Comment booster sa libido en couple ? Penser désir

Maïa Mazaurette, dans une conférence intitulée « Ce qu’on a oublié de vous dire sur le sexe », parle de l’ennui dans le couple comme d’un véritable fléau. La lassitude est un tue l’amour responsable de bien des séparations et, alors même qu’on s’aime, on se quitte. Depuis des millénaires pourtant, les représentations du corps et de l’art nuptial diffèrent du tout au tout, les fantasmes et les pratiques évoluent, s’enrichissent même. « Ça veut bien dire qu’avec les mêmes organes, on peut faire beaucoup de choses différentes ». La libido ? C’est l’art d’avoir envie d’une pratique atemporelle, banale et parfois exclusive de centaines de manières différentes. Facile à dire quand tout roule ! Seulement, quand l’inspiration manque, comment on fait ? Ne bougez pas, Celles qui Osent vous donne ses clefs pour booster sa libido en couple et pour prendre soin de son désir. C’est parti !

Réinventer son désir, comme en voyage

Avouons-le, l’acte sexuel purement reproductif n’a rien d’affolant en lui-même. Sans inventivité et passé les premiers émois de la nouveauté, on peut en effet trouver que le sexe est bien monotone. Un aller-simple lancé sur un trajet connu, avec toujours la même destination. Quel dommage pourtant de condamner un possible épanouissement sexuel parce que notre potentiel à 2 nous a échappé ! En vérité, il y a autant de manières de faire l’amour que de couples, d’humeurs, de cycles, de découvertes, seul ou à plusieurs, d’attentions, d’apprentissages. Un vrai parcours initiatique, en somme ! Comme lors d’un voyage dont on se souvient longtemps, l’essentiel n’est pas la destination (la pénétration), mais les aventures qu’on vit et les paysages qu’on traverse (l’éveil des sens et le plaisir autour de l’acte). Mieux, « Le bon voyageur est déjà celui qui sait aller de la maison au bout du jardin en aventurier » écrivait Henri Thoreau dans son Journal. Un bon amant ne pourrait-il pas faire de même ? Aller du corps à l’âme de l’être cher en explorateur ? S’employer à dénicher de nouvelles zones sensibles en terre aimée, en changeant de texture, de rythme, de température, de lieu, d’intention, d’accessoires ? Les possibilités de cette épopée sont incalculables.

Maia Mazaurette explique que paradoxalement, quand on s’ennuie au lit, on teste des pratiques de plus en plus violentes et excentriques, au risque d’entrer, comme Christian Grey, dans la psychose. Rarement, on pense à ralentir, savourer, à être plus attentif aux détails et à changer des petits automatismes sexuels. Pourtant, les recettes les plus simples sont souvent les meilleures… Quelques pistes ? Pourquoi ne pas tenter un jour de stimuler l’autre principalement avec des caresses et des objets insolites, comme une plume ou un glaçon ? Ou faire l’amour sur plusieurs jours, pour accroître son appétit et préparer les paliers nécessaires à un orgasme intense ? Réapprendre à aimer la douceur et la beauté d’un lieu qu’on a déjà sillonné de part en part, c’est non seulement possible mais plein de promesses. Au risque d’être cliché, plus on connaît une personne, plus le sexe a des chances d’être épanouissant !

Dédier du temps à l’érotisme pour booster sa libido en couple

Ah les premiers temps d’une relation ! Qu’il est bon d’avoir faim de l’autre au point de le désirer à n’importe quel moment et dans n’importe quelle circonstances… Ce qui fait que la folie des débuts s’étiole est souvent à imputer à la routine et à la vie sans spontanéité qu’on s’inflige sans y prendre garde. On en voit un très bel exemple dans American Beauty, lorsque Lester tente de séduire à nouveau sa femme et qu’au moment de passer à l’acte, elle lui défend de salir le canapé. « Attention avec ta bière, tu sais combien ça coûte ça ? » La parade amoureuse s’envole instantanément aux profit de préoccupations sérieuses d’adultes. La barbe ! Et si on faisait exactement l’inverse ? Si être mâture, c’était s’octroyer la légitimité de passer des bons moments à deux, agrémentés d’expériences, de temps et de moyens ? Les idées ne manquent pas et peuvent changer considérablement la donne. On peut imaginer utiliser du mobilier sexuel, disposé dans une salle de jeu consacrée au plaisir à deux, mais pas seulement. Bien des gammes d’accessoires sexuels pour couple peuvent pimenter l’acte ou agrémenter la créativité érotique. Parfois, il suffit juste d’un peu d’audace. Pourquoi ne pas louer une chambre d’hôtel un après-midi où vous feriez « bureau buissonnier » et faire un jeu de rôle amant/maîtresse ? Quoi qu’il en soit, intimer à son partenaire qu’il compte plus que n’importe quelle obligation mondaine ou domestique, c’est la meilleure des entrées en matière pour un moment intime réussi. Sans parler nécessairement de sexe d’ailleurs, valoriser le temps qu’on passe avec l’autre est un moyen formidable de continuer à le désirer.

Parallèlement, Isabelle Constant, sexologue et conférencière, explique que le meilleur moyen de faire revenir le désir est d’arrêter de traquer l’envie à tout prix. Dans les situations extrêmes d’apathie sexuelle, elle conseille même d’accepter de ne pas désirer, pour stopper les stratégies d’évitements qui renforcent le problème. En revanche, elle invite à convenir d’un rendez-vous hebdomadaire pour faire l’amour avec son partenaire, très pragmatiquement d’abord. Aux couples qui trouvent que cette proposition abîme la spontanéité, elle répond qu’un amant prend bien rendez-vous avec sa maîtresse, en sachant très bien ce qui va se passer. « Et puis, quand je sais que je vais aller au ski pour les vacances, je m’y prépare longtemps à l’avance, comme ça, une fois sur les pistes, je peux prendre du plaisir ». Le résultat est souvent surprenant. D’abord, le reste des moments qu’on passe avec l’autre se décharge de la culpabilité ou de la peur d’un éventuel rapport infructueux. Ensuite, le dialogue peut s’ouvrir autour du jour J., pendant et après. Enfin, à force d’y réfléchir machinalement, la spontanéité, la curiosité et l’envie ont de grandes chances de revenir. Si ce n’est jamais une recette toute prête, il est en tout cas certain que dédier du temps à l’érotisme créatif est forcément profitable au désir !

Fuir la fusion pour embrasser le désir d’indépendance

Savez-vous que le désir et l’amour ne font pas bon ménage ? L’un est rattaché à un sentiment d’aventure, de risque et de séduction, tandis que l’autre a besoin d’être conforté, rassuré, sécurisé. C’est la raison pour laquelle on peut avoir du désir pour quelqu’un qu’on n’aime pas et avec qui on n’a pas du tout l’intention d’être en couple. Et fatalement, quand il n’y a plus de surprises, bonnes ou mauvaises, le désir a toutes les chances de s’endormir. Nul besoin de se fustiger, le cerveau est ainsi fait que quand on sent l’autre acquis, il perd de son pouvoir d’attraction. Dans une conférence intitulée « Pourquoi l’infidélité ? », la sexologue Thérèse Hargot revient sur les conditions profondes du désir, dont certaines sont de nature délicieusement superficielles : les abdos ou savoir qu’une autre personne qu’on estime pourrait désirer notre partenaire par exemple. Là où l’amour s’intéresse à ce qui est émouvant, profond, construit, le désir s’accommode très bien de ce qui est excitant, superficiel et immédiat. Le problème ? Lorsqu’on se met officiellement en couple, on indique à toute la communauté qu’on sort du champ de la séduction et on malmène d’emblée les conditions idéales du désir.

Et si rester conscient du risque qu’on peut perdre l’autre était essentiel pour booster sa libido en couple ? Mieux, si rester entièrement soi, tout en étant à deux, c’était la meilleure manière de continuer à donner de la matière amoureuse au couple ? C’est ce que Thérèse Hargot appelle la « Mixité heureuse ». Elle s’explique ainsi, « Pour qu’une communion de personnes puisse exister, il faut au préalable 2 identités distinctes, construites, assumées et affirmées. Sinon, on prend le risque de la fusion ».

Tenter d’abolir la fusion dans le couple pour rendre vie à son envie est aussi le thème central de La déliaison amoureuse, écrit par Serge Chaumier. Il a cette formule superbe, « Quand on fusionne, on ne fait qu’un, mais lequel ? ». Pour lui, l’indifférenciation amoureuse n’est pas souhaitable. Elle se fait toujours au détriment de l’identité d’un des 2 pôles de la relation, jusqu’à transformer la nature de ce qui nous a plu au début. Quand on pense au couple avant de penser à soi, on n’a pas le mode d’emploi pour développer son propre appétit intérieur, dont l’appétit érotique fait partie. Remettre son pouvoir d’amour-propre à quelqu’un d’extérieur est dangereux et nous fige dans une posture passive face au désir. Thérèse Hargot résume l’enjeu ainsi : « À tout moment, nous devons nous questionner. Quels sont mes grands rêves à moi ? Quelles sont mes sources d’enthousiasme ? De quoi j’ai envie ? Qu’est-ce que j’ai à offrir au monde en dehors de l’autre ? Quelles sont les blessures dans ma vie ? Comment les convertir pour qu’elles soient des forces ? ». Le désir sexuel n’est rien d’autre que la manifestation d’une joie de vivre qui existe en nous et qui se partage ensuite avec l’autre. Apprendre à s’aimer sans l’autre est le seul moyen de faire renaître la tentation à l’infini et d’accéder à un appétit sans cesse neuf, libre et sans compromission. Vaste et beau programme, n’est-ce pas ?

 

Vous arrivez à la fin de cet article qu’il serait intéressant de mettre en perspective avec celui sur La sexualité des seniors  ou de relire notre interview avec Maïa Mazaurette. Nous sommes friandes des astuces et des réflexions qui pourraient enrichir cette petite philosophie du désir. Alors, comment faites-vous pour booster votre libido en couple ?

Charlotte Allinieu, web journaliste pour Celles qui Osent

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