Biographie de Katrin Jakobsdottir, Première ministre inspirante

Mais qui est donc Katrin Jakobsdottir ? Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant c’est la Première ministre féministe islandaise. Son parcours force le respect : d’étudiante passionnée de littérature à chef de gouvernement écolo, intègre… et mère de 3 enfants ! Comment est-elle arrivée jusque-là ? Pourquoi est-elle encore trop méconnue ? Quelle relation l’Islande entretient-elle avec le féminisme ? Celles qui Osent vous propose de découvrir la biographie de Katrin Jakobsdottir, une femme de convictions.

Biographie de Katrin Jakobsdottir : itinéraire singulier d’une femme venue du Nord

Une vraie pro du polar islandais

C’est à Reykjavik, la capitale islandaise, que naît Katrin Jakobsdottir en 1976. Elle grandit dans une famille de personnalités politiques et de gens de lettres. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle choisisse plus tard d’étudier l’islandais et le français à l’université. Après un parcours brillant, la jeune femme est parfaitement bilingue et devient conseillère linguistique, puis éditrice. Elle est même nommée maître de conférences à l’Université d’Islande en 2006.

Sur cette île très faiblement peuplée, la littérature policière est une institution à part entière et Katrin Jakobsdottir en est la preuve. En 2005, elle consacre sa thèse universitaire à Arnaldur Indriðason, véritable icône de la fiction en Islande. Elle s’interroge alors sur le lien entre les polars et l’identité nationale islandaise.

La jeune intellectuelle, future ministre de l’Éducation, croit surtout dur comme fer au pouvoir de la lecture. C’est pourquoi sa première mesure une fois au pouvoir est de ramener la TVA sur les livres de 11 % à 0 %. D’ailleurs, elle caresse le rêve de publier un jour un roman policier, preuve que politique et fiction ne sont pas si éloignées…

Un virage politique pour Katrin Jakobsdottir

Mais alors pourquoi cette intellectuelle est-elle devenue une femme politique ? Le socialisme et l’écologie ont toujours fait partie des combats de Katrin Jakobsdottir. En 2002, elle devient tout d’abord la présidente des jeunes du mouvement des verts et de gauche. Elle est en charge de sa vice-présidence 5 ans plus tard : elle entre alors à l’Althing, le Parlement islandais.

Pourquoi ce tournant politique, alors que sa carrière littéraire était toute tracée ? Pas de grandes explications, mais un simple désir d’aider les autres autour d’elle. En effet, la jeune femme se considère elle-même comme une personne aux convictions bien ancrées. Elle s’est toujours engagée socialement, que ce soit à l’école ou dans son syndicat de copropriété. Quand on l’interroge, elle déclare tout naturellement : « Quand l’engagement social et les opinions fortes vont de pair, ils se retrouvent naturellement dans la politique. »

Katrin Jakobsdottir : une réponse à la crise

La brutale désillusion des Islandais

Le destin de la future Première ministre est intrinsèquement lié au contexte de l’époque. D’abord, une crise financière éclate en 2008, surprenant le monde entier. Elle balaie de plein fouet une économie islandaise jusque-là florissante. Son système bancaire manque de s’effondrer et la dette explose. Le peuple islandais réagit avec vigueur. Aux journaux télévisés, on peut voir la naissance de la révolution islandaise. Entre octobre 2008 et janvier 2009, des dizaines de manifestations hebdomadaires ont lieu à Reykjavik. Les citoyens s’opposent à ce que les banques soient sauvées à n’importe quel prix.

La réaction politique ne se fait pas attendre : le gouvernement de centre droit au pouvoir se voit forcé de démissionner, ayant perdu toute crédibilité. En février 2009, le mouvement Gauche-Verts et le Parti social-démocrate décident de former un gouvernement de coalition. Katrin Jakobsdottir l’intègre en devenant la ministre de l’Éducation, de la Culture et des Sciences.

Les valeurs d’une Première ministre normale

Le président Guðni Jóhannesson la nomme finalement Première ministre de son gouvernement en 2017. Lors de sa nomination, elle est la seule écologiste à la tête d’un gouvernement au niveau mondial. Un de ses plus grands défis ? Faire en sorte que l’Islande atteigne la neutralité carbone d’ici 2040.

Si le nom de Katrin Jakobsdottir est encore peu connu à l’international, c’est en partie dû à son humilité. La nature intègre de la jeune femme lui a aussi permis d’éviter des scandales politiques. Une révolution tranchant avec le passé de l’Islande : son prédécesseur avait été cité dans la sombre affaire des Panama Papers… Un parcours on ne peut plus éloigné de cette personnalité populaire et accessible.

En 2016, un sondage révèle justement qu’elle est la personnalité politique à laquelle les Islandais font le plus confiance. Elle n’hésite pas à faire du porte-à-porte pour être au plus près de ses électeurs lors de ses campagnes électorales. Les jeunes et les femmes sont d’ailleurs ceux qui la soutiennent le plus et elle n’hésite pas à les défendre.

Les combats d’une Première ministre féministe

Maman et ministre à plein temps

L’égalité entre les sexes est une des priorités de ce pays nordique : une présidente gouverne l’Islande dès 1980. Johanna Sigurðardóttir, ouvertement homosexuelle, ouvre la voie en étant Première ministre de 2009 à 2013.

Des acquis bienvenus pour Katrin Jakobsdottir : en Islande, on accorde 3 mois de congé parental à chacun des parents, y compris ceux adoptants ou de même sexe. Une politique familiale engagée qui lui permet d’entrer au Parlement en 2007, alors qu’elle est enceinte de son deuxième enfant.

Si bien qu’elle confie avec fierté : « Je ne serais pas à la fois Première ministre et mère de trois merveilleux garçons si mon pays n’avait pas adopté certaines politiques familiales. »

De là à atteindre un idéal féministe ? Certes, l’Islande est un précurseur : les femmes y ont obtenu le droit de vote en 1915. En 2021, le forum économique mondial le classe même comme le pays respectant le mieux l’égalité des sexes. Mais la Première ministre reconnaît que la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes est loin d’être finie…

Quand Katrin Jakobsdottir s’empare de #MeToo

L’actualité internationale joue à nouveau un rôle dans ses choix. En 2016, le scandale Harvey Weinstein secoue la planète. De là, des femmes de tous horizons commencent rapidement à libérer la parole autour du harcèlement grâce au hashtag MeToo. La même année, la Première ministre féministe d’Islande décide de planifier un Congrès #MeToo. C’est le premier évènement international autour de la reconnaissance politique des violences et du harcèlement sexuel envers les femmes.

Le projet voit le jour en septembre 2019 à Reykjavik. Des figures du féminisme répondent à l’appel, comme Angela Davis, militante afro-américaine, à qui Celles qui Osent a consacré un article. Katrin Jakobsdottir préside les 3 jours de ce congrès et met l’accent sur le rôle de chacun. Elle explique : « Les gens me demandent, au regard du mouvement #Metoo, si j’ai déjà vécu une expérience similaire, et ma réponse est que c’est le cas pour chaque femme. Et pour beaucoup d’hommes aussi. C’est juste que l’on commence à en parler. »

Beaucoup de combats restent à mener pour Katrin Jakobsdottir. La Première ministre féministe souhaite voir aboutir la pleine égalité entre hommes et femmes d’ici 2030. Pour elle, il est de son devoir de créer un effet papillon, encourageant ainsi les autres nations à accélérer leurs propres démarches. La biographie de Katrin Jakobsdottir continuera sans doute à inspirer, en devenant auteure de polars glaçants et pourquoi pas Présidente de l’Islande…

Envie de découvrir une autre figure politique féministe d’aujourd’hui ? Le portrait d’Alexandria Ocasio-Cortez est à ne pas manquer.

Sources pour aller plus loin :

  • (pour celles et ceux qui ne sont pas fâchés avec l’anglais) Gunnarsson, Valur, « From Crime Fiction To Running The Government: Meet Iceland’s New Prime Minister », The Reykjavik Gravepine, 2018 ;
  • Jakobsdottir, Katrin, « Plaidoyer pour une économie inclusive », Femmes et Croissance, 2019 ;
  • Malaure, Julie, « Katrin Jakobsdottir, une pro du polar à la tête du gouvernement », Le Point, 2017.

Coline Cazoulat, pour Celles qui Osent

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