, non seulement la concurrence féminine existe encore, mais elle est largement instrumentalisée par le patriarcat. Diviser pour mieux régner, voilà la devise. De plus, les multiples branches du féminisme, infiltrées pour certaines et parfois contradictoires, flattent la division plutôt que la sororité. Pour apaiser les tensions et trouver un élan commun, il y a encore un peu de travail… 

La suprématie masculine érigée en principe par des femmes  

La concurrence féminine est au patriarcat ce que la servitude volontaire est au pouvoir, un outil de reproduction qui s’autogère. Pour le dire de manière plus simple, en se laissant aller à la jalousie interféminine pour se mettre dans les faveurs des hommes, les femmes desservent leur propre cause. La scientifique Charlie Danger explique que selon des études scientifiques, ce sont des femmes qui défendent les mesures les plus rétrogrades et extrémistes en terme de droit des femmes. C’est exactement la représentation qu’on a dans La belle au bois dormant, où la vilaine reine/sorcière, guettée par la vieillesse impose une loi martiale : pour qu’elle puisse rester la plus belle (aux yeux des hommes, forcément), il faudra tuer tous les bébés de sexe féminin au berceau, ainsi que les jeunes filles en âge de plaire. Un peu rude, la concurrence féminine, non ? Dans cette veine, la YouTubeuse Charlotte Gabris s’insurge contre le manque de sororité de certaines femmes, qui affirment qu’elles n’aiment pas les filles « Ah moi, je ne m’entends pas avec les filles. J’ai que des potes garçons ». Vous en connaissez sûrement, non ? 

Ce phénomène pourrait être en partie expliqué par le syndrome de Stockholm. C’est quoi au juste ? C’est une névrose à la suite d’un traumatisme, qui pousse la victime à défendre son bourreau, en particulier contre les autres personnes qui pourraient être victimes de ses violences. C’est être amoureuse de son violeur en somme. On est là à l’apogée du mécanisme de déni qui conduit à la compétition féminine. Un exemple ? Thierry Ardisson accueille en 2012 la chanteuse Lio et l’ex-compagne de Bertrand Cantat, Muriel Cerf. Cette dernière vient présenter son nouveau livre, Bertrand Cantat ou le chant des automates, où elle excuse le chanteur de ses coups, elle-même ayant failli être tuée, en expliquant qu’un passage de folie peut arriver et qu’il est malade. Lio avec une extrême lucidité lui répond « Pas assez malade pour préparer un nouvel album apparemment ». En guise de présentation, Muriel Cerf reprend Thierry Ardisson qui la décrit comme écrivaine, « Écrivain, c’est quand même plus joli ! » Ce moment douloureux et poignant montre à quel point certaines femmes protègent farouchement l’ordre établi, construites et valorisées qu’elles ont été par la reconnaissance masculine, jusqu’à pouvoir être complices de la violence. Elles en veulent non pas aux hommes, mais aux autres femmes, qui pourraient leur voler la vedette auprès de leur bourreau. Un comble, non ? Lio, qui reste bienveillante, mais ferme, a ces mots incroyables

« Tant que les femmes accepteront la violence au nom de quoi que ce soit, mais surtout de la passion, on est toutes foutues ». 

Et si, à l’image de l’écriture inclusive (qui inclut), les femmes parvenaient à se construire les unes avec les autres, plutôt qu’individuellement et contre, pour rester la plus belle dans les yeux d’un homme ? Et si au lieu de défendre l’amour à tout prix, on défendait plutôt l’intégrité féminine ? L’emportement masculin n’aurait sûrement plus lieu d’être. L’idée est en tout cas à méditer… 

 

Vous en comprenez un peu plus sur le sujet délicat de la rivalité féminine. Mais vous savez quoi ? Il y a de la place pour tout le monde. Reconnaître la valeur d’une autre, c’est l’aider à trouver sa juste place dans le monde avec son talent et s’autoriser à faire de même. Et si au lieu d’envier, on arrivait à admirer ? On se donnerait alors l’audace, quand une autre nous bouleverse, de trouver nous aussi le chemin vers l’accomplissement. Qu’en dites-vous ? 

Charlotte Allinieu, web journaliste pour Celles qui Osent

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