L’histoire du maquillage de l’Antiquité à nos jours : retour sur une chronologie aux fondements préhistoriques

Sur ma coiffeuse, c’est un vrai bazar. Un peu comme dans ma vie, d’ailleurs. Sauf qu’un tube de mascara, de fond de teint ou de rouge à lèvres, cela reste simple à ranger. Ces jours-ci, j’ai besoin d’aller de l’avant, de me donner du courage. L’idée de me maquiller me vient à l’esprit… Entre nous, le smoky eyes, c’est ma petite astuce pour me sentir belle et pleine d’assurance ! Je m’interroge alors. D’où vient cette idée sur la féminité ? N’avez-vous jamais, vous aussi, questionné les origines de ces fards et crèmes poudrées qui soulignent notre élégance ? Quelle est donc l’histoire du maquillage ? Si l’industrie cosmétique l’a transformé en un outil quotidien au service de notre routine beauté, qui a inventé le maquillage et pourquoi ? Curieuse, je décide d’entreprendre un voyage au fond des âges, depuis la Préhistoire jusqu’à l’ère contemporaine. Que ce soit chez les Grecs, les Égyptiens ou les YouTubeuses make-up à succès, les raisons et les moyens de s’embellir sont multiples. Aussi je vous propose, le temps de quelques battements de cils, d’explorer ensemble l’histoire du maquillage de l’Antiquité à nos jours, sans oublier ses prémices préhistoriques.

La Préhistoire, genèse des poudriers et des outils de maquillage

Notre récit chronologique débute en Afrique du Sud dans les grottes de Blombos, au Paléolithique, il y a plus de 100 000 ans. C’est ici que nos ancêtres Homo sapiens nous léguèrent de jolis poudriers nacrés, faits de coquilles d’ormeaux et parsemés d’un composé minéral rouge de 5 mm d’épaisseur. À leurs côtés fut déposé un os longiligne de canidé, sorte d’applicateur. Une version préhistorique de nos palettes Urban Decay, somme toute, mais avec des composants supposément moins glamours tels que la salive, la moelle ou l’urine.

traces de pigments colores dans une coquille d ormeau vieille de plus de 100 000 ans dans les grottes de blombos
Le premier poudrier de l’histoire fut réalisé dans la nacre d’un ormeau, au Paléolithique. Source : © DR – PALEO, numéro spécial, 2014

 

Ces vestiges furent découverts en 2008 par l’archéologue Christopher Henshilwood. Ils témoignent du stockage innovant d’onguents à des fins rituelles et artistiques, mais aussi hygiéniques contre les intempéries et les maladies. Pour les ethnologues, il s’agit du lieu où est né le maquillage et plus largement l’humanité au sens culturel et cognitif. Lady sapiens, une nana résolument pionnière de l’âge de pierre.

L’Antiquité, berceau des yeux charbonneux et du teint de porcelaine

Les prémices de l’eyeliner dans l’Égypte ancienne

Remontons ensuite le long du Nil vers les reflets de la période pharaonique. La cosmétologie et la médecine se confondaient dans le culte omniprésent des divinités. L’analyse par le CNRS de flacons vieux de plus de 3 500 ans a révélé que les Égyptiens confectionnaient de véritables formules de synthèse ! Femmes, hommes et enfants dessinaient et protégeaient ainsi leur regard grâce aux khôls noirs, verts ou bleus. Les baumes à base d’ocre embellissaient les joues tout en les préservant du soleil. La peau des nobles s’éclaircissait d’albâtre, de lait d’ânesse et de céruse (blanc de plomb), signe ancestral du lien entre l’apparence physique et la réussite.

L’attention portée au packaging avait de quoi charmer la team de Cléopâtre. Sur une petite pièce de roseau étaient annotées la marque, la couleur, la composition et la saisonnalité des produits. Telles des offrandes, ils étaient disposés dans les sépultures pour parer les défunts dans l’au-delà. Pimpé dans la vie comme dans la mort, qu’importe le courroux des dieux !

Le make-up gréco-romain, symbole d’une dichotomie de la féminité

Dans la Grèce antique et la Rome impériale, la coquetterie était l’apanage des femmes, leur splendeur ne pouvant exister qu’à travers l’artifice. Être sexy au naturel ? No way. La parenté sémantique des termes grecs anciens « chrôma » (couleur) et « chrôs » (peau) témoigne, selon l’historienne Adeline Grand-Clément, du lien qui existait entre pigmentation et apparence. Le corps et le visage de ces dames se devaient d’être éclaircis de céruse, de craie ou encore d’orge, de miel et d’œuf. Les sourcils étaient marqués au charbon, les cils et les paupières irisés de galène, d’ocre et de malachite. Pour faire ressortir ses pommettes et sa bouche, on utilisait des poudres rose vif à base de minerais ou de fruits broyés. L’application de fards venus d’Orient rehaussait l’audace et la frivolité des courtisanes tandis que leur absence encensait la sagesse et la dévotion des épouses. Deux idéaux bien distincts et empreints d’androcentrisme qui furent alors source d’une certaine rivalité féminine.

Le Moyen âge, aux racines d’un puritanisme qui influencera le maquillage à travers le temps

Vers l’an 400 ap. J.-C., en Occident, le christianisme sonne l’opprobre de la séduction, instrument de Satan. L’anathème du sex-appeal est donc à l’avantage du nude. Les égéries du moment sont les pâles et blondes demoiselles à l’implantation capillaire reculée (entendez par là épilée), aux sourcils presque inexistants, au nez droit et aux yeux clairs. Mon portrait craché, dis donc ! J’ai toujours dit que j’étais née à la mauvaise époque. Quoique. On était quand même loin du body positive, les injonctions puritaines glorifiant les saignées comme un pieux moyen de rester palichonnes. Comme quoi, les BB crèmes, les concealers et le strobing, ce n’est pas si mal.

Il faudra attendre le XIe siècle et les croisades pour observer une évolution du concept de beauté. Les mythes et us orientaux affluent depuis Byzance, symbole d’exotisme et d’anticonformisme. Les regards se fardent à nouveau pendant que le rouge à lèvres devient la quintessence du luxe et de la richesse.

Les Temps modernes, entre excès de blush et prise de conscience cosmétologique

L’austérité moyenâgeuse laisse ensuite place à l’exubérance de la Renaissance et de la période baroque. Mais la pâleur reste de mise, mesdames ! Diane de Poitiers (1499-1566) instaure sa règle de trois, fondement du tuto make-up des XVIe et XVIIe siècles. Afin de briller en société, il vous fallait sans faute :

  • une peau, des dents et des mains blanches ;
  • des yeux, des paupières et des sourcils noirs ;
  • des joues, des lèvres et des ongles rouges.

Catherine de Médicis (1519-1589) popularise la céruse et autres cosmétiques éclaircissants pour lutter contre les imperfections et les rougeurs. Le carmin fait sensation tandis que la mouche en velours et taffetas sert de patch correcteur ou d’émoji coquin, selon son emplacement. Voilà comment se maquiller pour séduire à la cour, sans oublier une touche de poudre parfumée de manière à estomper les aléas olfactifs de la toilette sèche ! Question d’hygiène, paraît-il…

Selon la conférencière Catherine Lanoë, la toxicité du plomb, de l’arsenic ou encore de l’antimoine finira par être décriée à la seconde moitié des années 1700. Cette reconnaissance du derme en tant que surface vivante sera à l’origine de la dermatologie, puis des formules hypoallergéniques actuelles. Le Siècle des Lumières et la Révolution française auront définitivement raison des usages outranciers à l’aube des années 1800.

L’ère contemporaine, quand industrie et mondialisation révolutionnent l’histoire du maquillage

Nous voici aux portes de notre époque. La révolution industrielle du XIXe siècle secoue tous les secteurs de l’économie occidentale. Les avancées scientifiques métamorphosent le contenu de nos trousses de toilette, le parfumeur Guerlain s’y impose dès 1828 et la céruse en est exclue en 1916. Cinquante ans après l’apparition des congés payés, la grande maison du luxe français innove en 1984 avec l’ingénieuse poudre autobronzante Terracotta. Elle rend ainsi accessible à toutes les femmes modernes un must have inédit : le teint hâlé. L’essor du cinéma propage les tendances et les yeux de biche deviennent mythiques grâce aux actrices iconiques et féministes telles qu’Audrey Hepburn ou Brigitte Bardot.

le succes des yeux de biches et de l eyeliner a partir des annees trente
Les légendaires yeux de biche sont devenus atemporels. Source : pexels

 

Au XXIe siècle, les matières et les techniques pour se maquiller fleurissent aussi vite qu’elles se mondialisent. Le baking à l’américaine subjugue, le layering à l’asiatique envoûte. Un nouvel adage s’est imposé : adapter le maquillage à son type de peau et à ses valeurs. Se respecter, en fait. Les cosmétiques bio, végan et le no make-up cartonnent. En 2020, l’Institut Français d’Opinion Publique révèle que 48 % de nos consœurs souhaitent « revenir à un visage naturel et dépourvu de produits chimiques ». On se questionne. Pourquoi se maquiller ? Les confinements répétés de 2020 ont drastiquement impacté notre apparence corporelle en tant que marqueur social pour en faire le vecteur privilégié de nos engagements moraux. Les diktats de beauté, une espèce en voie de disparition ? Pas sûr. Ce qui l’est, c’est la sagesse des mots de Benitha-Maria Mabaya, écrivaine congolaise :

« Le bonheur, c’est conserver le sourire au-delà de toutes ses peines : le plus beau maquillage qui puisse exister. »

De la Préhistoire à nos jours, nous avons maquillé nos corps et nos visages au gré des besoins, des envies et des injonctions. Une tradition qui esquisse, entre les arts, les religions et les sciences, l’immémoriale aventure de l’humanité : donner vie à nos plus profondes croyances. Qu’importe qu’elles nous poussent à nous rapprocher d’un idéal féminin, d’une divinité égyptienne ou de ce dieu grec accoudé au bar. L’histoire du maquillage, c’est un peu le reflet de notre monde intérieur. Que l’on souhaite se cacher ou bien se révéler, il nous positionne par sa présence tout comme par son absence. Et ce qu’il y a de cool, c’est que le jour où l’on se plante, tout redevient possible à coup de lotion démaquillante.

👉 Envie d’une autre lecture enrichissante avec CQO ? Voici une histoire du féminisme français !

Cécile Prunier Arnoult, pour Celles qui Osent

Sources :

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