5 romans à lire cet été

L’été est là. Si vous fuyez les rayons du soleil, nous savons que vous ne désertez jamais ceux de vos librairies. Celles qui Osent vous propose sa sélection littéraire de l’été 2022 : 5 livres à lire pendant vos vacances, à dévorer à la plage ou sur votre terrasse. Voici notre top 5 des meilleures parutions estivales ! Avec Line Papin, Olivia Ruiz, Isabelle Carré, Camille Laurens et Laure de Rivières, découvrez vite notre florilège ensoleillé…

1. Une vie possible : le livre le plus d’actualité

Une vie possible, paru en mars 2022 aux éditions Stock, est le cinquième roman de Line Papin. Cette autofiction, largement inspirée de l’expérience intime de la romancière de 26 ans, traite d’un sujet encore tabou : l’avortement.

À travers sa narratrice, l’autrice des Os des filles raconte la première interruption de grossesse qu’elle a subie de façon involontaire en 2020, puis celle qu’elle a choisi d’interrompre une année plus tard.

« Par pudeur, j’allais me taire. Par pudeur, j’allais ne rien dévoiler et passer sous silence cet épisode si intime de ma vie — si intime et pourtant vécu par tant de femmes, vécu par tant de femmes et pourtant passé sous silence… J’allais me taire pour protéger un secret, un couple, une intimité. »

C’est à vingt-quatre ans que pour la première fois de sa vie, Line tombe enceinte. Le verdict du test de grossesse est sans appel et la nouvelle l’a rempli de joie. « J’ai immédiatement appelé mon compagnon et nous avons été heureux ensemble ».

En pleine pandémie, tuant des millions de gens, Line rêve de son avenir de mère. Line apprend qu’elle porte dans son ventre des jumeaux.

« Si être une femme ne signifie pas être enceinte, être enceinte m’a rappelé que j’étais une femme. »

La jeune femme observe avec une immense curiosité son corps se transformer, muter, et découvre avec plénitude le « territoire inconnu de la maternité ». Pour la première fois, elle décide de prendre vraiment soin de son corps, de le chérir.

« Seule une femme peut voir son propre corps se transformer pour créer une autre vie, avoir l’exaltante ou angoissante sensation de devenir deux. »

Seulement, à la clinique, les médecins lui annoncent que les fœtus n’ont pas tenu et qu’elle doit subir une interruption médicale de grossesse. Cette intervention chamboule son esprit, son corps, son couple : les douleurs sont à la fois physiques et morales. Line prend subitement conscience de la fragilité de la vie. Un an plus tard, elle retombe enceinte. Au fond d’elle, Line sent qu’elle a changé. L’innocence de la première fois s’est transformée en détresse. Elle se sent alors incapable de porter la vie et de donner naissance à un être. Submergée par l’angoisse, elle choisit d’avorter. La vie de Line, endeuillée, s’en trouve particulièrement bouleversée. « Après avoir avorté, j’ai cherché à comprendre ce qui m’arrivait. » Une femme doit-elle obligatoirement être mère pour être femme ? Avorter, n’est-ce pas une manière de « faire attention à la vie » ?

En parallèle de son récit, la romancière convoque de grandes figures du féminisme, comme Simone de Beauvoir ou Gisèle Halimi, et analyse la question de la maternité sous un angle sociétal et politique. Face au retour d’une forme d’idéalisation et de glorification de la maternité, elle tente de comprendre la « mauvaise image » que la société peut avoir sur les femmes qui avortent. À l’heure où l’avortement est menacé partout dans le monde, Line Papin rappelle l’importance de la liberté de pouvoir choisir de mener une grossesse à terme ou non.

2. Écoute la pluie tomber, le roman le plus ensoleillé de notre sélection littéraire de l’été 2022

Après le succès de son premier livre, La commode aux tiroirs de couleurs paru en 2020, la chanteuse, actrice et écrivaine Olivia Ruiz raconte dans son roman Écoute la pluie tomber une histoire d’exil et de femmes volontaires, engagées, téméraires, dans un petit village languedocien.

Publié aux éditions Lattès, l’ouvrage est une sorte de spin-off de son premier, retraçant les 15 années cruciales de vie d’un des personnages secondaires du premier roman : Carmen. On y retrouve l’héroïne Rita, sous un autre angle, racontée à travers le regard de sa sœur cadette.

L’histoire se déroule dans une commune rurale, Marseillette, en Occitanie, en 1977. Dans le café qui l’a accueillie, Carmen pleure. La perte d’une nièce rouvre les portes de son passé douloureux, secret et caché. À plus de quarante ans, Carmen se remémore son vécu à travers les personnages qui ont changé sa vie.

« Chacun des êtres qui ont traversé mes quarante-cinq premières années m’a enseigné quelque chose. Parce que ma blancheur avait besoin d’être entachée pour se révéler, ma naïveté a besoin d’une méchante secousse pour céder sa place à la lucidité. »

D’une hacienda près de Tolède à la prison madrilène de Ventas où le franquisme fait rage, Carmen raconte sa venue en 1977 à Marseillette, l’absence de ses parents, les stigmates de l’exil, les ravages du franquisme et de leurs répercussions sur son histoire et celle de ses sœurs. D’événements en déboires, Carmen ose prendre son destin en main, animée par ses envies d’autonomie et d’indépendance.

« Ce café, c’est aussi le mien. C’est là que j’ai commencé à dévorer la vie avec un appétit d’ogresse. »

D’origine espagnole, celle qui « se sent profondément Méditerranéenne » rend hommage aux migrants et à sa propre famille ayant fui la guerre civile. Olivia Ruiz traite ici les sujets de l’exil, du deuil, de la trahison, du désir et de l’amour fraternel avec brio.

3. Le jeu des si, l’histoire la plus imaginative

« S’il est vrai que l’on accomplit en une vie qu’une partie de ce que l’on a en soi, qu’advient-il du reste ? » Alessandro Baricco, écrivain

Isabelle Carré, célèbre actrice et romancière, propose avec son troisième roman, Le jeu des si, paru en mai 2022 aux éditions Grasset, l’histoire d’une femme qui, un jour, décide de se faire passer pour une autre. La comédienne interroge la place que l’on occupe dans la société, celle que l’on prend et celle que l’on nous donne. À l’heure où nos destins sont de moins en moins linéaires, l’envie de tout laisser tomber, de déclarer forfait, de vouloir changer est de plus en plus assumée.

L’histoire commence dans un aéroport. Le fiancé d’Élisabeth qui était censé l’accueillir n’arrive pas. S’apprêtant à le rejoindre directement à l’hôtel, elle se retrouve face à un chauffeur de taxi attendant en vain sa dernière cliente : Emma Auster.

C’est à ce moment-là qu’Élisabeth saisit l’occasion de réaliser un vieux fantasme : prendre la place de cette autre femme, Emma Auster. « Oui, c’est moi. Emma Auster ».

Elle a le cran de monter dans un taxi qui n’est pas le sien pour changer d’identité, de vie. Disparaître pour tout recommencer. Parfois, on n’en finit pas de se chercher et d’imaginer un ailleurs…

« Je veux juste satisfaire ma curiosité, après je m’en irai, jurai-je pour dédramatiser. C’est l’histoire de quelques heures (…) Pourvu que je trouve un autre taxi pour rentrer… »

Autrice de sa propre existence, Élisabeth emprunte une vie qui n’est pas la sienne. Dans un petit village basque, une femme, Adèle, l’accueille et ses deux enfants la découvrent : une petite fille, âgée de six ou sept ans et son frère, onze ans.

Mais le réel la rattrapera-t-il, inexorablement ? A-t-on vraiment prise sur notre destin ?

Ce livre, véritable ode à la liberté, l’imaginaire et la fiction, pose des questions existentielles sur les choix que nous faisons au cours de notre vie, parfois à regret.

4. Fille, le récit le plus militant de l’été 2022

« C’est une fille. C’est bien aussi. Ce sera pour la prochaine fois. Reste plus qu’à transformer l’essai. »

L’autrice du roman primé Dans ces bras-là retrace avec Fille le destin d’une petite fille qui va devenir mère à son tour. Camille Laurens expose avec crudité et lucidité ce que signifie n’être pas un garçon pour sa génération. Naître fille en 1960, est-ce une chance ou une malédiction ? Inspirée de sa propre histoire, l’écrivaine analyse les rapports d’un enfant du sexe féminin à ses parents, notamment au père, et propose une réflexion sur la condition de « femme ». Insistant sur l’importance des mots dans la construction d’une vie, Camille Laurens démontre à quel point le langage a été un outil de domination patriarcale.

Le livre s’ouvre sur une scène d’accouchement, en 1959, à Rouen.

Laurence Barraqué naît, au sein d’une famille de la petite bourgeoisie. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Pour ses parents, c’est « encore » une fille », car elle suit la naissance, à quelques années près, de sa sœur Claude.

La narratrice comprend, à travers le langage et l’éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celle des garçons, et prend peu à peu conscience que tout ce qui est féminin, en général, déçoit. Laurence n’aura de cesse de se battre pour exister pleinement en tant que personne à part entière, et non pas seulement comme la fille de, la sœur de et plus tard encore l’épouse de. Dans les années 1990, elle devient mère. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ?

Sa propre fille, Alice, s’est toujours sentie dans la peau d’un garçon, et ce, depuis sa plus tendre enfance, mais pour quelle raison ?

En traversant au fil des pages les époques, les mœurs, les deux grandes vagues féministes, le Mouvement de libération des femmes et Metoo, la narratrice aborde les grandes problématiques de l’éducation des femmes, de la domination masculine et de la transmission des valeurs féministes aux jeunes générations.

5. La belle famille, le thriller le plus haletant, à lire absolument pendant les vacances

« La femme a une puissance singulière qui se compose de la réalité de la force et de l’apparence de la faiblesse. » Victor Hugo

La belle famille, premier roman de l’ancienne journaliste et scénariste Laure de Rivières, paru en mai 2022 aux éditions Flammarion, aborde le sujet de l’emprise, de la manipulation et de la violence conjugale à travers l’histoire d’une baby-sitter au sein d’une famille nombreuse catholique.

Inspiré d’une histoire vraie, cette jeune femme va tout abandonner, sa famille, ses études pour se plonger dans un moule familial qui n’est pas le sien et en être une victime.

« Quand j’ai répondu à cette petite annonce, et Dieu sait qu’à cette époque j’aurais pris n’importe quoi, je n’aurais jamais pu imaginer ce qui allait m’arriver. D’ailleurs, personne n’aurait pu s’en douter. Et je ne sais pas si quelqu’un aurait pu m’en protéger. »

À 20 ans, Manon Jackson, jeune étudiante indépendante, accepte une offre de nounou dans une famille bourgeoise de l’est de la France. Elle rencontre alors l’employeur qui va changer le cours de sa vie : Thierry Leprince, catholique intégriste, père de cinq enfants, dissimulant derrière son assurance et son charme un caractère trouble et colérique. Ce père va passer d’employeur à amant, de mari à bourreau.

Par amour, Manon s’engage dans un chemin dangereux… L’emprise est totale. Je l’aime d’un amour malade… Chef d’orchestre d’une famille qu’il fait danser au rythme de ses colères manipulatrices et de ses désirs égoïstes, l’homme détient Manon entre ses mains. « Je la veux à moi entière. Elle est mienne. Sa vie m’appartient. »

Où s’arrête l’amour pour laisser place à la folie ?

Laure de Rivières parvient à décrire, à la manière d’un thriller, la descente aux enfers que connaissent certaines femmes et que leur entourage ne peut pas comprendre. Ce roman choral, laissant les protagonistes de l’histoire s’exprimer à tour de rôle à chaque chapitre, démontre qu’il n’y a pas besoin d’avoir une faille pour être victime d’emprise.

📖 Pour aller plus loin, découvrez notre article sur l’érotomanie, une pathologie oscillant entre la maladie d’amour et la psychose délirante

📖 Si vous l’avez manqué, voici notre sélection littéraire de juin 2022, mettant en lumière des femmes téméraires !

N’hésitez pas à liker et commenter notre article, notre podzine ou notre podcast pour nous soutenir. Vous pouvez aussi vous abonner à notre newsletter Celles qui Osent !

 

Violaine Berlinguet — Celles qui Osent

 

Sources :

Une vie possible – broché – Line Papin – Achat Livre ou ebook

Écoute la pluie tomber – Olivia Ruiz – Babelio

Le jeu des si, de Isabelle Carré | Éditions Grasset

Fille —Camille Laurens —Gallimard —Grand format

La Belle Famille de Laure de Rivières — Editions Flammarion

Celles qui osent instagram
À ne pas rater !
Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter !

 

☕️ Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque semaine !

Adresse e-mail non valide
En validant votre inscription à notre newsletter, vous acceptez que Celles qui osent mémorise et utilise votre adresse email dans le but de vous envoyer chaque semaine notre lettre d’information. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment à l’aide du lien de désinscription ou en nous contactant via le formulaire de contact.
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter… 💌

👉  Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque mois !

Merci pour votre abonnement !