Quels sont les effets de la domination masculine sur les femmes en France actuellement ?

Elles représentent 51 % de la population mondiale ; eux, 49 %. Physiquement, femmes et hommes sont différents, c’est un fait. Sauf que cette différence, le patriarcat en a fait une inégalité sociale, dont les femmes en sont les grandes perdantes. Selon l’enquête Ipsos-Sopra menée en août 2021, 71 % des Français estiment vivre dans une société patriarcale. Depuis l’ère #Metoo, la parole se libère : on décompte les féminicides, on dénonce la misogynie, les injustices sexistes et le patriarcat. En France, en 2022, les femmes continuent-elles de subir la suprématie des hommes ? Quels sont les impacts de la domination masculine sur elles actuellement ? Celles qui Osent vous révèle les 10 conséquences du patriarcat sur les Françaises en 2022.

Petit rappel avant de commencer : le est un concept sociologique se définissant comme « une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, à l’exclusion explicite des femmes ». Christine Delphy, figure incontournable du féminisme en France et directrice de la revue scientifique Nouvelles Questions féministes, décrit le patriarcat comme « un synonyme de domination masculine ou d’oppression des femmes ».

1. La culture du viol persiste en France

En France, 94 000 femmes sont victimes chaque année de viols ou de tentatives de viols. D’après l’enquête Ipsos 2021, près d’1 Français sur 5 ne considère pas le fait de forcer son conjoint à avoir un rapport sexuel comme un viol. Cela démontre l’ampleur du problème : le viol semble faire l’objet d’une tolérance, d’une loi du silence et d’un déni scandaleux.

D’après le sondage en ligne Noustoutes 2020, 1 femme sur 6 fait son entrée dans la sexualité par un rapport non consenti et désiré. Les violences sexuelles, qui touchent trois fois plus souvent les femmes que les hommes, sont à l’origine de dégâts médicaux majeurs et de nombreux maux, conscients ou inconscients, le plus souvent mal traités car largement sous-diagnostiqués. Malgré cela, la culture du viol persiste.

Dans son essai Une culture du viol à la française, la militante féministe Valérie Rey-Robert analyse et définit les violences sexuelles, en insistant sur les spécificités françaises du concept de « culture du viol ». « En France, chaque fois que la question des violences sexuelles est posée dans le débat public, les mêmes réticences s’expriment. Certains s’élèvent pour dénoncer l’horrible moralisme réactionnaire qui voudrait condamner la liberté sexuelle si chèrement acquise, nuire à l’identité amoureuse nationale en important le puritanisme au pays des libertés. »

D’après la juriste Catherine Le Magueresse « plus de 70 % des plaintes sont classées sans suite en France. Et ce n’est pas forcément lié à une enquête sérieuse. Le scénario est plutôt le suivant : on entend la victime. Monsieur nie. Trop souvent l’enquête s’arrête là. » Comme elle l’écrit dans son ouvrage Les pièges du consentement, « le consentement est quasi systématiquement invoqué par les agresseurs pour effacer les violences sexuelles et les métamorphoser en de simples relations sexuelles. »

2. La violence contre les femmes demeure banale en 2022

Pour la féministe Christine Delphy, « la violence contre les femmes est banale et n’est même pas perçue en tant que telle. »

En 2022, 74 féminicides conjugaux ont eu lieu depuis le 1er janvier (nombre arrêté au 21 août 2022), selon le Collectif Féminicides. Depuis le 1er janvier 2016, les militantes féministes anonymes de cette association recensent les femmes victimes de crimes conjugaux en France Métropolitaine et dans les DOM-TOM. Les chiffres sont étourdissants : 213 000 femmes subissent chaque année des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire ou ex-conjoint.

Isabelle Rome, nouvelle ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes estime que « malgré les efforts sans précédent engagés par l’État ces cinq dernières années, les féminicides restent à un niveau trop élevé. » Pour l’association Nous Toutes.org, les « efforts » ne sont pas suffisants ; en 2022, on continue de nommer des ministres accusés de viols, et le gouvernement refuse d’accorder 1 milliard d’euros à la lutte contre les violences conjugales.

Le collectif Féminicides déplore que les paroles des témoins et des victimes soient mises en doute et que les sanctions ne soient pas assez dissuasives.

3. Les femmes se sentent vulnérables dans l’espace public

Les femmes sont encore en 2022 victimes de harcèlement de rue, et de violences sexistes et sexuelles dans les espaces publics. 87 % de femmes en 2016 déclarent avoir été victimes de harcèlement dans les transports. Comme le souligne le rapport de 2018 sur les femmes dans l’espace public du centre Hubertine Auclert, « les femmes demeurent largement usagères d’une ville faite par et pour les hommes. » L’association Stop harcèlement de rue, lutte depuis 5 ans contre tout comportement sexiste, homophobe, transphobe pour promouvoir l’égalité dans l’espace public et interpelle les pouvoirs publics. En 2012, le documentaire Femme de la rue, de Sofie Peeters, a agi comme un révélateur. En filmant des femmes en caméra cachée dans les rues de Bruxelles, la cinéaste a mis en exergue les agressions verbales à caractère sexiste que les femmes encaissent chaque jour. Taous Merakchi, également connue sous le pseudonyme de Jack Parker, autrice du livre Vénère — être une femme en colère dans un monde d’hommes s’indigne contre ce monde d’hommes dans lequel nous vivons. Elle dénonce l’insécurité dans l’espace public : un quart des femmes aurait peur de sortir seules. « Parce que je suis une femme, j’ai peur de sortir seule la nuit, de porter des vêtements qui me plaisent, d’exprimer mon opinion ou mes émotions. Ces peurs sont à l’origine d’une immense colère que j’essaie de contenir tant bien que mal. »

4. Les Françaises continuent d’en faire plus que leur conjoint

À la maison, 3 Françaises sur 4 en font plus que leur conjoint. Paru en 2017, le livre Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale de Titiou Lecoq rappelle que 72 % des tâches ménagères sont réalisées par les femmes. Elles ont tendance à s’imposer le ménage comme punition, parfois parce qu’elles rapportent moins et se sentent alors obligées de compenser en effectuant ce travail gratuit dans leurs maisons. Pour la journaliste féministe, « le ménage est dévalorisé parce que c’est une activité féminine, et c’est une activité féminine parce que c’est dévalorisé ».

L’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie dans son livre Chère Ijeawele le rappelle : « savoir cuisiner n’est pas une compétence préinstallée dans le vagin. » Pour elle, il faut aussi cesser de conditionner les petites filles de façon à ce qu’elles soient de « bonnes épouses », et qu’elles voient le mariage comme une récompense.

5. La charge mentale, révélatrice du patriarcat, épuise les femmes

La charge mentale des femmes reste, à l’heure actuelle, un vrai problème de société. Un sondage Ipsos de 2018 démontre que 80 % d’entre elles sont concernées par ce phénomène épuisant. En s’obligeant à devoir penser à tout, tout le temps, les femmes s’épuisent. Elles parviennent difficilement à trouver un équilibre personnel entre leur travail et leurs obligations familiales.

La dessinatrice Emma a d’ailleurs illustré cette forme de surcharge cognitive sous forme d’une bande dessinée intitulée Fallait demander.

Conditionnées par le diktat de l’apparence physique et des canons de beauté actuels, elles s’ajoutent le poids de s’épiler, se maquiller ou de mettre des soutiens-gorge inconfortables.

Les femmes continuent aussi d’endosser la charge contraceptive. Elles portent tout le poids de la fertilité et donc de la contraception dans un couple. La charge mentale contraceptive comprend par exemple les rendez-vous médicaux réguliers pour le suivi ou le renouvellement de la prescription, les prises de sang à effectuer, mais aussi le choix et le coût de cette contraception.

6. Les femmes subissent plus la précarité que les hommes

En 2018, les femmes gagnent en moyenne 20,3 % en moins que les hommes.

Elles sont plus touchées par les emplois précaires : deux tiers des salarié·es au SMIC sont des femmes ; elles représentent ainsi 70 % des travailleuses pauvres en France. La fiscalité fondée sur le ménage telle qu’elle existe aujourd’hui participe également à appauvrir les femmes. En prélevant l’impôt sur les revenus de chaque partenaire sur la base d’un taux unique, celui du foyer fiscal, celle ou celui qui possède les revenus les plus faibles (la femme dans la majorité des cas) est taxé·e à un taux supérieur à celui qu’elle ou il aurait supporté si elle ou il avait été imposé·e séparément. L’iniquité du système fiscal est criante !

En 2022, les mères attendent toujours un mode de garde abordable et des aides sociales qui leur permettent d’aller travailler sans devoir y renoncer. Et bien évidemment, la naissance d’enfants continue d’affecter davantage l’activité des mères que celles des pères, les femmes supportant davantage le poids de la conciliation que les hommes.

On constate toujours trois fois plus de temps partiel chez les femmes, les pénalisant entre autres pour la retraite. Tous régimes confondus, les femmes perçoivent des pensions sensiblement inférieures à celles des hommes. Selon les statistiques 2021 de la Drees, il existe 40 % d’écart de pension de droit direct entre les femmes et les hommes pour les retraités résidant en France (y compris majoration pour trois enfants ou plus).

À l’heure où 25 % des familles sont monoparentales, le niveau de vie moyen des mères isolées est inférieur de 20 % à celui des pères isolés, par ailleurs quatre fois moins nombreux. (Données Insee 2021) D’après le rapport 2022 de l’INSEE, plus d’une mère d’une famille monoparentale sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

7. Les réformes de santé ont des conséquences graves sur la santé des femmes

Les réformes de santé et leurs drastiques coupures budgétaires ont directement attaqué la santé des femmes. Des maternités, des plannings familiaux et des centres IVG ont été fermés alors que ces établissements jouent un rôle prépondérant dans le droit des femmes à disposer de leurs corps. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié une étude en juillet dernier alertant sur le fait que 221 maternités ont été fermées en 3 ans.

De plus, le rapport du Sénat n° 592 de 2015 met en lumière qu’un certain nombre d’idées reçues sur la santé des femmes entraînent une sous-évaluation du risque qu’elles encourent, une information insuffisante du public et une prise en charge tardive par les soignants. Ce document insiste sur l’importance d’une approche de la santé prenant davantage en compte les spécificités féminines.

8. Le marketing continue de chosifier les femmes

Christelle Delarue, présidente de l’association Les Lionnes, pour défendre l’égalité femmes-hommes dans l’industrie publicitaire, affirme qu’« il n’y a pas de créativité sans égalité. »

Pourtant, les publicités continuent de chosifier les femmes, de cibler des genres, ou d’utiliser des injonctions à l’apparence pour susciter le besoin pour des produits. Les stéréotypes sexistes comme la soumission/domination de la femme, la réduction de la femme à une fonction d’objet ou son érotisation systématique sont encore trop largement utilisés par les publicitaires. Pour Christine Delphy, « les représentations des femmes comme d’objets à consommer, fesses, sexes au premier plan, visage éloigné ou supprimé, choquent la grande majorité des femmes et toutes/tous les féministes. »

Il existe un autre effet néfaste de l’influence du patriarcat dans la communication : le marketing genré, qui consiste à faire la distinction binaire entre fille/garçon, rose/bleu dans une logique purement mercantile. Fragmenter permet de faire plus consommer. Le compte instagram Pépite Sexiste, fondée par Marion Vaquero traque et dénonce ce type de sexisme, qui participe à entretenir les stéréotypes genrés.

9. Le patriarcat incite les femmes à l’autocensure professionnelles

Les femmes ont tendance à s’autocensurer, à manquer de confiance en elles, et à douter de leurs aptitudes à occuper des postes à responsabilités.

Dans le dernier rapport de l’Insee Femmes et hommes, l’égalité en question Édition 2022, les femmes, plus diplômées que les hommes, ne représentent toutefois que 43 % des emplois de cadres et professions intellectuelles supérieures en 2020.

Dans le monde du travail, elles plafonnent dans leurs carrières, se heurtant parfois à une forme de discrimination à l’embauche purement liée à leur genre. En 2020, elles ne représentent que 22 % des effectifs des comités exécutifs ou de direction.

Parce que la misogynie est encore largement intégrée dans le monde du travail, les mouvements tels que Chaircollaboratrice ou Paye ta robe, mettent en lumière les propos déplacés et sexistes dans le monde du travail.

Comme le stéréotype sur l’infériorité intellectuelle des femmes perdure, les hommes pensent avoir le droit de monopoliser le temps de parole.

Dans 96 % des cas, ce sont les hommes qui interrompent les femmes. Il existe donc un mot pour qualifier ce phénomène : le manterrupting, ou la propension des hommes à couper les femmes quand elles parlent. Dans les médias, on continue de faire intervenir majoritairement des experts et des scientifiques masculins. Rebecca Solnit, dans son livre Ces hommes qui m’expliquent la vie, dénonce le manque de crédit que reçoivent les femmes quand elles énoncent quelque chose.

10. Les droits des femmes ne sont toujours pas la priorité du gouvernement actuel

Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron disait faire de la lutte pour les droits des femmes sa plus grande cause. Dans un communiqué de presse, le ministère de l’égalité entre les femmes et les hommes parle « d’un effort budgétaire encore amplifié ». En 2022, son budget représente 50,6 M€, soit une augmentation de 9 M€ par rapport à l’année dernière. Sauf que l’égalité homme-femme serait loin d’être une priorité financière au gouvernement. Le HCE (Haut Conseil à l’Égalité entre les Femmes et les Hommes) dans son dernier rapport de juin 2022 intitulé « Pas d’argent public sans égalité, Plaidoyer pour un financement public au service de l’égalité », dresse un état des lieux très défavorable aux femmes et appelle à renforcer l’action du gouvernement en faveur de l’égalité femmes-hommes.

Les femmes ont été en première ligne depuis le début de la crise sanitaire, mais semblent avoir été « oubliées » dans le cadre du plan de relance du gouvernement. En effet, sur les 35 milliards d’euros du plan de relance, seulement 7 milliards ont été dédiés à des emplois majoritairement occupés par des femmes. Ainsi, elles sont à 70 % les premières impactées par la réduction de la dépense publique.

 

« Liberté, égalité, sororité. “

Marguerite Stern, militante féministe et initiatrice du mouvement de collages d’affiches dans les rues contre les féminicides, le dit : ‘Le patriarcat est un système : il faut s’attaquer à tous les maillons de ce système’. Même si les préjugés sexistes semblent ancrés dans les consciences, la société doit être amenée à évoluer. Pour nos filles, et les générations futures, nous devons toutes et tous nous mobiliser pour déjouer les pièges du patriarcat et atteindre une société féministe et émancipatrice.

Terminons notre propos par cette citation de Christine Delphy :

‘Rappeler que l’égalité constitue un idéal à construire contre une réalité faite d’inégalités demeure un enjeu majeur du féminisme’.

Violaine Berlinguet — Celles qui Osent

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