Portrait de Chantal Thomass, la grande dame insoumise des dessous féminins

Une frange noire, des lèvres rouges, une allure à la garçonne chic. Voici l’emblème de celle qui foule, depuis toute jeune, les pavés de Paris et la scène de la mode française. Le portrait de Chantal Thomass, c’est celui d’une créatrice née, sujet d’admiration et de controverse. Discrète sur sa vie privée, elle a estampillé d’audace et d’assurance sa marque comme sa carrière. Mais qui est-elle, au-delà d’un tourbillon de révolution dans la lingerie et le prêt-à-porter féminin ? Celle que j’ai découverte en me pâmant devant ses sous-vêtements qui faisaient rutiler catalogues et vitrines m’intrigue, et vous ? Retour sur une histoire brodée de féminité et de style à travers la biographie de Chantal Thomass, cette grande prêtresse des froufrous et des élégants dessous.

Les excentriques et coquettes tenues d’une jeune fille de Paris

Quelques petits boutons rouges et une culotte en tissu bleu marine qui déroge à la traditionnelle et réglementaire jupe plissée. Un outrage. Il n’en aura pas fallu plus pour que Chantal Genty, née le 5 septembre 1947 à Malakoff dans les Hauts-de-Seine, soit renvoyée de son collège religieux. Fille unique d’une mère ex-couturière et d’un père ingénieur, la jeune et créative polissonne adore déjà s’exprimer et attirer l’attention. Dans son imaginaire vestimentaire défilent les rubans de sa maman et les allures influentes de Joséphine Baker ou de Marlène Dietrich. Le lycée ? Pas pour elle. Elle abandonne après la seconde, intègre une école de dessin et esquisse les traits de sa carrière dans le design textile.

Fin des années soixante. Quand elle ne s’habille pas avec classe, elle se sape d’une manière fantasque et cela émoustille le petit monde du Tout-Paris. Premiers pas chez Dorothée Bis, créateurs français réputés, avant de s’associer avec celui qui n’est autre que son mari, Bruce Thomass, avec lequel elle aura deux enfants. Le couple crée en 1967 sa marque de prêt-à-porter, Ter et Bantine. Singulière, elle associe les plus étranges tissus du marché Saint-Pierre. La toile cirée de cuisine ? Chiche, on en fait des imperméables. Le pilou et la maille Lurex ? On s’en fout, on ose tout. Et ça marche ! C’est un coup de cœur pour Brigitte Bardot qui devient l’une des premières clientes de cette artiste avant-gardiste. Sa bande, c’est Kenzo, Thierry Mugler, Jean-Charles de Castelbajac et Jean-Paul Gaultier. Rien que ça. Et comme eux, elle finit, en 1975, par lancer sa marque. La maison Chantal Thomass est née.

Cette icône de la mode qui a osé pimper le soutien-gorge

Très vite, la créatrice s’éprend de la délicate dentelle de Calais qu’elle réinvente sous forme de guipures aux motifs modernes. Sorte d’hommage au raffinement de la lingerie du XIXe siècle, dont elle raffole. Elle texturise alors chaque habit de sa broderie fétiche et, quitte à revisiter les dessus, pourquoi ne pas aussi dépoussiérer les dessous ? Car voyez-vous, mesdames, les sous-vêtements des seventies n’étaient pas vraiment synonymes de glam. Du chair, de l’épais et du fonctionnel, point barre. C’est ainsi qu’à son premier défilé en 1976, porte-jarretelles et balconnets viennent chatouiller les regards sous les fentes et les échancrures. Le succès est immédiat. Le soutien-gorge, jusque-là délaissé dans le fond des dressings, resplendit sur les devants de la scène et charme les poitrines.

Entre extravagance et sobriété, Mme Thomass électrise le prêt-à-porter féminin de guêpières, de robes et de bustiers autant que de vestons, de cols et de pantalons. Elle s’inspire de la garçonne des Années folles qu’elle bouscule de fanfreluches, de décolletés et de transparences. De cette ingéniosité un poil impertinente émerge alors, en 1979, son plus grand triomphe : le collant stretch. Oui oui, le même que celui qui nous boudine la taille quand on ne fait pas du S. Sauf qu’à l’époque, c’est une révolution. Le logo s’impose et Benoît Devarrieux immortalise en 1981 ce qui deviendra un symbole : la frange noire et droite d’une entrepreneuse en pleine ascension.

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💕 À lire aussi, parce que la belle lingerie se doit d’être au service d’une poitrine épanouie : et si on commençait par aimer nos seins ?

Aux origines des biographies de Chantal Thomass, par Chantal Thomass

La cadence avec laquelle la marque se développe pousse à l’association avec le groupe japonais World en 1985. Dix ans plus tard, la créatrice est mise à la porte. S’ensuit une période difficile pendant laquelle son nouveau compagnon, Michel Fabian, ainsi que ses postes de directrice artistique pour Wolford et Victoria’s Secret seront d’un précieux soutien. Il lui faudra batailler durant trois années avant de pouvoir reprendre les rênes de son entreprise auprès du groupe Sara Lee-Dim, en 1998. Dorénavant, c’est lingerie only et le prêt-à-porter s’enveloppe de parenthèses. Mais son retour frôle le scandale en 1999 : au lieu d’un classique défilé, elle fait flâner ses mannequins en somptueux peignoirs dans les vitrines des Galeries Lafayette. Ce qu’elle avait conçu telles des saynètes de vie ébranle l’opinion publique, les féministes la huent et la presse mondiale fait ses choux gras de l’histoire. À défaut d’une vision comprise, c’est un pari réussi : pleins feux sur Chantal.

photographie chantal thomass habillee d une chemise blanche et d un flot noir derriere des roses rouge
Une coiffure et un maquillage mythiques… Toujours élégante et apprêtée, il est parfois difficile de dire quel âge a Chantal Thomass, cette icône de l’intemporelle féminité.
Source : Wikipédia – Gil Zetbase

 

Et c’est bien là ce qui la définit. Les bonnes mœurs et les tendances, elle en fait fi au profit de la transgression. Pas pour choquer, mais pour interroger les limites de la féminité affriolante qu’elle ne considère pas comme antinomique au féminisme. Au fond, qui est Chantal Thomass ? Une contestataire qui emprunte aux hommes non pas leurs fantasmes, mais leur dress code afin d’offrir aux femmes le plaisir de se sentir belles, pour et par elles-mêmes. Admirée comme décriée, elle partagera sa réflexion sous la plume de Julien Cendres en 2001 dans l’ouvrage Femme selon Chantal Thomass. Seize ans plus tard, elle le complétera de son autobiographie Sens Dessus Dessous.

Après la lingerie, place au parfum, au linge de maison et même au parapluie

À l’aube du deuxième millénaire, cette exploratrice du look diversifie sa gamme et se lance dans une succession de partenariats aussi variés que surprenants. Son premier parfum glamourise les rayons cosmétiques en 2002 en s’ornant d’une jarretière en tulle. Du chic en pschitt. Elle s’essaie aux serviettes de bain, aux valises, aux ombrelles ou encore à la literie. Puis elle laisse pétiller son insolence en fardant d’un rose vif une Jaguar et une machine à laver Vedette. En se parant de dentelles imprimées, les bouteilles de Coca-Cola Light aguichent le chaland assoiffé. Puis vient le tour de Nivea, Tatie, Kusmi Tea. Autant d’opérations séduction dont la plupart des profits sont reversés à des projets caritatifs dans lesquels elle s’investit de plus en plus.

Chantal Thomass porte en elle cet entrelacement de liberté, de luxe et de volupté cher à la culture française. Décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres en 1986, elle reçoit en 2005 l’insigne de l’Ordre national du Mérite. Le musée Grévin l’immortalise en 2014, tout comme son mythique code couleur noir, blanc et rouge, triptyque faisant écho à l’histoire du maquillage. En 2016, le Crazy Horse lui confie la création du show « Dessous Dessus ». Encore et toujours, Mme Thomass revisite l’éloge humaniste et érotique de la femme. Ce, du plus improbable tapis de bain jusqu’à la scène sulfureuse du cabaret parisien.

L’ultime portrait de Chantal Thomass, sous toutes les coutures

Cette femme visionnaire, on lui doit une révolution du soutif. La création du collant fantaisie, aussi. Elle a apporté une touche jeune et pepsy là où il n’y avait qu’une mode pour dame pas très sexy. La richesse de son œuvre stylistique a marqué les esprits et elle souhaite en dévoiler la genèse, comme la quintessence, à la nouvelle génération. En 2021, ce sont donc des centaines de pièces uniques de collection qu’elle vend aux enchères lors d’un défilé emblématique. Elle lance son site web la même année, Madame Chantal Thomass. Les visiteurs y sont guidés par sa voix sensuellement grave, plongés sur les quais de Seine et bercés d’un fond musical signé Édith Piaf. Parisienne, jusqu’au bout.

C’est là presque l’épilogue de sa carrière dans la mode. Elle embrasse aujourd’hui d’autres formes d’art aux côtés, par exemple, de la maison de céramique Rometti avec laquelle elle collabore depuis 2013. Elle a affranchi Chantal Thomass de Chantal Thomass, sans regret, pour elle-même continuer à évoluer. Sagesse ou folie ? Un doux mélange sans doute, appuyé par ses propres mots :

« Dans une carrière, je pense qu’il faut surtout avoir de l’inconscience. Car avec le recul, c’est bien cela qu’était ce qu’on considérait au début comme de l’audace ».

La biographie de Chantal Thomass, je l’ai écrite en mémoire d’un temps où les froufrous issus de son imagination égayaient ma penderie et même mon parapluie. Si aujourd’hui je suis plus no bra que dessous chics, ses valeurs résonnent encore en moi. Ses créations n’avaient pas pour but d’aller dans le sens du vent, mais de rendre les femmes sûres d’elles afin qu’elles puissent s’exprimer au plus proche de leur personnalité. Une ode à la liberté qu’on se plaît à caresser du bout des doigts, telle une belle lingerie emballée dans son papier de soie.

📚 Pour aller plus loin dans votre lecture : Sens Dessus Dessous, de Chantal Thomass aux éditions Michel Lafon, 2017

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Cécile Prunier Arnoult, pour Celles Qui Osent

Sources :

Biographie de Chantal Thomass | Site officiel de Chantal Thomass
Chantal Thomass, Sens dessus dessous | France Inter
Chantal Thomass, 40 ans de mode | France TV Arts
Chantal Thomass, créatrice insoumise | Courrier Cadres
Chantal Thomass, une femme toujours libre | Ouest-France
Chantal Thomass « Je n’ai pas fait de la lingerie pour séduire les hommes » | ELLE
Interview de Chantal Thomass | Fashion Daily
Interview de Madame Chantal Thomass, « 40 ans de mode » | La Fashionerie

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