Liste (non exhaustive) des femmes philosophes qui ont marqué l’histoire de la pensée

Les femmes ont longtemps été invisibilisées des domaines des sciences et des savoirs, et la philosophie ne fait pas exception. Pendant des siècles, il était inconcevable pour elles d’accéder au discours philosophique, qui, jusqu’au XXe siècle, était l’apanage des hommes. Certaines penseuses font toutefois exception, et parviennent à briser le plafond de verre à toutes les époques. Celles qui Osent vous propose une liste brève (et surtout non exhaustive) des femmes philosophes à connaître.

Hypatie d’Alexandrie, femme philosophe de l’Antiquité

Hypatie est née au IVe siècle après J.-C à Alexandrie, qui appartenait alors à l’Empire grec. Elle fut à la tête de l’école néoplatonicienne d’Alexandrie (philosophie se revendiquant de l’influence de Platon), mais est également connue pour ses talents de mathématicienne et d’astronome. Elle naît dans une famille aisée et son père, Théon d’Alexandrie, est celui qui lui donna le goût des sciences et de la connaissance puisque lui aussi était mathématicien. Elle fait partie des rares femmes philosophes de l’Antiquité dont on ait retrouvé la trace.

Les ouvrages d’Hypatie qui sont parvenus jusqu’à nous sont ses traités scientifiques, et elle est peu mentionnée dans les œuvres des autres penseurs de son temps. On sait toutefois que les gens venaient des quatre coins de l’Empire grec pour assister à ses cours, ainsi que le raconte Socrate le scolastique, contemporain d’Hypatie (à ne pas confondre avec Socrate, ayant vécu au Ve siècle avant J.-C) dans son Histoire Ecclésiastique :

« Il y avait à Alexandrie une femme nommée Hypatie, fille du Philosophe Théon, qui avait atteint de tels sommets dans les sciences qu’elle surpassait tous les Philosophes de son temps. Disciple de l’école de Platon et de Plotin, elle exposait les principes de la philosophie à ses auditeurs, dont beaucoup venaient de loin pour recevoir son enseignement. Grâce à la maîtrise et à l’aisance, qu’elle avait acquises en cultivant son esprit, elle n’hésitait pas à apparaître en public, en présence des magistrats. Elle n’éprouvait pas non plus de gêne à se rendre à une assemblée d’hommes car, en raison de sa dignité et de sa vertu, ils l’en admiraient d’autant plus. »

Anecdote amusante : Hypatie serait restée vierge toute sa vie et rejetait les avances des hommes, charmés par sa beauté. Damascios, un philosophe néoplatonicien dont les écrits ont documenté la vie d’Hypatie, raconte même que face à un homme très insistant, Hypatie a montré son sang menstruel pour le dissuader de continuer son jeu de séduction, ce qui a effrayé tous les jeunes hommes d’Alexandrie, désespérés de tenter leur chance auprès d’elle…

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Hypatie fut assassinée en 415 après J.-C par les chrétiens d’Alexandrie, hommes de main de l’évêque Cyrille, jaloux de la popularité de la philosophe auprès de laquelle les hauts dirigeants venaient chercher conseil, et de son statut politique à Alexandrie.

Envie de connaître toute l’histoire de cette philosophe de l’Antiquité ? Lisez notre article entièrement consacré à Hypatie d’Alexandrie.

Christine de Pizan, première philosophe à avoir vécu de sa plume

Christine de Pizan est une femme de lettres italienne née en 1364 à Venise. Comme Hypatie, son père était un savant reconnu et pratiquait la médecine et l’astrologie. Elle reçut une éducation complète et poussée, et se mit à écrire très tôt. Dès l’adolescence, elle composa des pièces lyriques qui suscitèrent l’admiration de la noblesse italienne. À l’âge de quinze ans, elle fut mariée à un homme de son rang avec qui elle eut trois enfants, mais qui mourut de maladie sept ans après leur mariage. Christine se retrouve donc veuve, sans père, décédé lui aussi, et avec une famille à charge et peu d’économies avec lesquelles tenir. Elle ne se remariera jamais.

Petit à petit, Christine de Pizan décide de parfaire son éducation en autodidacte et se met à publier des livres qui connaissent un succès progressif. Des puissants de la noblesse française, comme Jean de Berry, fils du roi Jean II, et Louis Ier d’Orléans lui commandent des essais. Commence alors sa carrière de philosophe, et Christine s’attèle à la rédaction d’ouvrages politiques, moraux et même militaires. En parallèle, elle milite pour une meilleure représentation des femmes dans la littérature. Christine de Pizan fut oubliée après la Renaissance, mais redécouverte par la pensée féministe des années 1980 qui fait d’elle une autrice « pré-féministe ».

Mary Wollstonecraft, femme philosophe des Lumières

Mary Wollstonecraft naît en 1759 près de Londres dans une famille aisée. Son père, alcoolique et adepte des spéculations hasardeuses, devient violent vis-à-vis de Mary, ses sœurs et sa mère, et elle est la seule à oser se rebeller contre l’autorité paternelle. À l’âge de dix-neuf ans, Mary quitte le domicile familial pour devenir femme de compagnie. En parallèle, elle se forme à la littérature et à la philosophie en autodidacte.

Fatiguée de son travail de demoiselle de compagnie, puis de gouvernante, Mary décide de démissionner et d’apprendre le français et l’allemand. Elle déménage à Londres, devient proche du cercle très privé des éditeurs, et vit de traductions d’ouvrages. Elle publie en 1787 Pensée sur l’éducation des filles, un premier livre majeur fondé sur son expérience personnelle, dans lequel elle encourage les mères et pères de famille à éduquer leurs filles et à leur donner des savoirs pratiques qui leur permettraient de gagner leur vie et leur indépendance une fois adultes.

En pleine Révolution française, Mary Wollstonecraft se rend en France pour assister aux évènements historiques desquels elle tirera un livre, Réflexions sur la Révolution de France, qui la rendra célèbre. Elle rencontre à Paris l’auteur et aventurier américain Gilbert Imlay, avec qui elle aura une fille bien qu’ils ne soient pas mariés. Enceinte, Mary rédige un ouvrage qui demeure aujourd’hui le plus connu : Défense du droit des femmes.

Mary retourne en Angleterre en 1794. Sa liaison avec Gilbert Imlay a pris fin et, après une sévère dépression, elle commence une histoire avec le philosophe et romancier britannique William Godwin. Elle tombe enceinte, et le couple décide de se marier pour légitimer l’enfant, qui n’est autre que Mary Shelley, l’autrice de Frankenstein. Malheureusement, Mary Wollstonecraft mourra en couches à l’âge de 38 ans.

Hannah Arendt, philosophe des totalitarismes

Parmi les femmes philosophes, Hannah Arendt est de celle qu’on ne présente plus. Pendant longtemps, elle fut la seule femme au programme du baccalauréat de philosophie. Aujourd’hui, elle a été rejointe par quelques consœurs comme Simone Weil ou Simone de Beauvoir. Née dans une famille aisée allemande, Hannah développe très vite de grandes capacités intellectuelles. Elle passe son bac avec un an d’avance et suit des études de philosophie. Elle aura comme professeurs Karl Jaspers et Heidegger, dont elle tombera d’ailleurs amoureuse et avec qui elle entretiendra une liaison. Relation cocasse, car la majeure partie du travail d’Hannah Arendt est marquée par son analyse politique et philosophique des totalitarismes du XXe siècle, et Heidegger, à partir des années 1930, devient sympathisant du mouvement nazi.

Elle se marie en 1927 avec un étudiant en philosophie rencontré à l’université, mais est contrainte de fuir cinq ans plus tard. Hannah est juive et elle est, dès 1933, arrêtée par la Gestapo. Elle sera relâchée grâce à la sympathie d’un policier. Hannah se rendra d’abord en France, qu’elle devra quitter en 1940 avec l’arrivée des Allemands, puis à New York, où elle restera toute sa vie. Naturalisée citoyenne américaine en 1951, Hannah Arendt occupera le poste de professeure de philosophie dans de prestigieuses universités comme Berkeley, Princeton ou Columbia. C’est dans ces années-là qu’elle publie ses ouvrages les plus connus : Les Origines du totalitarisme, Condition de l’homme moderne et La Crise de la culture. En 1963, elle couvre le procès de l’ancien haut responsable nazi Adolf Eichmann. Elle meurt à New York, sa ville d’accueil, en 1975.

Les femmes philosophes, femmes de lettres, activistes vous intéressent ? Vous pouvez lire notre article sur l’histoire du féminisme français et aller faire un tour dans notre rubrique biographies pour retrouver les portraits d’autres femmes inspirantes !

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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