La contraception masculine, on en parle ?

Le sujet de la contraception masculine au cours des repas, même amicaux, tourne souvent au vinaigre. Même modernes et civilisés, on ne touche pas au sacro-saint phallus et à la virilité qui en découle, devant laquelle la société toute entière devrait d’ailleurs se prosterner. À cela peut-on opposer des raisons plus… raisonnables qu’un petit égo mal placé ? Pas tellement. Parce qu’aujourd’hui, soyons honnêtes, la fidélité, la traçabilité de la descendance ou la domination du corps de la femme par le patriarcat sont en théorie des problèmes résolus. Alors pourquoi considérer la contraception comme un « problème » de femme ?  Car, si le contrôle de la fertilité émancipe bien légitimement mesdames, il permet aussi une immense libération de la créativité érotique dans le couple, qui profite aux deux parties. Sans compter qu’elle rend possible de choisir à deux quand, comment et dans quelles conditions construire une famille. Alors pour avoir les bons côtés, pourquoi ne pas soulager les femmes des mauvais, si on peut ? Et franchement, cette contrainte là n’a encore rien à voir avec l’accouchement, les règles douloureuses, les coliques néphrétiques ou les envies de suicide à certains moments du cycle menstruel. Alors, la contraception masculine, on en parle ?

La contraception naturelle dans le couple

Un peu naturaliste tout ça et sûrement un tantinet boboisant, mais pourtant, ça vaut vraiment le coup de se pencher sur l’idée. Si à la fin de l’argumentaire ça vous fait tilt, il vous faudra donc assumer votre possible connivence avec un des personnages du film  Problemos avec Blanche Gardin (que je vous conseille de visionner sans tarder, si vous voulez passer un moment hilarant et que vous possédez une bonne dose d’auto-dérision). 

Bref. La contraception naturelle en gros, c’est connaître le mécanisme de son corps, comment fonctionnent son cycle et son ovulation, pour maîtriser sa fertilité sans utiliser de moyens artificiels qui puissent amoindrir le libre fonctionnement physiologique. Le risque de tomber enceinte est certes plus élevé, mais en contrepartie vous restez aux manettes de votre horloge interne et vous comprenez mieux vos mécanismes biologiques, pour tomber plus facilement enceinte le jour où vous le désirez. Pas de prise de poids, de règles abondantes et douloureuses, de risque d’infertilité, de cancer, de kystes ovariens et nous en passons. Et surtout ? Monsieur fait partie intégrante du processus de contraception et peut s’y investir. S’intéresser aux arrières plans de la sexualité n’a à peu près que des avantages. C’est entre autres le moyen d’apprendre à mieux connaître sa partenaire dans sa plus stricte intimité, pour lui donner plus de plaisir par exemple. Cette appréhension holistique permet d’anticiper les phases ascendantes de la libido et d’être globalement plus à l’écoute de l’autre. 

Ah oui, il y a bien-sûr une astuce pour sécuriser davantage la méthode contraceptive et éviter à l’homme de pratiquer le retrait (qui est la contraception masculine la plus aléatoire qui soit) : une petite capsule à mettre aux portes de l’utérus avec du spermicide, à retirer après le rapport. « Mais c’est chimique tout ça ! » Et non ! Ça change seulement le PH de l’utérus, ce qui tue les spermatozoïdes sans provoquer de douleur chez la femme, ni de mutilation phallique chez l’homme. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez lire le très instructif essai de Bartholomeus Maris Contraception et connaissance de soi. Vous nous direz ce que vous en pensez ! 

Le slip chauffant pour limiter la fertilité

Bon d’accord, c’est pas super glamour. Ça ressemble parfois à une culotte de chasteté ou à un baudrier testiculaire pour sado-masochiste. Et après ? Les princesses vierges dans les contes et légendes y sont bien passées et croyez-nous, elles étaient loin de chanter « de toutes les matières, c’est la ouate que j’préfère ». Alors un peu de reconnaissance pour les designers des « remontes-couilles » ultra-tendances et plutôt confortables, aux dires des premiers testeurs. Le principe ? Chauffer les testicules par compression en portant ce slip plusieurs heures avant les rapports, au moins 15h pour être exacts, dans le but de tuer les spermatozoïdes de nature thermolabiles (on se la pète un peu avec des mots savants, mais ça veut juste dire qui meurent au-dessus d’une certaine température). Les puristes vous diront que cette technique leur fait un peu peur, dans la mesure où elle pourrait jouer sur la qualité de la semence dans le temps et qu’on a pas de recul sur la technique pour garantir sa neutralité. On pourrait répliquer à cela des études scientifiques sérieuses publiées par le Centre de Communication Scientifique Directe ou même le CNRS. Et aussi, on a un léger recul sur les BG des années 60 avec leur moule-bite et leur brillantine, qui avait à peu près le même effet contraceptif (pas la brillantine). Comme nous sommes loin de nous être acheminés vers une extinction humaine de masse, il semblerait que ça n’ait eu qu’un faible impact sur la fertilité masculine au long court. Mais ne jurons de rien ! 

La vasectomie comme contraception masculine définitive

La première fois que j’ai entendu ce terme, c’était dans Alceste à bicyclette réalisé par Philippe Le Guay et joué par Fabrice Luchini et Lambert Wilson. Deux amis de longue date se retrouvaient pour des vacances littéraires à Oléron pour faire le bilan de leur vie. Serge Tanneur, joué par Fabrice Luchini, jouait un passionné de théâtre qui avait tout dédié à son art et qui comptait donc, pour matérialiser cet amour exclusif pour les hautes sphères de l’intellect, se faire vasectomiser. Fort bien. Vous le sentez vous aussi ce petit pincement au plexus quand on parle de contraception définitive ? Un peu enlever une partie de l’autre, un possible, une capacité, non ? Un peu comme une garantie malsaine que le partenaire qu’on a eu n’ira jamais refaire sa vie ailleurs, en plantant sa petite graine dans le ventre d’une autre ? C’est un peu partisan tout ça, alors on va essayer d’objectiver. Si c’est l’homme qui décide sciemment, parce qu’il est satisfait de la vie qu’il a construite et qu’il veut désormais vouer sa sexualité entièrement au plaisir, sans prendre la moindre précaution ? Et bien, ça se défend. Où même pour des raisons à la Serge Tanneur si tant est que ce soit mûrement réfléchi et libre.  

Notons que le nombre de vasectomies a explosé ces dernières années, en avoisinant les 10 000 en 2020, soit 450 % de plus qu’il y a 10 ans, selon une étude du CNRS. L’opération très banale d’un point de vue chirurgical consiste à couper les canaux qui acheminent les spermatozoïdes jusqu’aux testicules, sans toutefois interférer sur la fabrication du liquide séminal, qui sert à éjaculer. En gros, l’homme peut toujours avoir des érections, jouir et faire jouir sans entraves. Le seul bémol qui demeure reste moral et psychologique, puisqu’un homme n’a pas d’andropause, alors qu’une femme qui se fait ligaturer les trompes ne ferait qu’avancer la date de sa ménopause. Ça reste dans tous les cas une affaire très personnelle.

Une pilule masculine difficile à mettre au point

Pour la pilule masculine, il ne s’agit pas seulement de l’effet psychologique mais du processus qui est complètement différent. Alors que la pilule féminine empêche l’ovulation, la pilule masculine doit pouvoir rendre infertile le spermatozoïde, ce qui est difficile, car sa maturation s’échelonne à plusieurs niveaux du sexe de l’homme. On pourrait bloquer la semence dans le canal déférent avec un gel, le même qu’on sectionne pour la vasectomie, ce qui est extrêmement précaire et délicat. Il serait également possible de contrevenir à la maturation des spermatozoïdes, ce qui est encore difficile à mettre en place sans infléchir la fertilité ou sans risque que certains individus passent au travers des mailles du filet.

Enfin, des hormones à base de testostérone et de progestérone existent déjà mais les effets secondaires sont encore plus puissants que chez les femmes (prise de poids, changement violent d’humeur, trouble de l’érection, etc. ) De plus, pour concevoir, il faudrait attendre non pas un mois mais trois mois. Bref, on est encore loin de la vérité et les courageux qui voudraient tester ne seraient pas forcément encouragés par leur compagne. Enfin, c’est ce que je me dis. Affaire à suivre ! 

 

Vous arrivez à la fin de cet article qui a pris soin de lister les possibles contraceptions masculines de la manière la plus complète possible. Pour l’heure, quand on tape la requête « pilule pour homme » sur le net, la publicité fait apparaître des pilules aphrodisiaques pour booster les performances sexuelles. En revanche, les résultats de recherche en trafic organique parlent bel et bien de la pilule contraceptive pour homme… et pourquoi elle ne marche pas. Ceci reste la preuve que les internautes s’intéressent réellement au sujet et que les mœurs sont en train de changer. Et dans votre couple, avez-vous déjà pensé à la contraception masculine ? 

 

Charlotte Allinieu, Web Journaliste pour Celles qui Osent

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