Chère Ijeawele, un manifeste pour élever son enfant avec des valeurs féministes

Comment élever son enfant avec des valeurs féministes ? C’est la question posée à l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie par Ijeawele, une amie qui vient d’accoucher d’une petite fille prénommée Chizalum Adaora. « La première chose que je me suis dite, c’est que je n’en avais aucune idée. La tâche semblait bien trop immense. » Auteure du best-seller Nous sommes tous des féministes et également mère d’une petite fille, elle rassemble alors dans une lettre ses suggestions. Son livre Chère Ijeawele constitue donc sa réponse écrite, qui prend la forme d’un manifeste. À l’aide de situations concrètes et de son expérience personnelle, l’auteure, révoltée par les injustices de genre, explique avec pédagogie comment déjouer les pièges du sexisme au quotidien. Voici les 15 conseils de Chimamanda Ngozi Adichie pour une éducation féministe des enfants.

« Je suis convaincue de l’urgence morale qu’il y a à nous atteler à imaginer ensemble une éducation différente pour nos enfants, pour tenter de créer un monde plus juste à l’égard des femmes et des hommes. » Chimamanda Ngozi Adichie

1. Ne te définit pas uniquement par le fait d’être mère

Pour Chimamanda Ngozi Adichie, il est important de rester une personne pleine et entière, même après l’expérience de la maternité. Elle cite Marlène Sanders, pionnière du journalisme, première femme à couvrir la guerre au Vietnam et maman d’un petit garçon « Ne vous excusez jamais de travailler. Vous aimez ce que vous faites et aimer ce que vous faites est un merveilleux cadeau à offrir à votre enfant. »

D’après l’auteure, maternité et travail sont absolument compatibles et ce n’est pas le rôle d’un homme de subvenir aux besoins d’une femme. Elle les encourage à demander de l’aide à leur entourage, et à ne pas être trop dures avec elle-même. « Superwoman n’existe pas. » Une jeune mère ne sait pas tout et elle a le droit d’échouer. Elle rappelle que l’éducation des enfants et les tâches domestiques ne sont pas des domaines exclusivement féminins. Ce sont les deux parents qui doivent apprendre à assumer leurs doubles responsabilités, au travail et à la maison.

2. Ne diminue pas le rôle du père

Il est préférable de s’occuper de ses enfants ensemble et à parts égales, ou en tout cas en prêtant une attention égale aux besoins de chacun. « Parce que quand l’égalité est réelle, la rancœur n’existe pas. » Pour Chimamanda Ngozi Adichie, les mères ne doivent pas diminuer le rôle du père, qui détient autant de responsabilités. L’écrivaine insiste sur le fait qu’il faut aussi bannir le vocabulaire de l’aide. Un homme « n’aide pas » quand il s’occupe de son enfant. Il fait seulement ce qu’il est censé faire.

Titiou Lecoq s’est interrogée, par ailleurs, sur le pourquoi est-ce la femme, qui, dans la vie de famille, ramasse le linge sale ? Visiblement, le combat féministe se gagne aussi devant le panier de linge sale

3. Ne lui impose pas le carcan des genres : le prérequis d’une éducation féministe

Les « rôles de genre » n’existent pas. « Parce que tu es une fille ne sera jamais une bonne raison. » Le marketing genré a inventé la distinction binaire entre rose et bleu. Pourquoi rose pour les filles et bleu pour les garçons ? Dans notre article, nous vous expliquons d’où vient ce stéréotype de genre. Pour Chimamanda Ngozi Adichie, il ne faut pas enfermer les enfants dans des cases. Laissons aux enfants la liberté de se réaliser pleinement, sans leur imposer le diktat des genres et des comportements.

« Savoir cuisiner n’est pas une compétence préinstallée dans le vagin. » Il faut aussi cesser de conditionner les femmes de façon à ce qu’elles soient de « bonnes épouses », et qu’elles voient le mariage comme une récompense.

4. Bannis le féminisme « light »

Le féminisme « light », c’est estimer qu’il y aurait des conditions à l’égalité des hommes et des femmes. Or le bien-être des femmes ne dépend pas de la bienveillance des hommes. Un mari ne doit jamais « permettre » ou « autoriser » quoique ce soit à sa femme.

5. Fais lire des livres à ton enfant

L’écrivaine encourage les parents à faire lire leurs enfants et à développer chez eux le goût de la lecture. « Les livres l’aideront à comprendre et à questionner le monde ».

6. Pense le sens des mots

Dans la vie, le choix des mots est important. Par exemple, les femmes n’ont pas besoin que des hommes paternalistes les « vénère » ou « défendent leurs causes » : elles souhaitent simplement qu’on les traite en être humain ÉGAL.

7. Enseigne-lui que le mariage n’est pas un accomplissement

Non, se marier n’est pas un but en soi. Une femme ne doit pas se définir uniquement comme « épouse » alors qu’un homme ne se présentera jamais comme tel. Par ailleurs, elles devraient toutes pouvoir aussi proposer le mariage, car « le vrai pouvoir appartient à celui qui demande ».

8. Cesse de vouloir plaire

Chimamanda Ngozi Adichie pense qu’il faut que les jeunes filles cessent de vouloir plaire. Les parents doivent davantage valoriser le parler-vrai et la sincérité. « Nous vivons dans un monde rempli de femmes incapables de respirer librement parce qu’on les a conditionnées depuis si longtemps à se contorsionner pour s’efforcer de se rendre aimables. » De plus, une fille mérite tout autant la bienveillance des autres. Si quelqu’un ne nous apprécie pas, quelqu’un d’autre le fera !

9. Offre à ton enfant les sentiments d’appartenance et d’identité

Chimamanda Ngozi Adichie a grandi avec la culture igbo, en se sentant fière de l’histoire des Africains et de la diaspora noire. Pour elle, un enfant doit connaître ses racines, ses origines et ses coutumes.

10. Accompagne-le dans sa façon d’aborder son apparence physique

L’écrivaine encourage les parents à veiller à ce que leur enfant ait autour de lui des rôles modèles auxquels s’identifier. Les filles peuvent pratiquer des activités sportives, pour leur santé, mais aussi pour mieux gérer les complexes liés à l’image du corps que la société projette sur les femmes.
Pour elle, une éducation féministe n’implique pas de lui refuser de se maquiller. « Le féminisme et la féminité ne sont pas incompatibles. » Par ailleurs, elle souligne qu’il n’y a pas de lien entre l’apparence physique et la morale…

11. Il n’existe pas de supériorité de genre liée à la biologie

Pour l’auteure, la biologie de l’évolution n’est pas un argument justifiant des privilèges ou une quelconque supériorité masculine. « Il n’y a pas de normes sociales que l’on puisse changer. Elles sont créées par les êtres humains. »

12. Parle de sexe librement

La sexualité ne doit pas être assimilée à une honte. « Dans toutes les cultures du monde, la sexualité féminine est associée à la honte. Même celles qui attendent des femmes qu’elles soient sexy ne veulent tout de même pas qu’elles soient sexuelles ».

Pour Chimamanda Ngozi Adichie « le sexe peut-être une chose magnifique, qui entraîne des conséquences physiques, mais aussi des conséquences émotionnelles. » Le corps d’une femme lui appartient. Savoir dire non à un acte sexuel non consenti est un motif de fierté. De plus, avoir ses règles n’est pas « sale ». Sans elles, l’espèce humaine n’existerait pas.

13. Valorise l’amour

« Aimer, ce n’est pas seulement donner. C’est aussi recevoir. » Il faut accorder de la valeur à l’amour. « L’amour est pour moi l’une des choses les plus importantes de la vie. C’est le fait de compter énormément aux yeux d’un autre être humain, et que cet autre être humain compte aussi énormément pour vous. »

14. Fais attention aux préjugés

Le présupposé selon lequel les femmes seraient moralement « meilleures » que les hommes est faux. Il existe autant de bonté féminine que de méchanceté. Par ailleurs, la misogynie féminine existe et démontre l’emprise du patriarcat. Toutes les femmes ne sont pas féministes et tous les hommes ne sont pas misogynes.

15. Admets la différence comme une chose ordinaire

C’est nécessaire dans un monde de diversité. Nous ne savons pas tout de la vie et il ne faut pas généraliser ses propres expériences. Ne pas porter de jugement sur autrui est essentiel, mais il faut malgré tout avoir quantité d’opinions sur tout, dans un esprit humain et éclairé. Nous ne prenons pas tous les mêmes chemins. En prendre conscience est une forme d’humilité.

Cette lettre s’adresse donc à tous ceux qui s’interrogent sur leur éducation et qui aimeraient élever leurs enfants dans le respect des droits des femmes.

Chimamanda Ngozi Adichie prône une conduite féministe qui croit en la pleine égalité des sexes. Elle rappelle, comme postulat de base, qu’il faut avoir la conviction qu’en tant que femme « je compte ». L’écrivaine nous met cependant en garde : « Éduquer un enfant, c’est aussi admettre que ce qu’il deviendra n’aura peut-être rien à voir avec nos propres valeurs. Le plus important, c’est d’essayer. »

📚  À lire également :

 

Violaine Berlinguet, Celles qui Osent

 

Sources :

Livre Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe, Chimamanda Ngozi Adichie

Celles qui osent instagram
À ne pas rater !
Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter !

 

☕️ Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque semaine !

Adresse e-mail non valide
En validant votre inscription à notre newsletter, vous acceptez que Celles qui osent mémorise et utilise votre adresse email dans le but de vous envoyer chaque semaine notre lettre d’information. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment à l’aide du lien de désinscription ou en nous contactant via le formulaire de contact.
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter… 💌

👉  Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque semaine !

Merci pour votre abonnement !