Analyse de La Dame à l’hermine | Un tableau à connaître absolument

La Dame à l’hermine est une œuvre majeure de Léonard de Vinci. En plus d’être un inventeur, de Vinci était, comme on le sait, un artiste de génie. Ses peintures représentent essentiellement des femmes de la haute société. Dans ce tableau, le peintre met à l’honneur la jeune Cecilia Gallerani. Les analyses de La Dame à l’hermine ont permis de révéler certains secrets. Qui était Cecilia Gallerani ? Quels sont les mystères que nous dévoile cette toile ? Aventurons-nous dans l’histoire de La Dame à l’hermine.

Histoire de La Dame à l’hermine : le portrait de Cecilia Gallerani

La fuite de Sienne vers Milan

C’est au début du 15e siècle que la famille Gallerani quitte Sienne pour rejoindre Milan. Arrivée dans sa nouvelle ville, la famille entre au service des Visconti qui règnent alors sur Milan. Peu de temps est nécessaire aux Gallerani pour entreprendre la construction d’un patrimoine foncier et vivre confortablement. Cependant, leur lignée étant étrangère à la ville, ils ne peuvent pas faire partie de la liste des nobles locaux.

Cecilia maîtresse du duc de Milan

En 1450, les Sforza remplacent les Visconti en prenant la tête du duché de Milan. Cecilia naît en 1473 dans cette même ville et reçoit une éducation sérieuse. En 1488, le duc Ludovico Sforza, dit le Maure (en référence à sa peau sombre), fait de Cecilia sa maîtresse. Ils ont un enfant qu’ils nomment Cesare. Malheureusement, Ludovico est promis à Beatrice d’Este. Dès son mariage avec celle-ci, en 1491, il arrête sa relation avec Cecilia. Une hypothèse avance que « La Dame à l’hermine » a été commandée par le duc de Milan lui-même à Léonard de Vinci pour en faire un cadeau d’adieu à Cecilia.

Cecilia après La Dame à l’hermine

La vie faisant son office, Cecilia se marie avec le comte Ludovico Carminati en 1492. À partir de cette union, Cecilia consacre sa vie à la culture et à la philosophie. Autrice de poèmes et de chansons, elle organise les premiers cercles littéraires dont Léonard de Vinci lui-même a fait partie pendant une période. Après une vie paisible, c’est en 1536 que Cecilia s’éteint, à l’âge 63 ans.

La Dame a l hermine de Leonard de Vinci
La Dame à l’hermine de Léonard de Vinci. Huile sur panneau de bois de noyer.

Histoire autour de l’hermine

Le choix de la couleur

C’est acquis, dans l’art, l’animal sert souvent de symbole. L’hermine ne fait pas exception. La particularité de ce petit animal est de changer de pelage en fonction de la saison. Blanc immaculé en hiver et brun passe-partout en été. Seule la pointe de la queue reste noire. Ici, la fourrure est blanche, on peut y voir une référence à la pureté de la jeunesse. D’un point de vue technique, le brun d’un pelage sur le brun d’un vêtement n’est pas du plus bel effet. Le blanc offre un contraste saisissant donnant de la présence à l’animal. Mais pourquoi l’hermine ?

Symbolique de l’hermine

L’hermine est une référence à Ludovico Sforza lui-même. À cette époque, il fait partie de l’ordre de l’Hermine, un ordre chevaleresque créé par Ferdinand 1er de Naples. La devise de cette assemblée est Malo mori quam foedari soit « plutôt mourir que d’être déshonoré ». L’hermine, dans son comportement naturel, est un animal audacieux. Lors d’une confrontation, elle préfère se battre au risque de mourir plutôt que de se réfugier à l’abri dans son terrier. Après l’hypothèse de l’amant, celle d’un jeu de mots fait surface. En grec, hermine se dit galay. Le rapprochement entre galay et Gallerani laisse supposer un trait d’esprit supplémentaire de Léonard de Vinci, et donc un argument de plus dans le choix de l’animal.

Une licence artistique pour approcher l’âme et la grandeur

De Vinci nous offre ici une hermine hors normes. Il faut savoir que la taille de ce mustélidé oscille entre 20 et 30 cm. Sur l’œuvre, l’animal en question avoisine les 50 cm. Alors pourquoi l’homme ingénieux et soucieux du détail qu’est Léonard de Vinci a-t-il représenté cet animal sous ces mensurations ? Ici, la mission de l’artiste était très probablement de représenter le duc de Milan, en raison de son appartenance à l’ordre de l’Hermine. Mais une hermine, bien que courageuse comme la devise de l’ordre, n’en reste pas moins un petit animal loin de paraître puissant. C’est pour cela que Léonard de Vinci a pris la liberté de gonfler les proportions. Dans le jargon, on appelle cela une licence artistique. C’est une liberté prise par l’artiste au nom de l’art. Avec cette taille, l’animal garde sa symbolique et arbore un regard assuré, et une musculature naturelle, mais bien visible. On peut même ressentir une certaine complicité entre Cecilia Gallerani et Ludovico l’hermine.

« La peinture est une poésie qui se voit au lieu de se sentir et la poésie est une peinture qui se sent au lieu de se voir. »

Léonard de Vinci

Analyse du portrait La Dame à l’hermine : l’anatomie du tableau

La Dame à l’hermine est une peinture à l’huile sur une planche de noyer épaisse de 4 à 5 mm et mesurant 54 cm x 39 cm. Pour l’anecdote : cette planche est issue du même noyer que celui qui a servi La Belle Ferronnière (autre œuvre majeure de Léonard de Vinci).

La Dame à l’hermine a subi de nombreuses retouches. Léonard est réputé pour être un perfectionniste. Il peut donc finir intégralement une œuvre et y revenir plus tard pour reprendre ici et là certaines zones ou détails qu’il juge améliorables. Afin d’aiguiser notre vocabulaire, on notera qu’une retouche opérée par une personne autre que l’auteur lui-même est appelée « un repeint ». Selon l’étude multispectrale réalisée en 2007 par Pascal Cotte :

  • le fond de l’œuvre a été retouché tardivement ;
  • la main présente des incohérences de proportion ;
  • le pelage de l’hermine a perdu de sa clarté et ce ne serait pas dû exclusivement à la traversée du temps ;
  • la coiffe de Cecilia manque de finesse.

Il s’agit probablement de repeints réalisés par des tiers à des fins de conservation, mais pas seulement. À l’origine, l’hermine n’était pas prévue et Cecilia devait simplement poser les bras délicatement croisés. L’animal, une fois ajouté, n’était tenu par aucune main, Léonard de Vinci dut alors procéder à des adaptations et c’est alors que la main droite gracieuse, douce, mais légèrement disproportionnée fut disposée au premier plan.

Pour en savoir plus sur les étapes de réalisation, nous vous invitons à vous procurer Lumière sur la Dame à l’hermine de Pascal Cotte, ingénieur, fondateur de Lumière Technology et inventeur de la caméra multispectrale. Son premier sujet d’étude était La Joconde.

triptyque d'étude multispectrale de La Dame à l'hermine de Pascal Cotte
Chronologie des modifications de la Dame à l’hermine : première version de l’œuvre, suivie de l’insertion de l’hermine et de son amélioration.

Un portrait qui fait avancer l’art

On connaît de Vinci comme un génie. Il n’hésitait pas à casser les codes et être anticonformiste. À cette époque, le tableau est un vrai bijou d’innovation. Il rassemble à lui seul plusieurs nouveautés artistiques :

  • le visage tourné de ¾ ;
  • le regard tourné vers la gauche, comme si Cecilia entretenait une discussion ou observait quelqu’un entrer par une porte ;
  • la posture de la main, douce et gracieuse ;
  • le petit sourire en coin ;

Avant ce tableau, les femmes étaient peintes comme des objets. D’un artiste à un autre, les postures étaient identiques : de face, le regard vide ou de profil, avec un regard hors de portée. Avec La Dame à l’hermine, la femme reprend la place qui lui est due. Le sourire léger, le regard attiré par un élément extérieur, une prestance évidente et pourtant innovante pour l’époque. La femme peinte est enfin humanisée et bien vivante.

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Léonard de Vinci avait une maîtrise exceptionnelle de la peinture. Si bien qu’aujourd’hui encore, ses tableaux ont une profondeur très rarement égalée. On ressent que la volonté du peintre est de faire vivre son sujet.

La Dame à l’hermine conservée dans un musée en Pologne

Aujourd’hui, à l’occasion d’une visite au musée Czartoryski à Cracovie, vous pouvez admirer la Dame à l’hermine. Mais de sa création à son lieu d’exposition actuel, le tableau a beaucoup voyagé.

  • 1798 :  La Dame à l’hermine entre dans une des collections les plus importantes du monde. Adam Jerzy Czartoryski acquiert cette œuvre pour l’offrir à sa mère Izabela.
  • Entre 1830 et 1880 : le tableau est exposé à Paris, à l’hôtel Lambert, siège de l’immigration polonaise aristocratique.
  • Entre 1880 et 1939 : il retourne en Pologne, à Cracovie, où il intègre le musée portant le nom des Czartoryski.
  • 1939 : les Allemands s’en emparent et l’exposent au Kaiser Friedrich Museum de Berlin.
  • 1940 : Hans Frank, le gouverneur polonais non incorporé au Reich, l’accroche dans son bureau après en avoir demandé la restitution à Cracovie.
  • 1945 : La Seconde Guerre mondiale prend fin et le tableau est finalement retrouvé en Bavière, dans une maison appartenant au même Hans Frank. Restitué à la Pologne, il est exposé au Château du Wawel, à Cracovie, en attendant la réhabilitation du musée de Czartoryski.

Pendant tout ce temps, La Dame à l’hermine reste officiellement une pièce de la collection Czartoryski. C’est en 2016 que l’État polonais achète l’intégralité de cette collection à un prix « dérisoire » de 100 millions d’euros alors que l’estimation s’élève à environ 2 milliards d’euros. La Dame à l’hermine est à elle seule estimée à 350 millions d’euros.

La Dame à l’hermine est sans doute l’un des nombreux pavés culottés lancés dans la mare du conformisme. Oui, Léonard de Vinci est le pionnier des nouveaux courants de l’art et de la pensée. Cecilia Gallerani et son peintre étaient faits pour s’entendre. Elle, artiste des lettres et des pensées. Lui, un génie dont les œuvres traversent les âges sans s’affadir.

☕️ Pour étancher votre soif de connaissances, poursuivez votre lecture avec l’histoire de la Joconde !

Guillaume Baillet pour Celles qui Osent
Article rédigé lors du cursus de formation en rédaction web chez FRW.

Bibliographie :

  • La Donna Con l’Ermellino de Daniela Pizzagali, éd. Rizzoli
  • Lumière sur La Dame à l’hermine de Pascal Cotte, éd. Vinci Éditions

Sources :

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