Interview de Stéphanie Ledoux | Artiste Voyageuse

Portrait de Stéphanie Ledoux avec une femme éthiopienne

Lorsque Lucie et Marie ont annoncé la possibilité de rédiger sur le blog de Celles qui Osent, j’ai tout de suite pensé à l’artiste Stéphanie Ledoux. En tant que passionnée de voyage, ses magnifiques portraits d’hommes et de femmes du monde m’ont toujours fascinée. Peut-être avez-vous déjà découvert ses dessins dans les médias comme dans le dernier National Geographic Traveler ou lors d’une exposition ? Si ce n’est pas le cas, son parcours et ses oeuvres font rêver. Vous l’aurez compris, j’admire son travail et elle représente pour moi un véritable modèle de femme accomplie. Stéphanie a osé sortir d’un chemin tout tracé et s’aligner à ses aspirations profondes. De quoi être inspiré !

 

Marie-Florine : Bonjour Stéphanie. Cela fait plusieurs années que je suis ton travail notamment via les réseaux sociaux. J’ai eu la chance de me rendre l’an dernier à l’exposition Indigo à Paris où tu exposais avec le photographe Kares Le Roy. C’est aujourd’hui une grande chance de pouvoir t’interviewer.

Stéphanie : Merci à toi. Ton invitation m’a touchée et je suis allée voir le site Celles qui Osent. Aujourd’hui et bien plus qu’il y a dix ans, on ressent et surtout chez les femmes un besoin de s’épanouir et de se réaliser pleinement.  

 

M.F : Peux-tu te présenter en quelques mots ?

S : Je m’appelle Stéphanie Ledoux et suis née à Toulouse en 1983. Depuis toute petite, j’ai toujours aimé dessiner. À l’école, je me souviens encore de mes mains pleines de peinture laissant des empreintes sur les murs. Le dessin a toujours été pour moi une passion profondément ancrée. 

 

M.F : Quel est ton parcours et comment es-tu passée d’ingénieure agronome à artiste voyageuse ?

S : Bien que j’ai toujours aimé dessiner, je ne suis pas née dans une famille d’artistes. Plus jeune, j’espérais devenir dessinatrice. Au lycée, j’esquissais des portraits imaginaires de visages d’hommes et de femmes africains, asiatiques. Pour mes parents, dessiner n’était pas un vrai métier. Il fallait que j’ai un CDI. J’ai alors reconsidéré le dessin comme un hobby et choisi des études qui me plaisaient. J’ai ainsi obtenu une maîtrise en Biologie – Écologie et travaillé en tant que salariée jusqu’à mes 28 ans.

 

M.F : Quel a été le déclic pour changer de vie ?

Je ne me sentais pas faite pour la vie en entreprise et avais beaucoup de mal à m’adapter au schéma classique des 35 heures avec seulement quelques jours de congés par an. Je privilégiais les CDD dans l’espoir de me sentir plus libre. De retour d’un voyage de trois mois à l’étranger, j’avais trouvé très dur le retour au travail et en pleurais même chez moi le soir. J’ai perdu quatre années à me chercher. Lorsqu’on est jeune, on manque souvent de confiance en soi. Je n’avais que peu de temps pour me consacrer entièrement à ma passion. C’est lors d’une exposition que je me suis rendue compte que mes dessins plaisaient. En juin 2010, j’eu alors le choix entre renouveler mon CDD ou partir trois semaines pour un voyage artistique au Yémen. Je choisi la seconde option et c’est à ce moment-là que tout a basculé. 

 

Photo : Portrait d’une femme éthiopienne

 

M.F : Que s’est-il passé après cette invitation providentielle de Sadek Alsaar ? 

S : Le Yémen a été pour moi un voyage inattendu et un dépaysement total. À l’époque, Sama ressemblait à une ville des “Mille et une nuits” avec ses maisons en forme de gâteaux en pain d’épices. Nous étions huit artistes et avons eu deux semaines de visite et une semaine de travail. À mon retour, les expositions se sont enchaînées et j’ai alors eu l’opportunité d’exposer mes dessins à la grande médiathèque de Toulouse, à l’Institut du Monde Arabe à Paris, à la Royal Geographical Society de Londres et dans d’autres lieux prestigieux. Ces dernières années, j’ai été invitée dans de nombreux pays et j’ai dû récemment annuler plusieurs voyages à cause du Covid-19. J’en ai profité pour ralentir et passer plus de temps dans mon atelier à Toulouse. 

 

M.F : Quels sont en général les réactions des modèles que tu dessines ?  

J’ai pour habitude de relever mon carnet de dessin, afin que les personnes ne découvrent leur portrait qu’une fois terminé. J’ai rencontré tellement de monde. Il y a toute sorte de réactions : impressionnées, fières, … Je me souviens au Kenya d’une vieille dame de la tribu Turkana, qui est partie subitement prétextant que j’étais en train de lui voler son âme. Ce n’est arrivé qu’une seule fois. Je pense que le dessin est un magnifique vecteur de lien. 

Photo – Portrait de Mamta, exposition Indigo

 

M.F : As-tu une anecdote de voyage à nous raconter ? 

Il y a quelques années, je cherchais des photos inspirantes sur internet et étais tombée sur le visage d’une femme indienne aux yeux verts. Je m’étais promise d’essayer de la retrouver. C’est lors d’un dernier voyage au Rajasthan en 2019 que je l’ai découverte de façon inattendue sur un marché ! Elle s’appelle Papu. Cela a été une véritable surprise !

Je me rappelle lui avoir tout de suite montré mes dessins où elle s’est reconnue. Elle m’a alors invitée chez elle et nous avons passé quinze jours dans sa famille. Je la croyais beaucoup plus âgée mais nous avions en réalité le même âge. Elle a aujourd’hui cinq enfants. Papu a été d’une grande aide pour nous faire visiter les villages alentours. Aujourd’hui, je corresponds régulièrement avec elle sur WhatsApp. Elle m’appelle même “my sister”.

 

M.F : Que conseillerais-tu aux femmes qui souhaitent se lancer ? 

S : Je leur conseillerais de ne pas perdre de temps, de prendre confiance en elles et d’oser. Il n’y a rien de pire dans une vie que de se sentir malheureux. L’argent ne devrait pas être un frein. À ne pas vivre aligné avec ses valeurs, on s’étiole rapidement. J’aurais souhaité me lancer plus tôt et regrette par exemple de ne pas avoir été formée aux Arts Déco où l’on apprend différentes techniques de dessin.

“Aux personnes qui s’étiolent dans leur travail et rêvent à une reconversion : osez ! Testez, rien n’est irréversible, et les conditionnements que vous déferez en chemin vous ouvriront un océan de possibilités insoupçonnées.” Stéphanie Ledoux

 

M.F : Pour terminer, as-tu un modèle de personne qui t’inspire ou une citation qui te tient à coeur ? 

S : Oui, j’aime bien celle de Confucius : “On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une.”. Beaucoup de gens que j’admirais plus jeune sont aujourd’hui devenus des amis, mes pairs. 

 

Pour en savoir plus sur Stéphanie Ledoux et si comme moi, vous avez eu un coup de coeur 🙂 , voici des liens vers : 

La prochaine exposition de Stéphanie Ledoux aura lieu les 26 & 27 septembre 2020 à Toulouse dans son atelier et dans le cadre des Arts en Balade. 

Propos recueillis par Marie-Florine Dambakizi du blog Urban & Wild