Jardiner avec les astres : le calendrier des semis biodynamiques de Maria Thun

Vous jardinez en tant qu’amateur, professionnel, passionné ou tout simplement jardinier du dimanche  ? Vous êtes agriculteur, viticulteur, apiculteur, sylviculteur ou totalement novice ? En quête d’un savoir-faire respectueux du vivant, vous souhaitez donner du sens à votre activité ? Connaissez-vous le jardinage biodynamique ? Cette pratique holistique de la culture est considérée comme le nec plus ultra du bio. Louée par certains, dont les plus prestigieux domaines viticoles français, ou qualifiée de pratique magico-ésotérique par une frange d’internautes, la biodynamie ne laisse pas indifférent. Grâce aux outils proposés par Maria Thun, paysanne et première expérimentaliste de la méthode, répliquer ce principe dans votre domaine, votre lopin de terre ou votre ferme n’est ni élitiste ni abscons. Entre rythmes cosmiques, influences planétaires et préparations miraculeuses, Celles qui osent  lève le voile sur le calendrier des semis biodynamique de Maria Thun et sur une approche agricole dans l’air du temps.

Rudolf Steiner et Maria Thun

Rudolf Steiner (1861-1925) est un philosophe autrichien. Il est considéré comme le père de l’anthroposophie, mouvement ésotérique dont il est le fondateur. Sa motivation ? Étudier les liens entre la terre et le ciel, le vivant et les énergies telluriques. Entre autres champs d’investigations, il pose les bases de l’agriculture biodynamique. Sa conception ? Considérer le domaine agricole ou le jardin comme un organisme vivant. Des années plus tard, sensible à l’approche de Rudolf Steiner, Maria Thun (1922-2012), fille d’agriculteurs de la région de Hesse, en Allemagne,  approfondit la réflexion par l’expérimentation. Passionnée par le jardinage, elle devient la pionnière de l’agriculture biodynamique et la créatrice du Calendrier des semis biodynamique. On la surnomme l’âme de la biodynamie. 

Celle qui a osé jardiner avec les rythmes cosmiques

Née en 1922, Maria Thun travaille comme infirmière durant la Seconde Guerre mondiale. À 20 ans, elle rencontre son futur mari et lui exprime sa passion pour le jardinage. De son côté, il la sensibilise sur le courant Steiner, l’anthroposophie et l’agriculture biodynamique. Sujets tabous et interdits durant cette période, Marie Thun attend la fin de la guerre pour lancer son propre jardin et créer une dynamique de groupe autour de plusieurs collaborateurs. Elle ne sait pas encore qu’en pénétrant le monde des rythmes cosmiques, elle se lance dans une épopée qui durera toute sa vie et bien au-delà.

Des radis comme sillon conducteur

Un premier enseignement de Rudolf Steiner lui sert de fil conducteur : «  pour avoir une pensée concrète, il faut s’exercer à observer les phénomènes de la nature. »  Intuitive et convaincue, Maria Thun affine son sens de l’observation. Comment ? Jour après jour, à  partir de 1952, elle concentre son attention sur… la pousse des radis ! Son constat la laisse perplexe. La croissance quotidienne des radis est très variable d’un élément à l’autre (morphologie et rendement).

Du vivant entre Terre et Cosmos

Selon Maria Thun, si les radis évoluent différemment au départ d’un même semis, c’est que les rythmes lunaires, ascendants ou descendants, ne sont pas les seuls à agir sur la croissance des plantes. Chaque jour, elle sème une nouvelle ligne de radis sur un sol préalablement travaillé de différentes manières et à différentes dates. Puis, elle observe minutieusement les corrélations sur la formation des plantes.

Constatations :

  • les dates de travail de la terre ont plus d’incidences sur la production des radis que les dates de semis ;
  • un sol travaillé à une certaine date génère un rendement de radis à la  pousse plus feuillue, et à une autre date, une pousse plus racinaire.

Expérimentation :

  • Essais élargis sur des plantes à racine, feuille,  fleur et  fruit :
  • épinard et salade pour les feuilles ;
  • haricots et petits pois pour les fruits ;
  • radis pour légumes racines.

Conclusions :

  • Le rythme lunaire n’opère pas seul ; 
  • les planètes du système solaire et les différentes configurations entre elles agissent aussi ;
  • les constellations du zodiaque, devant lesquelles se déplacent le Soleil, la Lune et toutes les planètes rattachées, ont leur part d’influence  ;
  • les éléments des constellations, terre, eau, air, feu (12 constellations – 4 éléments) participent ;
  • la Lune restitue à la Terre la qualité de l’élément caractéristique de la constellation qu’elle parcourt ;
  • les effets peuvent être favorables ou défavorables, en fonction de la nature de la plante et de la conjonction planétaire. Noeud lunaire ou éclipse entraînent des perturbations de développement ;
  • un sol préparé en fonction du semis dédié et d’une conjonction planétaire propice (lune/zodiaque)  sera plus réceptif aux énergies ;
  • l’élément terre agit sur les racines ;
  • l’élément eau sur les feuilles ;
  • l’élément air sur les fruits ;
  • l’élément feu sur les fleurs ;
  • la terre est un organisme vivant à part entière ;
  • le ciel et ses phénomènes rythmiques ont une action sur le vivant.

Toutes ces observations infirment la seule influence de la Lune dans la croissance des plantes. Elles permettent d’établir des liens entre les différents rythmes cosmiques, lunaires, solaires, planétaires,  constellaires et les processus du vivant : germination, croissance, développement, différenciation, floraison et fructification. Maria Thun constate que selon la position des planètes dans le ciel, les plantes de type feuille croissent mieux à certains moments, et les autres types à d’autres moments. À partir de cette analyse, elle divise le passage de la lune dans le zodiaque en quatre périodes : les jours racines, les jours feuilles, jours fruits et fleurs. Les travaux concrets de Maria Thun sur les interactions entre le vivant et son environnement marquent une avancée écologique totalement avant-gardiste.

Guide du jardinier, le calendrier des semis biodynamique

Le grand principe de la biodynamie est de jardiner le plus possible en harmonie avec le cosmos et la nature. En biodynamie, tout est lié : sol, plantes, animaux, hommes et ciel. C’est dans cet esprit que Maria Thun formalise ses expérimentations et publie, en 1963, son premier calendrier des semis biodynamique (allemand).

Depuis, il n’a cessé de gagner en notoriété et existe en 30 langues. En France, il paraît depuis près de 30 ans.  Même si le sujet reste polémique, c’est un lieu commun de dire que le calendrier de Maria Thun est prisé par des jardiniers, agriculteurs ou viticulteurs de renom (le Domaine de la Romanée-Conti ou le château Pontet-Canet, par exemple).  Il est à l’origine de la majorité des calendriers lunaires. Sa particularité d’adjoindre aux cycles de la Lune ceux des autres planètes du système solaire et des constellations en fait un outil de planification réputé pratique, complet et efficace. 

D’une parution annuelle, ses dates de travaux, de fertilisation des sols  et de traitement des plantes y sont consignées avec précision. Leur lecture est simple et peut se faire à différents niveaux, que vous soyez jardinier novice ou professionnel expérimenté. Structuré mois par mois, son utilisation est fonctionnelle. Sa présentation illustrée et ses textes explicatifs démystifient la compréhension des interactions et l’origine des phénomènes :

  • indications des jours favorables et conseils pratiques pour les travaux agricoles (périodes de semis, de plantation ou de travail du sol, moments favorables pour la taille, la récolte, etc.)  ;
  • présentation simplifiée des rythmes cosmiques (tableaux et cartes astronomiques)  ;
  • visualisation précise des positions de la Lune et des planètes ;
  • tendances météorologiques au mois le mois ;
  • bibliographie et liste de contacts (information/formation).

Science, druidisme ou sorcellerie ?

Un autre principe de la biodynamie est de travailler à la régénération des sols et de maîtriser l’art du compost. Pour ce faire, Maria Thun a mis au point et testé des préparations quelque peu surprenantes mais… reconnues :

  • la base MT, compost de bouse de vache + coquilles d’oeuf +  poudre de basalt  + calcaire issu du vivant (fougère par exemple), mélange destiné à la régénération d’un sol à faible vie microbienne ;
  • la base 500, bouse fermentée dans des cornes de vache –  croissance des racines et production d’humus ;
  • la base 501,  silice dans des cornes de vaches enterrées pendant 6 mois dans le sol – régulation de la croissance des feuilles, amélioration de la qualité de leur production et augmentation de la résistance aux maladies (feuilles) ;
  • la base 502, achillée millefeuille  – mobilité du soufre et de la potasse (compost) ;
  • la base 503, camomille – métabolisme du calcium et régulation des processus de l’azote, (compost) ;
  • la base 504, ortie en rapport avec l’azote et le fer – contribution à la formation d’humus (compost) ;
  • la base 505, chêne –  assimilation du calcium et meilleure résistance des plantes (compost) ;
  • la base 506, pissenlit – régulation entre silice et potassium (compost) ;
  • la base 507, valériane –  mobilité du phosphore dans le sol et protection contre le gel (compost) ;
  • la base 508, prêle des champs – évitement des infections fongiques (compost) ;
  • diffusion par pulvérisation à dose homéopathique sur les cultures ou les vignes ;

Science, druidisme ou sorcellerie ? Jean-Marc Meynard, chercheur à l’Inra et président du conseil scientifique de l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique) répond  : « Il y a évidemment un discours et une méthodologie qui, pour grande partie, ne sont pas recevables d’un point de vue scientifique. Mais indépendamment de ses justifications qui sont pour certaines indéniablement pseudo scientifiques, la biodynamie, c’est une pratique qui marche. Elle marche, dans le sens où elle satisfait les exploitants qui la pratiquent, et les consommateurs. Et cela en fait un sujet d’étude recevable, sur lequel on peut faire de la science. »

Il y a quelques années, Jean-Marc Meynard a tenté la mise en place d’une grille d’évaluation des pratiques biodynamiques auprès des adeptes. Il s’agissait de recueillir leurs expériences et de notifier leurs échecs et leurs succès. Le projet a été retoqué à plusieurs reprises par le Casdar (compte d’affectation spécial au développement agricole et rural). 

En 2018, Jean Masson, chercheur à l’Inra, travaille sur la résistance des vignes aux agents pathogènes et au climat selon les pratiques agricoles (biodynamie et conventionnelle). Son étude montre de meilleures réactions dans les cultures biodynamiques que dans celles plus conventionnelles. 

Valéry Rasplus, sociologue et épistémologiste,  rétorque qu’on ne peut pas utiliser une caution scientifique pour valider un discours magique : « Oui, on peut imaginer légitime pour un scientifique de se pencher – quels que soient les ressorts philosophiques derrière la pratique – sur l’efficacité de l’usage de silice pour les sols, par exemple, ou de toute pratique agricole. Parce qu’il en fera une interprétation scientifique, mais pas magique. Mais ce ne sera pas une étude sur la biodynamie. Parce qu’on ne mesurera jamais l’influence d’une force cosmique sur une corne de vache. »

Alors, ésotérisme ou bon sens paysan ?

D’après les viticulteurs, ces remèdes « astrologico-homéopathiques » font des miracles et sont la solution aux problèmes d’épuisement et d’appauvrissement des sols :

  • Nicolas Joly, vigneron, pour la Coulée de Serrant, Savennières et Savennières-Roche-aux-Moines, en Anjou : « Lors de mon premier cours, je  me suis dit, qu’est-ce que c’est que ces bêtises. J’entendais parler de noeuds planétaires, de cornes de vache. Mais en désherbant mon vignoble à la façon conventionnelle, j’ai vu le sol se craqueler, la vie animale s’enfuir. Je cherchais une solution et un ami m’a donné un livre de Rudolf Steiner. J’ai mieux compris. Il faut appréhender la biodynamie dans sa globalité. Et je me suis dit, c’est génial !… Tout part d’une constatation, la vie n’appartient pas à la Terre. Elle lui est donnée parce qu’elle fait partie du système solaire… La biodynamie fonctionne au moment où l’énergie cosmique est convertie en matière… Il faut comprendre les préparations biodynamiques comme le levain pour le pain… On n’en met très peu… Les préparations créent un canal énergétique qui transmet la force de la planète.» –  [Le Figaro] https://avis-vin.lefigaro.fr/economie-du-vin/o136013-nicolas-joly-la-biodynamie-pour-revenir-a-la-verite-du-gout
  •  Alexandre Genvrier, vigneron à Cour-Cheverny, Loir-et-Cher :

«… Il faut comprendre les influences du cosmos. Cela peut paraître ésotérique, mais c’est flagrant…  Si l’ésotérisme, c’est ne pas tout comprendre, alors la biodynamie est ésotérique. »

  • Alphonse Mellot, vigneron à Sancerre :

« Grâce à la biodynamie, nous avons encore davantage dévoilé le terroir. Grâce à elle, nos acidités sont plus hautes, notamment dans les années chaudes. Avec la biodynamie, nous avons aussi redécouvert le sens de l’observation, le bon sens. Autant de points que nous avions oubliés avec la viticulture intensive, souvent résumée par l’adage « une bonne récolte est une grosse récolte. »

 

Tous ces viticulteurs notent dans leur grands crus une présence plus intense en milieu de bouche par rapport aux autres vins. Ils vantent également une minéralité plus marquée. Les recherches scientifiques reconnaissent une épaisseur de peau plus dense au raisin biodynamique mais également dans les autres fruits. Or, c’est la concentration dans la peau des fruits qui permet d’obtenir une véritable sensation aromatique. Même constat chez les agriculteurs, les éleveurs, les jardiniers : les produits issus de l’agriculture biodynamique présentent une qualité gustative et nutritive ainsi qu’une vitalité supérieures aux autres modes de culture. Les consommateurs ne s’y trompent pas. La demande est en hausse constante. De surcroît, le sol reste fertile grâce à une vie microbienne respectée et dynamisée.

Contrairement aux apparences, Maria Thun a toujours pensé en jardinière objective. Les chercheurs qui l’ont approchée retiennent d’elle son bon sens paysan, son enthousiasme et son flair. La tête dans les étoiles mais les pieds bien ancrés au sol. Son terrain d’expérimentation n’est en rien comparable avec un institut de recherche ou un laboratoire aseptisé.  Elle œuvrait dans une petite ferme pleine de vie. Jean-Michel Florin, qui a étudié l’œuvre de Maria Thun, conclut : « cette proximité à la terre est une orientation d’avenir. Je suis convaincu que la recherche agricole future se passera sur les fermes, parce que dans ce contexte, les plantes réagissent différemment. » 

Le jardinage biodynamique clive mais gagne du terrain

Doté d’un voile ésotérique, la biodynamie suscite le rejet de nombreux scientifiques ou professionnels de la culture conventionnelle. Avec la prise en compte des alignements planétaires et des interactions zodiacales, le calendrier des semis biodynamiques de Maria Thun ne fait pas exception. Il fait partie des éléments controversés. Récemment, plusieurs supports médiatiques ont été vivement critiqués. Des « twittos », indignés que ces médias donnent du crédit à des « croyances magiques », ont qualifié la biodynamie d’absurdités contre-scientifiques. Malgré tout, la révolution biodynamique est en marche avec ou grâce au calendrier des semis de Maria Thun. Petit aperçu de la situation en Europe :

  • Allemagne avec 84 426 hectares (34 % du total mondial) ;
  • Australie avec 49 797 (20 %) ;
  • France avec 14 629 (6 %).

Sa marginalité par rapport aux autres modes de production reste évidente mais de plus en plus de jardiniers professionnels ou amateurs testent le procédé.

Jardiner, l’urgence d’un loisir

Jardin de fleurs, jardin potager, jardin de pots, jardin de balcon, permaculture, jardin biologique, jardin biodynamique, jardin familial, jardin partagé, verger… depuis l’irruption de l’épidémie de la Covid-19, le jardinage a décuplé sa popularité. La tendance perdure chez les jeunes (18-24 ans) et s’implante chez les séniors. Selon un récent sondage d’Opinion-Way, tous revendiquent :

  • une préoccupation majeure par rapport à l’environnement ;
  • une modification des comportements de consommation ;
  • l’intérêt d’un potager au naturel ;
  • une urgence envers soi-même et la nature.

Il y a plus d’un demi-siècle, une femme a anticipé cet engouement et la nécessité de préserver un bien commun des plus précieux, la terre. Patiemment, méthodiquement, humblement, elle a construit un outil pour semer, planter, soigner, récolter et conserver fruits et légumes sous les meilleurs auspices. Celles qui osent reste neutre quant à l’appréciation de la méthode mais salue l’audace et la perspicacité de Maria Thun qui a osé, en son temps, proposer, formaliser et promouvoir une alternative à la chimie et à l’intensif.

Etsie Tessari pour Celles qui osent

https://www.rustica.fr/permaculture/principes-biodynamie-jardin,15375.html

https://abiodoc.docressources.fr/index.php?lvl=notice_display&id=15078 

https://jardinage.lemonde.fr/dossier-2211-biodynamie.html

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