Marie-José Pérec, l’icône du sport triple championne olympique

Une silhouette longiligne, des jambes longues et élancées, un regard franc et déterminé, des pointes de vitesse exceptionnelles ? Aucun doute ! Il s’agit bien de celle que l’on surnomme la gazelle : Marie-José Pérec, une figure emblématique du sport français. Sa carrière sportive a été fulgurante et auréolée de victoires. Ses performances en athlétisme ont hissé la France de nombreuses fois sur le podium des Jeux olympiques (J.O.). À ce jour, elle est la seule athlète française triple championne olympique. Retour sur le parcours d’une championne aux multiples récompenses, dont la carrière de sprinteuse a connu de nombreux rebondissements.

Découverte de l’athlétisme : des débuts prometteurs à un destin déjà tout tracé

Guadeloupéenne d’origine, Marie-José Pérec se démarque dès l’enfance par son physique singulier. Sa grande taille et ses longues jambes lui causent des complexes, notamment par rapport à ses camarades de classe. Adolescente, le sport elle n’en raffole pas. Elle essaye le basket-ball sans grande conviction. Cependant, une professeure de sport, Marie-Agnès Soual va déceler en premier le potentiel de la jeune fille en l’initiant à l’athlétisme. Elle l’incite à s’intéresser à cette discipline dans laquelle l’adolescente a de fortes prédispositions.

Sans aucune expérience, elle réussit à être sélectionnée aux championnats de France scolaires et termine deuxième. Elle continue sur sa lancée et intègre l’Institut national de sport, de l’expertise et de la performance (INSEP), deux ans après. L’essai ne s’avère pas concluant. La jeune sportive renonce peu à peu à l’athlétisme. En 1987, elle retente l’expérience avec un nouvel entraîneur, François Pépin, qui détecte rapidement la puissance en devenir de la jeune femme. Grâce à lui, elle travaille dur et envisage l’athlétisme plus sérieusement. Ses efforts paieront. Sa carrière est véritablement lancée quand elle bat le record de France du 400 mètres, en 1988.

Marie-Jo Pérec : la seule Française triple championne olympique

Tout sourit à Marie-José Pérec. En 1990, l’athlète tente le Championnat d’Europe où elle obtient une médaille de bronze. La gazelle est née et les victoires s’accumulent. La coureuse progresse rapidement. Elle commence à asseoir une véritable légitimité sur la scène internationale avec le Championnat du monde à Tokyo. La Française en sort victorieuse. Elle s’impose avec un nouveau record de France au 400 mètres. Ses victoires lui donnent de l’assurance et surtout, beaucoup d’ambition. La sportive voit loin et grand. Elle se sent prête à se lancer dans la plus importante des compétitions sportives : les Jeux olympiques. Une ambition qui s’avère payante. La gazelle gagne une médaille d’or aux J.O. de Barcelone, en 1992.

Après cette victoire, la sportive change d’entraîneur pour John Smith, dont les méthodes lui conviennent davantage. Elle en profite pour changer de décor pour la Californie, prête à s’élancer pour son prochain défi sportif : les Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996. Mise à l’honneur lors de la cérémonie d’ouverture, elle y défile comme porte-drapeau de la délégation française. Tous les espoirs sont permis. Elle ne peut pas décevoir. Par la suite, elle confiera que cela représentait beaucoup de pression pour elle. Pourtant, l’athlète se transcende et surprend la communauté internationale avec une double victoire. En effet, elle rafle l’or au 400 mètres, mais aussi au 200 mètres, à l’instar d’un autre sportif ayant réalisé un doublé : Michael Johnson. Sa performance la propulse dans l’histoire du sport français. Un exploit qui restera gravé, lui permettant de devenir la seule athlète française triple championne olympique.

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La fuite de Sydney : un tournant décisif dans la carrière sportive de la gazelle

À l’issue de sa performance à Atlanta, Marie-José Pérec ne s’arrête pas là et continue l’entraînement avec acharnement. Mais son état de santé ne lui permet pas de poursuivre ses efforts. Une élongation à la cuisse en 1997 et une mononucléose couplée à une myocardite en 1998 l’obligent à arrêter toute activité sportive pendant plusieurs mois. L’évolution de sa maladie va l’empêcher pendant un temps de reprendre la course. La sprinteuse prend son mal en patience et se concentre sur les J.O. de Sydney, l’année suivante. La triple championne n’aspire qu’à une chose : défendre son titre olympique.

À Sydney, la ville est en complète effervescence. L’enthousiasme olympique touche l’ensemble de la population, y compris la France, qui espère une victoire de sa championne. À son arrivée, la Française comprend rapidement l’importance de ces jeux pour les Australiens et notamment l’engouement pour la favorite : Cathy Freeman. D’origine aborigène, la participation de l’athlète symbolise la paix entre son peuple et la nation australienne. Une présence lourde de sens pour le pays. La pression médiatique est difficile à gérer et à canaliser pour Marie-Jo Pérec. La coureuse dénonce des gestes menaçants, des messages d’intimidation. La Guadeloupéenne ne se sent pas en sécurité. Sur place, elle choisit de loger à l’écart des autres sportifs français afin d’avoir plus de calme pour se concentrer. Une vaine tentative, car la presse finit par le découvrir et la pourchasse, en quête d’images. Un déferlement médiatique auquel elle n’est pas habituée.

Elle craque et quitte la ville sans concourir. La sprinteuse n’écoute pas ses proches, son sponsor, son entraîneur. Sa décision est irrévocable. La tension avec les médias est à son paroxysme. À un tel point que lors d’une escale à Singapour, son compagnon de l’époque, le sportif américain Anthuan Maybank, se dispute violemment avec un caméraman. Une mésaventure relatée par toute la presse internationale et qui écorne sa carrière. Beaucoup de spéculations ont été faites sur les raisons de sa fuite à Sydney. Une possible défaite qu’elle ne pouvait pas accepter ? Le mystère reste entier.

L’après Sydney : l’importance de la santé mentale chez les sportifs de haut niveau

De retour en France, Marie-José Pérec, de nature introvertie, ne parle pas beaucoup et se replie sur elle-même. Elle mentionnera l’énorme pression médiatique de la presse australienne et l’agressivité qu’elle a ressentie sur place. Dans son livre, Rien ne sert de courir, sorti en 2003, elle se dévoile un peu plus, ne souhaitant pas qu’on la résume à ce seul épisode. Cet événement fait écho à la volonté des sportifs de préserver leur santé mentale, à l’instar de Simone Biles, gymnaste et Naomi Osaka joueuse de tennis. En 2021, cette dernière a mis ce sujet en lumière en refusant de participer à un tournoi pour préserver son bien-être mental. La sportive confie l’angoisse que lui procuraient les conférences de presse et mentionne avoir connu des épisodes de dépression.

La pression médiatique, le harcèlement dans le sport, la santé mentale représentent des problématiques taboues qui sont encore difficiles à aborder sans recevoir des critiques. Tout comme Naomi Osaka, Marie-José Pérec a reçu des soutiens dans cette période difficile, dont deux particulièrement inattendus. Alain Bashung a d’abord dédié une chanson à la sportive, Dans la foulée, dénonçant le lynchage médiatique dont elle a été victime. Des paroles qui ont beaucoup touché la championne olympique. Quelques années après, le chanteur Saël lui rendra aussi un vibrant hommage par le biais de la chanson, Marie-José.

D’un tempérament de battante, la gazelle ne se laisse pas aller et souhaite reprendre les entraînements. Un nouveau challenge lui donne envie de se dépasser : le Championnat du monde d’athlétisme à Paris. En 2003, une nouvelle blessure au dos met fin à ses espoirs. En juin 2004, elle annonce prendre sa retraite sportive. Elle mettra une année pour annoncer cette douloureuse décision.

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Marie-José Pérec, une championne olympique aussi inspirante qu’intemporelle

30 ans après sa victoire à Tokyo, Marie-José Pérec reste LA référence du sport français. Après la fin de sa carrière, la gazelle n’a pas été oubliée et chacun se souvient des bons comme des mauvais jours de son parcours. De nombreuses distinctions lui sont régulièrement décernées :

  • En 2012, la championne est élue présidente de la ligue d’athlétisme de Guadeloupe.
  • Un an après, elle reçoit les insignes d’officier de la Légion d’honneur par François Hollande.
  • En 2013, elle est élue au panthéon de l’athlétisme de la fédération sportive internationale World Athletics (anciennement, IAAF en anglais : International Association of Athletics Federations). 
  • La sprinteuse a aussi à cœur d’être un modèle pour la jeunesse. Elle met en avant l’importance du sport pour la santé physique et mentale ainsi que les valeurs qu’il véhicule. Elle s’implique dans les Étoiles du sport, un programme d’accompagnement pour aider les jeunes dans leur parcours de champion.
  • En juin 2017, elle soutient la candidature des Jeux olympiques de 2024 à Paris, en effectuant un 100 mètres aux côtés du judoka Teddy Riner et du perchiste Renaud Lavillenie.
  • En 2020, son île natale lui fait honneur en inaugurant une piste d’athlétisme connectée à son nom, dont le revêtement dispose de capteurs analysant les courses. Une grande fierté pour l’athlète multimédaillée.
  • Un an après, l’écrivain Paul-Henry Bizon publie le roman Olympia. Cette fiction relate, en mettant en scène la championne olympique, la pression psychologique que les sportifs subissent.

Marie-José Pérec a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du sport. L’étoile de l’athlétisme français n’a pas fini d’étinceler et d’inspirer les espoirs de demain.

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Émilie Mavoula pour Celles qui osent
Article rédigé au cours de la formation en rédaction web chez FRW

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