Portrait d’Alice Milliat, mère des jeux olympiques féminins

Aux JO de Tokyo, 48,8 % des athlètes étaient des femmes. Une parité presque parfaite pour la première fois depuis l’instauration des Jeux olympiques modernes en 1896. Cet élan en faveur du sport olympique féminin, nous le devons à Alice Milliat. Elle s’est battue pour le droit des femmes à pratiquer la compétition au même titre que les hommes. En 1922, elle organise les premiers Jeux olympiques féminins. Elle révolutionne ainsi le monde du sport et s’oppose aux instances masculines du CIO. Portrait d’Alice Milliat, une militante à qui l’on doit beaucoup.

Portrait d’Alice Milliat : les débuts de son parcours

Top départ d’une passion qui va guider sa vie

Alice Milliat n’a que 12 ans quand les Jeux olympiques modernes voient le jour en 1896 sous l’impulsion de Pierre de Coubertin. À cette époque, il n’est pas question que les femmes participent à l’événement, qui doit avant tout mettre en avant la virilité de l’athlète. Coubertin déclare ainsi en 1912 : « Le véritable héros olympique est à mes yeux l’adulte mâle individuel. Aux Jeux olympiques, leur rôle [celui des femmes] devrait être surtout […] de couronner les vainqueurs. »

C’était sans compter l’arrivée d’Alice Milliat, qui va consacrer son énergie à rebattre les cartes d’un univers sportif où l’homme est seul champion. Née en 1884 à Nantes, la jeune Alice part pour Londres en 1903 pour y être perceptrice. Elle y apprend le goût des langues et des voyages. Et c’est là qu’elle découvre les joies de l’activité physique. Elle joue au hockey, au football et à la natation, mais c’est pour l’aviron qu’elle développe une véritable passion.

En 1904, elle épouse Joseph Milliat, qui meurt quatre ans plus tard alors qu’elle n’a que 24 ans. Elle s’installe alors à Paris et devient sténographe interprète. Guidée par son attrait pour l’exercice, elle intègre rapidement le Fémina Sport, l’un des plus anciens clubs féminins. Elle y pratique l’aviron et devient la première femme à remporter le brevet Audax pour avoir parcouru 80 kilomètres sur une embarcation légère en moins de 12 heures.

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Photographie BNF

Alice Milliat, pionnière du sport féminin français et international

À partir de 1915, elle décide de prendre des responsabilités dans le monde du sport afin de faire entendre la voix des femmes. Elle devient présidente du Fémina Sport et en fait le premier club féminin en France en élargissant son champ d’activités. On y pratique désormais la gymnastique mais aussi l’athlétisme, l’aviron, le basket-ball, le football et la barrette, un activité dérivée du rugby.

Dès 1917, elle encourage la création de la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF). Son objectif est d’organiser le sport féminin dans l’hexagone et de contribuer à son développement. En 1919, Alice Milliat en devient la présidente. L’importance de cette structure lui offre alors l’opportunité d’agir à grande échelle. Elle fonde ainsi la plus ancienne équipe de France de football et met en place le premier championnat national féminin. Elle est aussi à l’origine des compétitions de France féminines d’athlétisme, de basket-ball, de cross, de natation ou de hockey.

Alice rêve non seulement d’asseoir la place des femmes dans les compétitions nationales mais aussi d’imposer leur présence au niveau international. Elle demande alors au Comité international olympique (CIO) d’introduire des épreuves d’athlétisme spécifiques aux JO de 1920. Le CIO, mené par Coubertin, refuse catégoriquement sa proposition. Il reste farouchement opposé à la participation de dames aux épreuves olympiques. Qu’à cela ne tienne, Alice Milliat organisera ses propres olympiades !

La victoire du sport olympique féminin

La création des Jeux olympiques féminins

En 1921, elle instaure le premier meeting d’éducation physique féminin international à Monte-Carlo. Devant le succès de l’opération, elle fonde la Fédération sportive féminine internationale (FSFI), qui portera son combat au-delà des frontières de l’hexagone. La fédération décide notamment d’homologuer les records du monde des femmes en athlétisme afin qu’ils soient reconnus. L’objectif est de réussir à mieux contrôler les compétitions sportives pour échapper à la tutelle oppressante des fédérations masculines.

Dès 1922, la FSFI, dont elle est présidente, organise à Paris les premiers Jeux olympiques féminins. Elle souhaite ainsi prouver aux dirigeants du CIO que le « sexe faible » a lui aussi les capacités requises pour faire partie intégrante du mouvement olympique. Le CIO condamne immédiatement cette initiative, son président Coubertin jugeant cette olympiade « inintéressante, inesthétique et incorrecte ». Les mâles ont beau hurler, l’événement international est une victoire ! Les athlètes de cinq pays s’affrontent autour de 11 épreuves dans l’arène du stade Pershing qui vibre de la ferveur de ses 20 000 spectateurs.

Les femmes à la conquête des JO

Cette première édition est suivie de trois autres Jeux mondiaux féminins, qui se déroulent en parallèle des Jeux olympiques traditionnels. Les médailles continuent ainsi de pleuvoir à Göteborg, en Suède, en 1926, puis à Prague en 1930 et à Londres en 1934. Avec l’instauration de ces JO, Alice Milliat a relevé haut la main le défi qu’elle s’était lancé de porter le sport féminin sur le podium international.

Malgré tout, les femmes demeurent en marge des Jeux olympiques officiels. Même si les mentalités évoluent en leur faveur, il faut attendre le départ de Coubertin du CIO en 1925 pour que la mixité progresse. Devant la réussite des Jeux mondiaux, les instances olympiques contrattaquent alors en offrant un tremplin au sport féminin. Le but n’est pas de lui faire une véritable place dans la compétition mais de le maintenir sous tutelle des fédérations masculines. Le Comité international olympique met donc en place cinq épreuves féminines d’athlétisme aux Jeux olympiques d’Amsterdam, organisés en 1928. Et Alice Milliat intègre le jury olympique, devenant ainsi la première femme juge d’épreuves masculines d’athlétisme.

Les années 30 ou la fin du combat d’Alice Milliat

Malheureusement, ces avancées sont de courte durée. Dès les JO de Los Angeles en 1932, la place des femmes recule. Dans un baroud d’honneur, Alice Milliat demande la création de vrais JO féminins puisque le CIO refuse de s’engager en leur faveur sur le long terme. Ses appels restent sans réponse. Les Jeux mondiaux sont déprogrammés et les fédérations féminines disparaissent. En contrepartie, la présence d’un programme spécifique au Jeux olympiques est actée. Pour acquérir une reconnaissance inédite, le mouvement sportif féminin accepte donc d’apparaître au palmarès de son adversaire masculin. 1936 sonne la fin du combat d’Alice Milliat, qui quitte ses fonctions et redevient interprète. Le 19 mai 1957, elle meurt à Paris, oubliée de tous.

Alice Milliat de nos jours : le puissant écho de son action

Hommage à l’ambassadrice du sport au féminin

Le XXIe siècle redonne enfin ses lettres de noblesse à Alice Milliat. Plusieurs rues et gymnases portent désormais son nom. Le 8 mars 2021, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, une statue à son effigie est inaugurée. Elle se dresse au cœur de la Maison des Sports, dans le hall du Comité national olympique et sportif français. Ironie et juste retour de l’histoire, son image trône désormais aux côtés de celle de Coubertin, contre lequel elle n’a cessé de lutter. Jean-Marie Blanquer la désigne alors comme la « Olympe de Gouges du sport français ». La figure d’Alice Milliat marque ici la réhabilitation de son parcours militant, de son courage et de sa ténacité. Elle symbolise aussi la reconnaissance du sport féminin dans sa globalité.

Un autre grand pas s’apprête à être franchi à l’occasion des Jeux olympiques de Paris 2024. L’Arena 2 sera baptisé à son nom. Alice devient ainsi la première sportive à donner son nom à un équipement olympique. Il était temps !

La fondation Alice Milliat ou l’héritage d’une femme exceptionnelle

La fondation Alice Milliat, née en 2016, est la première fondation dédiée au sport féminin créée en Europe. Elle a pour mission de le promouvoir et de lutter contre les inégalités entre hommes et femmes dans ce domaine. Les trophées Alice Milliat récompensent les acteurs qui mettent en lumière cette thématique. La fondation labellise aussi des projets variés qui œuvrent pour une place plus juste de la femme dans le sport.

 

Symbole de la lutte contre les inégalités entre hommes et femmes, Alice Milliat a ouvert la voie au sport féminin de haut niveau. Grâce à son action, les plus grandes athlètes partagent aujourd’hui la scène avec leurs collègues masculins, et ce pour notre plus grande fierté. Cependant, le chemin reste encore long pour atteindre la parité et la mise en valeur du sport féminin reste un challenge pour les années à venir. À chacune de nous d’y participer en souvenir d’Alice Milliat, combattante de la première heure.

Découvrez maintenant trois cavalières qui se mesurent aux hommes avec brio aux JO de Tokyo.

Christelle Desbordes pour Celles qui Osent

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