3 cavalières aux J.O. qui se mesurent avec brio aux hommes

Savez-vous que l’équitation est le seul sport mixte représenté aux Jeux olympiques ? Ce sport légendaire depuis Xénophon, dont Descartes disait qu’il est « L’art de faire de la géométrie en situation de péril », a de quoi faire rêver et impressionner par son exigence. Feeling, précision, stratégie, endurance, communion avec l’animal et maîtrise du terrain sont autant de qualités que les cavalières dominent avec élégance et finesse. En équipe, ces as au féminin sont souvent mis sur le devant de la scène par leurs coéquipiers. En individuel, elles sont redoutées par leurs concurrents masculins. Pour les J.O. de Tokyo, Celles qui Osent vous présente les favorites dans les 3 disciplines : le saut d’obstacles, le dressage et le concours complet. Voici 3 cavalières aux J.O. qui se mesurent avec brio aux hommes !

Pénélope Leprevost, cavalière de génie sortie du poney-club

Rares sont les grands champions qui ont eu accès au haut niveau par leurs propres moyens. N’être partie de rien est déjà une prouesse pour un cavalier d’envergure internationale, mais s’imposer dans la jungle du monde équestre et y briller quand on est une femme est carrément fascinant. C’est la performance que Pénélope a accomplie tout au long de sa carrière, jusqu’à pouvoir être copropriétaire de ses chevaux et faire ses propres choix sportifs. Il faut savoir que bien souvent, les cavaliers d’obstacle dépendent de propriétaires et d’actionnaires capables d’investir des dizaines de millions d’euros pour acheter les chevaux et participer aux concours internationaux. Ces enjeux colossaux impliquent une grosse pression pour les cavaliers, car les mécènes attendent de rentrer dans leurs frais grâce aux gains remportés en compétition. Les engagements des grandes échéances sont également hors de prix, à moins que les cavaliers soient dans le top 30 mondial et qu’ils fassent bénéficier leur team d’invitations VIP. De ce côté-là, Pénélope s’est longtemps maintenue dans les 10 meilleurs cavaliers mondiaux.

Issue d’une famille normande modeste qui n’avait rien à voir avec les chevaux, Pénélope Leprevost a commencé les cours en poney-club à Rouen. De fil en aiguille, elle a trouvé le moyen de multiplier ses heures en selle, en rendant de menus services au club et ses résultats étant notoires, elle s’est vite fait remarquer par les pointures du monde équestre. Dotée d’un mental de compétitrice et d’un feeling grâce auquel elle réussissait à dénicher et à former des cracks, elle embrasse le métier de cavalière professionnelle à temps plein dans les années 2000. Embauchée dans les écuries de Guillaume Lebreton, qui devient son compagnon, elle tombe enceinte de sa fille, Eden Leprevost, en 2004. Passionnée par son métier en plus d’être une mère comblée, elle arrête la compétition seulement 6 mois avant de voir sa carrière décoller. En 2008, elle croise en effet la route de l’incroyable jument Jubilée d’Ouilly, avec laquelle elle se classe dans ses premiers grands prix 5 étoiles. Ayant largement dépassé sportivement son compagnon, leur chemin se sépare d’un commun accord et Pénélope part travailler chez la célèbre éleveuse et propriétaire normande Geneviève Mégret. Dans ses écuries de prestige, elle montera Ratina d’la Rousserie, Topinambour, Vagabond de la Pomme ou encore le fameux Mylord Carthago, avec lequel elle fera un couple détonnant. Chacun de ses supporters garde en mémoire la vitesse à laquelle elle avale les obstacles sans faire tomber une barre, à l’occasion des barrages, c’est-à-dire les épreuves de vitesse qui départagent les meilleurs cavaliers de la première phase d’un concours. La consécration, c’est certainement avec Flora de Mariposa qu’elle l’atteint en 2014, lorsqu’elle termine 2ème par équipe pour les jeux équestres mondiaux de Normandie et première au J.O. de Rio de Janeiro en 2016, permettant à l’équipe de France de remporter la médaille d’or !

Une nouvelle phase commence pour elle lorsqu’elle se sépare de Geneviève Mégret et du Haras de Clarbec. Pénélope rebondit, encore et toujours, en devenant copropriétaire et actionnaire de ses chevaux, pour s’assurer une sécurité d’action supplémentaire. Elle forme ainsi Vancouver De Lanlore, avec lequel elle s’illustre dans de prestigieux CSI (concours de saut international) 5 étoiles. Contre toute attente, son piquet de chevaux fraîchement formé lui permet d’être sélectionnée par l’équipe de France pour les jeux mondiaux et les J.O. de Tokyo. Elle monte aussi des jeunes chevaux prometteurs, comme Excalibur De La Tour Vidal et Candy De Nantuel, dont les experts attendent beaucoup. À 41 ans, elle est une figure indétrônable du jumping au plus haut niveau et un exemple pour toutes les femmes indépendantes qui veulent vivre sans compromis de leur passion !

Charlotte Dujardin, surdouée humble et discrète qui rafle tous les titres !

Savez-vous en quoi consiste le dressage ? Il s’agit de dérouler une reprise libre ou imposée, avec des figures académiques dites de Haute-École ou de Basse-École. C’est-à-dire ? La Basse-École, ce sont les figures simples qu’on réalise en club, dans le dressage classique : le cercle, la volte, les déplacements latéraux (quand le cheval va de côté), les transitions d’allures (pas/galop), les allongements, etc. La Haute-École, ce sont des figures bien plus complexes, comme le piaffer qui est un trot très relevé, le passage qui est un trot sur place ou la pirouette au galop, qui est un demi-tour sur place au galop. Alors qu’en obstacle, c’est l’environnement qui fait réagir le cheval, le dressage est l’art du dénuement et de la précision en tête à tête entre cavalier et cheval. Le summum de cette discipline, c’est quand le cheval exécute les mouvements sans que le public ne puisse remarquer les actions du cavalier.

Cet art, c’est celui de Charlotte Dujardin, qui a décollé dans le monde du dressage il y a 10 ans, lors d’une RLM (reprise libre en musique) bluffante. Qui est-ce ? « Un monstre de travail qui ne compte pas ses heures », vous commencez à comprendre la rengaine ! On a beau faire comme on veut, c’est la vérité sans fioritures. Mettre en place une routine qui va permettre aux cavaliers de sortir du lot est une pratique très ingrate, voire complètement aléatoire. Tellement de paramètres comptent : la technique, les moyens, les fonds, la forme du cheval et du cavalier, les aléas de l’organisation en concours, les caprices des propriétaires et les coups du sort. On peut dire que Charlotte Dujardin, la cavalière britannique de dressage, se meut avec une régularité cosmique dans un monde fait de fluctuations incessantes. Avec son cheval de tête Valegro, elle est médaille d’or en individuel et en équipe aux J.O. de Londres en 2012 ! Aux Jeux mondiaux en 2014, elle réitère la performance et finit en tête du classement. Jamais finie, lors des J.O. de Rio en 2016, elle remporte à nouveau l’or. Rien ne semble détrôner Charlotte, qui, il y a quelques jours à Tokyo, remportait le bronze avec son cheval Gio. C’était là sa sa sixième médaille olympique, qui faisait d’elle la Britannique la plus décorée de toute l’histoire des Jeux, toutes disciplines et tous sexes confondus ! Sacrée performance qui met des étoiles plein les yeux, pas vrais ? 

Le secret de « la femme au cheval dansant » ? Une sorte d’émerveillement permanent mêlé à une humilité qu’on est stupéfait de découvrir. Charlotte choisit des chevaux au coup de cœur, en se fiant à leur charisme plutôt qu’à leurs origines et elle les forme de A à Z. Contrairement au saut d’obstacles, elle en est propriétaire et peut donc affirmer ses choix sportifs. Le dressage reste la discipline favorite des quinquas qui veulent réaliser le défi de se mettre à l’équitation sur le tard, tout en limitant le risque. À bon entendeure 😉

Rozalind Canter, la complétiste anglaise qui se mesure avec brio aux hommes

L’épreuve de concours complet en individuel a commencé hier, le 29 juillet. Ce sera la seule épreuve pour l’équipe de France qui n’accèdera pas au concours en équipe, puisque cette année, 1 cavalier et 2 remplaçants ont dû déclarer forfait après une mauvaise blessure de leur compagnon. Le concours complet, qu’est-ce que c’est ? 

C’est l’épreuve maîtresse qui réunit 3 disciplines : 

  • le dressage, où il faut dérouler une reprise avec des figures imposées devant un jury ;
  • l’obstacle, qui consiste à enchaîner un parcours le plus vite possible sans faire tomber de barres ;
  • le cross, qui est un enchaînement d’obstacles fixes en extérieur, type troncs, buttes, fossés, gués avec de l’eau, le tout en se rapprochant le plus d’un temps de référence qui avoisine les 7 minutes. 

Le concours complet est l’épreuve la plus physique, la plus longue et la plus dangereuse. On a coutume de dire qu’en cross, comme il n’y a pas de barres à renverser, ce sont les chevaux et les cavaliers qui tombent : c’est pour dire ! Fait peu courant, dans le top 10 des meilleurs cavaliers de complet, il y a 2 femmes, dont Rosalind Canter qui remplace aux J.O. de Tokyo sa coéquipière Piggy March.

Née à Hallington en 1986, Ros grandit dans un domaine d’élevage familial où elle fait naître et forme des poneys de sport. Lancée dans l’équivalent d’un sport-étude, elle apprend avant toute chose à gérer une entreprise équestre de prestige, ce qui n’est pas une mince affaire. En 2008, un stage d’équitation avec l’une des premières femmes complétiste, Judy Bradwell, achève de la convaincre que la compétition sera son métier à 100 %. Elle installe son entreprise au domaine familial et transforme l’élevage de poney en écurie internationale de complet. En 2014, elle est réserviste quand la Grande-Bretagne remporte la Coupe des Nations d’Irlande, avec une équipe essentiellement féminine. En 2016, elle remporte l’or à l’occasion de la Coupe des Nations par équipe de Pologne en tant que membre principal cette fois-ci. En 2018, elle participe aux Jeux équestre mondiaux aux États-Unis et remporte à la fois la médaille d’or en individuel et par équipe avec son cheval Allstar B !  À ce jour, c’est sa victoire la plus spectaculaire. En 2021, on attend beaucoup de Ros Canter aux J.O. de Tokyo. La bonne nouvelle, c’est qu’on sera fixés rapidement 😉 Affaire à suivre !

Quelques anecdotes de championnes olympiques en bonus !

  • Luciana Diniz est la seule représentante de l’équipe du Portugal qui n’est pas une bonne performeuse en équitation. Sponsorisée par Rothschild, elle s’est faite remarquer sous la selle de Winningmood, Lennox et surtout son incroyable petite jument, Fit For Fun. Dotée d’une forte spiritualité, dès qu’elle fait un parcours sans fautes, elle lâche les rênes, ferme les yeux en levant la tête et remercie le ciel. À 50 ans, elle représente son pays à Tokyo avec Vertigo du Désert.
  • En équitation, on peut performer jusqu’à 70 ans au plus haut niveau, même si ça reste rare. Beezie Madden est une cavalière américaine de 57 ans qui se maintient dans le top 10 mondial depuis des années et qui collectionne un palmarès incroyable. Médaille d’or aux Jeux panaméricains en 2003, médaille d’or aux Jeux d’Athène par équipe, vainqueur du très célèbre Grand Prix d’Aix-la-Chapelle en 2007 ou encore, première de la finale Coupe du monde à Paris en 2018, elle talonne de très près ses concurrents masculins. Comme quoi, trouver sa voie, c’est un peu arrêter le temps !
  • L’Australienne Edwina Tops Alexander a réussi à réaliser son rêve de devenir maman alors qu’elle performait au plus haut niveau, notamment avec son petit crack, Itôt du Château. Son mari, Jan Tops Alexander est le plus célèbre marchand de chevaux du monde, puisqu’il collectionne des transactions de dizaines de millions d’euros et des infrastructures spectaculaires. Il entraîne aussi l’équipe du Qatar et du Maroc qu’il a réussi à emmener au plus haut niveau. Sa femme Edwina est l’un de ses meilleurs performeurs, qui règne d’une main de maître sur cet empire. Elle semble maîtriser tous les fronts, à commencer par la communication et l’art d’une vie de famille réussie (quoiqu’on n’est jamais dans le chaudron des gens ;). Lorsqu’elle était enceinte de 6 mois, elle gagnait haut la main la finale d’un Champion’s Tour international ! Elle accouche le 31 juillet 2017 d’une petite fille, Chloé Cornélia Tops avant de retourner nous faire vibrer sur les terrains. 

Vous arrivez à la fin de cette actu sportive qui j’espère vous aura inspiré. Les jours qui viennent promettent de nous offrir du beau spectacle. On se retrouve très vite après avoir suivi de près ces cavalières olympiques qui se mesurent aux hommes avec brio !

Charlotte Allinieu, web journaliste pour Celles qui Osent.

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