Billie Jean King, championne, icône gay et militante

Avec 100 nationalités le pratiquant, le tennis est le premier sport féminin mondial. Depuis l’instauration de la parité des gains dans les grands tournois en 2007, il fait figure d’exemple pour l’égalité hommes — femmes. Pourtant ce match n’était pas gagné d’avance, et la première balle a été frappée dans les années 1970 par une des plus talentueuses joueuses de cette époque : Billie Jean King. Sportive à dévoiler son homosexualité, cette championne hors du commun sur le court et en dehors a milité toute sa vie pour l’émancipation des femmes. Celles qui osent dresse le portrait de cette légende de la petite balle jaune.

La longue carrière d’une légende du tennis

Un jour d’été 1954, Susan Williams propose à sa camarade de classe de jouer au tennis. Alors âgée de 11 ans, Billie Jean King, née Moffit, lui répond : « C’est quoi le tennis ? ». La suite fait partie de l’Histoire…

Dans la famille Moffit, le sport est un art de vivre. Le père, Bill, est un basketteur talentueux tandis que le frère Randy se distingue en baseball. Mais l’argent se fait rare. Pour se procurer une raquette, Billie Jean cumule les petits boulots et achète des sucreries qu’elle revend un peu plus cher à ses camarades de classe. Elle débute le tennis sur les courts publics proches de chez elle, à Long Beach, en Californie. Brillante adepte du service – volée, elle suscite rapidement l’intérêt de la presse locale.

Les succès s’enchaînent. Durant sa carrière, Billie Jean remporte 126 titres en simple, dont 12 tournois du Grand Chelem (les plus prestigieux au monde). Elle triomphe 6 fois à Wimbledon et 4 fois à l’US Open, entre 1966 et 1975. Elle s’impose également lors de l’Open d’Australie de 1968 et à Roland Garros en 1972. Avec l’équipe américaine, elle gagne 7 Fed Cup, équivalent féminin de la coupe Davis. En 2020, rebaptisé Billie Jean King Cup, il est le premier tournoi sportif de l’histoire à porter un nom de femme.

De 1959 à 1990, la légende de la petite balle jaune a compté parmi les 10 meilleures joueuses mondiales pendant 17 ans. Elle est classée première à six reprises. En double, elle enchaîne 12 saisons en tant que numéro 1, ce qui constitue encore aujourd’hui un record. Billie Jean reste également la joueuse la plus âgée à s’être imposée dans un tournoi WTA (Women’s Tennis Association), au Classic de Birmingham de 1983, à 39 ans.

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Billie Jean King, celle qui ose sur tous les terrains

La passion de Billie Jean King pour son sport ne l’empêche pas d’avoir un regard critique.

À 12 ans déjà, elle constate : « Tout le monde porte des chaussures blanches, des chaussettes blanches, des vêtements blancs, joue avec des balles blanches et tous les joueurs sont blancs. Où sont les autres ? ».

Dès lors, elle ne cesse de lutter pour la liberté et l’égalité des droits. Pas seulement pour les femmes, mais pour tout le monde. Son arme sera la notoriété acquise grâce au tennis.

En 1970, les tenniswomen ne sont pas catégorisées en tant que professionnelles, et sont en moyenne huit fois moins payées que leurs homologues masculins. La grogne et la frustration montent parmi les joueuses. Aussi, neuf d’entre elles décident de se rebeller contre l’ordre établi, avec à leur tête Billie Jean King. Le 23 septembre 1970, le groupe, baptisé Original 9, signe un contrat professionnel de 1 dollar symbolique avec Gladys Heldman, fondatrice du magazine World Tennis. Malgré le risque d’interdiction de participer aux tournois du Grand Chelem, les jeunes championnes tiennent bon. Billie Jean, alors numéro 1 mondiale, menace de boycotter l’US Open, et finalement la Fédération de tennis ne prend aucune sanction.

Gladys Heldman reçoit rapidement l’appui du cigarettier Philip Morris. Sa marque de cigarettes Virginia Slims, destinée aux femmes, financera le tournoi féminin du même nom, le 25 septembre 1970. Le succès est tel que, dès l’année suivante, Virginia Slims parraine 19 tournois supplémentaires. Deux ans plus tard, en 1973, Billie Jean King fonde le premier circuit professionnel de tennis féminin, la WTA, et obtient la parité des gains à l’US Open.

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Un duel historique : Billie Jean King la féministe face à Bobby Riggs le macho

Le match intitulé la bataille des sexes est un épisode clé de l’histoire du tennis, pourtant peu connu en dehors des États-Unis. Il débute au printemps 1973. Bobby Riggs, 55 ans, est un ancien joueur et numéro 1 mondial dans les années 1940. Depuis sa retraite, il organise des matchs loufoques et aime attirer l’attention sur lui. Il proclame ainsi la supériorité biologique du tennis masculin et compte bien le prouver sur le court. Billie Jean King, 29 ans, intelligente, audacieuse et au sommet du classement féminin, se retrouve naturellement dans le viseur de Riggs. Cependant elle refuse de se donner en spectacle et décline le défi. Sa rivale, l’Australienne Margaret Court, accepte. La rencontre a lieu le 13 mai 1973 et Court subit une défaite cinglante. Le score est de 6-2, 6-1 pour le vainqueur.

Riggs intitule sa victoire « le massacre de la fête des Mères ». Électrisé, il relance Billie Jean King. Celle-ci accepte cette fois-ci, consciente de l’enjeu. « J’ai su à ce moment-là que je devais l’affronter. Nous, les femmes, étions en train d’obtenir de véritables progrès. Je voulais que ça continue », déclare-t-elle plus tard. Pendant des mois Bobby Riggs multiplie provocations et allégations misogynes, et se surnomme lui-même « Roi des porcs chauvins mâles ». La pression monte pour Billie Jean… « J’avais l’impression que si je perdais, ça nous ramènerait 50 ans en arrière ».

La confrontation se déroule à l’Astrodome de Houston le 20 septembre 1973. Il s’agit à l’époque du match de tennis le plus médiatisé dans le Monde. Près de 31 000 spectateurs et 90 millions de téléspectateurs y assistent. L’arrivée des deux athlètes est très théâtrale. Bobby Riggs entre sur un chariot tiré par des mannequins en tenue légère. Billie Jean King, portée par 4 hommes torses nus sur un palanquin égyptien, se prête avec humour à la farce.

La rencontre se joue en trois sets gagnants. Le début tourne à l’avantage de Riggs, qui réalise un break et mène 4-2 dans la première manche. Mais Billie Jean a appris de la défaite de Margaret Court. Au lieu d’utiliser sa technique agressive de service – volée, elle décide de tenir sa ligne de fond pour épuiser son adversaire. La tactique est payante car Riggs ne gagne plus un jeu, et elle lui arrache le premier set sur un score de 6-4. La suite du match est à sens unique, et elle remporte facilement les deux sets suivants 6-3, 6-3. À l’issue, le vaincu saute toutefois par-dessus le filet pour féliciter la jeune femme et lui glisser : « Vous savez, je vous ai vraiment sous-estimé ».

Pour en savoir plus sur ce match historique, n’hésitez pas à regarder le film The battle of the sexes, avec Emma Stone et Steve Carell dans les rôles principaux.

La première athlète à faire son coming-out

Sur le plan privé, Billie Jean King fait la rencontre de Larry King en 1963 et l’épouse en 1965. En 1979, l’assistante personnelle de Billie Jean se retrouve paraplégique à la suite d’un accident survenu dans la maison qu’elle habite à Malibu, propriété des époux King. Elle se nomme Marilyn Barnett, et remplit les rôles de manager et confidente. Selon ses dires, la championne de tennis lui aurait promis de subvenir à ses besoins et lui céder la maison. Pour faire pression, Barnett menace de révéler la relation et la correspondance intime entretenue entre les deux femmes entre 1972 et 1979. En avril 1981, elle décide d’intenter un procès à Billie Jean King, en s’appuyant sur une jurisprudence californienne concernant la communauté de biens hors mariage.

À ce moment-là, Billie Jean dispute un tournoi à Orlando et ses avocats publient un communiqué niant les faits. Ils essayent de dissuader la joueuse pendant 48 heures, mais celle-ci finit par décider de révéler son homosexualité. Elle est la première sportive à le faire. Elle convoque la presse à Los Angeles le 1er mai 1981 pour l’annoncer. En 2017, elle confiait à NBC News : « J’ai dit, “Je vais le faire. C’est important pour moi de dire la vérité”. C’est ce que ma mère me répétait tout le temps : sois fidèle à toi-même ».

Les médias de l’époque saluent son courage et son honnêteté. Alors qu’elle propose de quitter la présidence de la WTA, ses collègues joueuses lui demandent de rester. L’une d’elles, Pam Shriver, déclare : « Je pense qu’aucune joueuse ne perdra le respect dû à Billie Jean, étant donné ce qu’elle a accompli pour le tennis. Ces quinze dernières années, elle a pratiquement fait le tennis féminin à elle seule. Je pense en revanche que ça aura un impact sur ses sponsors ».

Et en effet, 24 heures après la conférence, tous ses sponsors lâchent Billie Jean King. Cependant, le verdict rendu par la justice californienne est en sa faveur. Le juge estime qu’il n’existe pas assez de preuves que Billie Jean ait promis la maison de Malibu, et que la méthode employée par la plaignante relève de l’extorsion. Larry King soutient son épouse durant toute la tourmente du procès. Leur divorce ne survient que bien plus tard, en 1987, lorsque Billie Jean tombe amoureuse de sa partenaire de double, Iliana Koss. Ils resteront toutefois en bons termes.

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Venant d’un milieu modeste, Billie Jean King s’est frayé un chemin au sommet du tennis mondial. Persuadée dès le plus jeune âge que le sport peut changer les mentalités, elle est allée au bout de ses engagements physiques et moraux. Son courage a été une source d’inspiration pour des championnes comme Serena Williams, et un catalyseur de la libération de la parole chez les athlètes homosexuels. En 2009, le Président Barack Obama lui remet la Médaille de la Liberté, la plus haute distinction civile des États-Unis. En 2014, il l’intègre à la délégation américaine aux Jeux olympiques de Sotchi, en réponse aux lois homophobes promulguées en Russie par Vladimir Poutine.

 

Guillaume Cartier, pour Celles qui Osent

Sources :

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