En colère ? Oser respecter ses limites émotionnelles !

Savez-vous qu’une étude en neuroscience a démontré qu’au cours d’une journée, nous recevons en moyenne 8 sollicitations négatives, contre 2 positives ? Pas étonnant qu’on se sente parfois dérailler. Ça vous arrive aussi d’être tellement sur les nerfs que vous ne savez pas quand vous allez exploser ? Laissez-nous deviner. 1 fois par mois, quand vous n’avez plus la patience ni la diplomatie ? Pas facile, hein ? Surtout à l’heure où il faut être lisse en toutes circonstances et préserver à tout prix son crédit « considération sociale ». Vous êtes en colère ? Celles qui Osent se penche aujourd’hui sur cette émotion peu en vogue qui est pourtant essentielle dans notre écosystème psychique. Osons respecter ses limites émotionnelles et agir en adéquations avec ses besoins : voici nos pistes de réflexion.

Nos émotions : une énergie vitale issue de nos besoins fondamentaux 

Émotion vient du latin emovere, qui veut dire « mouvement vers l’extérieur ». Cette étymologie induit que nos ressentis sont par essence faits pour être extériorisés. Le Larousse Lexis préfère la définition suivante : « Trouble subit, agitation passagère causée par la surprise, la peur, la joie, etc. » L’émotion est donc un signal déclenché par une cause extérieure qui peut durer quelques secondes. C’est une réaction subite et courte.

Le sentiment en revanche est ce qu’on choisit de faire de l’émotion. Il peut durer beaucoup plus longtemps. Par exemple, si mon ado m’a rendu des affaires en lambeau, plusieurs choix émotionnels s’offrent à moi, qui vont conditionner l’importance de mon trouble. Je peux très bien hurler sur le moment, sans pour autant être piégée dans mon sentiment sur le long terme. Également, je peux être en apparence aussi irréprochable que dans les manuels de développement personnel, tout en tirant de cet évènement une rage durable et indélébile. Il est donc essentiel d’être à l’écoute de ses émotions pour pouvoir y répondre de la meilleure manière, puis les évacuer.

Chaque émotion archaïque a une fonction de préservation. Notre sensibilité est dite « intelligente » dans la mesure où elle met le corps en condition optimale pour répondre à un besoin imminent, quitte à écarter momentanément les autres fonctions. La peur fait monter l’adrénaline, décuple les capacités physiques et conditionne à fuir. Le cerveau étant peu irrigué à ce moment-là, les fonctions cognitives d’analyse sont quasi nulles. C’est la raison pour laquelle il est vain d’essayer de raisonner quelqu’un qui a peur ! L’essentiel quand une émotion se manifeste est d’être à son écoute, pour permettre à l’organisme de remplir sa fonction et éviter de retourner l’énergie contre soi-même. D’autant plus que chaque affect apparaît pour nous pousser à l’action, dans le but de revenir à notre état de base : la joie. Ce serait donc dommage de s’en passer !   

Au secours, je suis en colère. C’est ma faute ?

Imaginez les préjudices qu’on s’inflige quand on réfrène ses émotions. L’énergie contenue s’accumule et produit des toxines qui jouent sur les nerfs. La colère constante peut par exemple être source de dépression, de stress chronique et rendre plus sensible à la douleur. À long terme, elle grignote les connexions neuronales et produit de sévères troubles du comportement. Il est essentiel d’apprendre à gérer sa colère, sans la stigmatiser, pour pouvoir la guérir. Quoi qu’on puisse en dire, la rage qui sort de moi n’est pas moi. On pourrait adapter le raisonnement décrit dans l’article sur la dépression, en reprenant Marina Rollman. « La colère, c’est une émotion, pas une personnalité. Elle se scarifie, elle a les nerfs à vif, elle a envie de se venger de celle qui lui a piqué son mec, c’est tout elle ça ! »

D’autant plus qu’il y a parfois de bonnes raisons d’être en colère…

Faites-vous le lien avec notre époque ? « La colère, c’est une émotion à laquelle on comprend tellement rien, qu’on fait en sorte que rien ne dépasse et qu’il n’y a jamais eu autant de gens en colère ! » C’est le constat que fait Axel Lattuada sur la chaîne YouTube Et tout le monde s’en fout. On peut s’accorder facilement avec ce point de vue, d’autant plus que nous vivons à l’âge d’or du coaching de café, qui enseigne que la colère, c’est une affaire entre soi et soi. Enfant, vous avez sûrement entendu cette phrase implacable quand vous piquez une crise : « Tu as un problème, il faut te calmer », ce qui vous a plutôt culpabilisé que donné des outils adéquats de gestion ? Ça revenait à dire que votre colère n’était pas légitime et que vous l’aviez produite seule, parce que vous aviez un problème. Un peu lourd à porter non ?

En réalité, vous aviez le droit d’être en furie. Et votre colère à ce moment-là était réelle. Il faut savoir que lors d’une « crise d’hystérie », le corps se met en surproduction de cortisol, l’hormone qui concentre l’énergie dans les muscles pour se préparer à se battre. De 0 à 120 ans, ça monte au cerveau et ça atteint les zones qui aident à prendre du recul. Les neurosciences, apparues à la fin des années 60, ont prouvé que la colère n’avait rien à voir avec un défaut de la maîtrise de soi. Pire, une frustration qui n’a jamais été considérée peut se transformer en colère chronique, voire en haine, ce qui ne fait qu’amplifier le cercle vicieux. On voit des individus qui accusent sans cesse l’extérieur de leur propre échec et c’est précisément parce qu’on ne leur reconnaît pas de légitimité qu’ils persévèrent dans ce raisonnement. L’orgueil, qui est la version « vénère » de l’estime de soi, est la protection qu’on met en place quand on a longtemps nourri la croyance qu’on a pas assez de valeur pour être entendu. Du coup, on se sent obligé d’attaquer pour faire respecter ses limites. La base de la colère peut donc tout à fait être légitime, même si elle implique souvent une attitude qui suscite le manque d’écoute et le repli sur soi.

Alors, la colère, c’est de ma faute ? Et bien, non. Vous avez peut-être même complètement raison. Ce qu’on vous a fait est probablement intolérable. En revanche, votre interlocuteur doit avoir accès à la version constructive de votre colère pour vous entendre. Même s’il est fautif à 100 % ! En cela, il faut trouver des moyens de redescendre en pression, pour trouver un terrain d’entente, tout en sachant que la violence est INTERDITE. Facile à dire, mais concrètement ? 

Oser comprendre pour bien agir : que faire de ma colère ?

“Une bonne colère vaut mieux qu’une bonne douche. La douche fatigue, la colère apaise…”
Henri Jeanson – Parole d’honneur

Nous avons une bonne nouvelle : si vous êtes souvent en colère, c’est que vous avez une grande source d’énergie en vous. En effet, l’énervement est ce qui nécessite le plus d’implication. Ça veut dire que bien dirigée, l’ire ( lire aussi 😉 peut être un moteur d’envergure pour se dépasser, transformer les situations et être productive. Le revers, c’est que mal employé, l’emportement est chargé de tellement de puissance qu’il peut tout balayer sur son passage, y compris ce à quoi on tient. Pour changer la donne, il s’agit donc de comprendre ce qui nous arrive, sans se juger. En gros, s’employer à faire exactement ce qu’il convient avec la personne ou la situation qui nous énerve : ne pas céder à l’agressivité. Comment ? 

Il y a plusieurs réponses à cette question. Thich Nhat Hanh tente d’y répondre dans son ouvrage, La colère, transformez votre énergie en sagesse. Pour lui, on ne peut dresser ses émotions comme des chiens couchants et si on les ignore, elles nous reviennent en pleine figure quand on s’y attend le moins. Il est donc sain de canaliser sa colère en trouvant l’énergie primitive qui est à sa base, pour s’en servir intelligemment. Vos foudres détestent le manque d’action et encore plus les tentatives de contournement. Il conseille donc de mettre cette énergie dans un art, dans le don de soi ou un combat que l’on trouve juste.

En parallèle, quand nous sommes victimes d’un dommage irrésolu, notre rage s’accumule au souvenir d’un instant douloureux et peut éclater brusquement sans qu’on puisse cerner les véritables causes. C’est l’hypothèse faite par les praticiens de la méthode d’hypnose dite EMDR, selon laquelle chaque émotion ignorée engendre des stigmates durables. En séance, le patient revient sur la situation qui l’a blessé, pour identifier clairement son ressenti et prendre un recul libérateur. Au-delà, cette méthode fournit de réelles bases de communication pour éviter d’être à nouveau piégée dans un ressassement malsain : notons qu’il faut 1h pour évacuer 1 min de colère ! Aidé par un panel très complet de termes pour exprimer ses ressentis, on recommande d’exprimer uniquement les faits en parlant de ses besoins, sans masquer ses sentiments et sans accuser non plus. Par exemple, « Le temps que vous mettez à me donner une réponse pour ma prestation me donne l’impression d’un manque de respect pour mon travail. J’en retire une grande frustration. Pour vous satisfaire, j’ai besoin de réponses plus claires, dans un délai plus court, sinon je serais incapable d’honorer mon engagement. » (zut, flûte et reflûte)

Bien sûr, aucune recette miracle n’existe ! Toutefois, c’est avant tout à vous que vous rendez service en apprenant à vous débarrasser sereinement de votre irritation. Dans les écoles Montessori, on apprend aux touts petits à identifier leurs émotions avant qu’ils ne fassent de mauvaises associations, notamment grâce à L’imagier des émotions Montessori. Un ménage psychologique d’anticipation qui n’est pas du luxe ! À ce propos, on vous conseille vivement de lire l’article consacré à Maria Montessori, pour vous donner de bonnes idées éducatives, constructives et sereines. 

Vous arrivez à la fin de cet article qui vous aura, nous l’espérons, apaisée, tout en vous laissant convaincue qu’il ne faut pas laisser passer ce qu’on vous a fait ! Quoi qu’il en soit, racontez-nous votre dernier coup de gueule, qu’on puisse râler ensemble et oser relativiser ! Qu’est-ce qui a provoqué votre colère dernièrement et comment avez-vous réagi ? 

Charlotte Allinieu, web journaliste pour Celles qui Osent

Sources : 

tipeee-celles-qui-osent

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