Anne-Sophie Pic, la femme chef la plus étoilée au monde

Propriétaire du célèbre restaurant gastronomique la Maison Pic à Valence, Anne-Sophie Pic comptabilise pas moins de huit étoiles au Guide Michelin depuis le début de sa carrière. Une consécration pour cette passionnée qui ne doit son succès qu’à elle-même. Mais qui se cache derrière la cheffe la plus étoilée au monde ? La biographie d’Anne-Sophie Pic nous dévoile le profil atypique d’une cuisinière autodidacte, en quête perpétuelle de perfection et dont l’audace lui permet d’occuper une place de choix dans un univers encore très masculin. Portrait d’une femme déterminée et engagée, au parcours exemplaire.

Biographie d’Anne-Sophie Pic : une autodidacte au destin hors du commun

Une histoire de famille avant tout

Chez les Pic, la passion de la cuisine a toujours existé. C’est Sophie, fermière en Ardèche et arrière-grand-mère d’Anne-Sophie, qui ouvre le premier restaurant familial dès 1889 : l’Auberge du pin. André, son grand-père, prend la relève en 1929. Reconnu notamment pour ses célèbres gratins de queues d’écrevisses et ses poulardes en vessie, il fait partie des premiers chefs triplement récompensés par le Guide Michelin en 1934 puis en 1939. Alors qu’il se destinait à une carrière dans le secteur automobile, c’est au tour de Jacques, son père, de perpétuer la tradition familiale en reprenant les rênes de l’établissement en 1956. En proposant une cuisine revisitée, plus moderne, il parvient à regagner en 1973 les trois étoiles perdues après-guerre.

Son retour aux sources

Déterminée à poursuivre un autre chemin professionnel, Anne-Sophie Pic décide de suivre des études dans une école de commerce parisienne et débute sa carrière dans l’industrie du luxe. Finalement, la passion de l’art culinaire s’impose à elle, et dès 1992, sans aucune formation préalable, elle rejoint son père derrière les fourneaux. Lorsque celui-ci décède brutalement quelques mois plus tard, son frère reprend l’entreprise familiale. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous et la Maison Pic perd sa troisième étoile au Guide Michelin en 1995. À 23 ans, elle décide alors de se consacrer totalement à la cuisine en prenant à son tour la direction du restaurant, tandis que son mari, David Sinapian, se charge de la gestion de l’établissement.

La naissance d’un empire culinaire

Remarques déplacées et irrespectueuses, manque de crédibilité, critiques… le cordon-bleu essuiera de nombreux revers avant de se faire repérer par les amateurs de bonne chère. Il lui faudra 10 ans pour se former et devenir une cuisinière d’excellence. Travailleuse émérite et volontaire, ses créations innovantes lui vaudront alors de récupérer une troisième étoile en 2007 et de remporter le prestigieux prix Veuve Clicquot de la « Meilleure femme chef du monde » remis par la revue britannique Restaurant en 2011. En parallèle, sa soif d’entreprendre lui permet de développer ses établissements de façon fulgurante. Tout d’abord à Valence, avec un hôtel affilié Relais & Château qui voit le jour dans l’enceinte du restaurant La Maison Pic, et l’école de cuisine Scook. Puis en France et à l’étranger, avec de nombreuses adresses de renommée. L’entreprise devient alors le Pic Group, un véritable empire culinaire.

⏩ À lire aussi : Réseaux de femmes entrepreneures

Le style audacieux d’une cheffe aux multiples récompenses

Une identité culinaire libre et osée

À force de caractère et de pugnacité, la maîtresse restauratrice a choisi d’orienter son menu vers un univers qui lui ressemble : audacieux, passionné et sensible. Seulement guidée par ses sens et son intuition, Anne-Sophie Pic a découvert la technique sur le tas. Sa détermination lui permet d’oser des associations inédites et des recettes originales aux saveurs méconnues. Animée de sa liberté créative, elle aime travailler des produits souvent délaissés ou peu explorés par la haute gastronomie. Parmi ses plats signatures : les asperges blanches fondantes et coulant aromatisé au café arabica, ou encore les berlingots coulants au crémeux de chèvre de Banon.

Une perfectionniste en quête d’émotions

Avec le temps et l’expérience, la cheffe impose un style culinaire osé et résolument moderne, un bel équilibre entre son héritage familial et sa propre créativité. En quête permanente de perfection, elle est constamment dans l’action et la réflexion, avec pour objectif ultime d’offrir une cuisine singulière, un savoureux mélange d’audace et de délicatesse. Soucieuse de transmettre des émotions à travers ses mets, elle met un point d’honneur à revisiter régulièrement son menu. Chaque repas se doit d’être un moment hors du temps, vecteur de découvertes subtiles et toujours différentes. Une identité culinaire tout en féminité !

La cheffe trois etoiles Anne-Sophie Pic
Anne-Sophie Pic, une cheffe qui lutte contre les stéréotypes dans un univers encore très masculin. Source : Arnaud 25 – Wikimedia Commons

 

La carrière inspirante et engagée d’Anne-Sophie Pic

La reconnaissance d’une femme cheffe en cuisine

Trop préoccupée à être « admise par les hommes » lors de ses débuts derrière les fourneaux, Anne-Sophie Pic ne s’était « pas particulièrement occupée des autres femmes » à l’époque. En 2018, elle déclare à l’AFP :

« Je me disais : tu es une femme, il faut que tu travailles, que tu avances, que tu aies ta signature culinaire, et que les hommes t’acceptent »

Par son talent, la cheffe a su imposer le respect inconditionnel des gastronomes du monde entier, et notamment celui de ses pairs. Pour preuve de son génie culinaire, la plupart de ses établissements sont largement récompensés : deux étoiles pour le restaurant au Beau-Rivage Palace à Lausanne, une étoile pour « La Dame de Pic » à Paris et deux étoiles pour sa version londonienne. Et la cuisinière ne cache pas ses ambitions d’obtenir très bientôt deux étoiles pour la « La Dame de Pic » Singapour, sa première adresse en Asie. Une performance remarquable dans un monde encore très masculin.

La cuisine au féminin

Tout comme sa consœur Hélène Darroze, également triple étoilée, ce palmarès prestigieux a fait d’elle une véritable source d’inspiration pour toutes celles qui souhaitent s’orienter vers cette profession. En 2017, elle participe au documentaire À la recherche des femmes chefs de la journaliste Vérane Frédiani. Cette expérience est une révélation pour la restauratrice, qui prêche désormais la sororité et la force au féminin. Elle s’applique à employer jusqu’à 80 % de femmes dans ses établissements : « Dans une cuisine, la présence de femmes rend les hommes meilleurs », souligne-t-elle. Et bien que la parité soit loin d’être atteinte dans le monde de la gastronomie, elle se veut encourageante et optimiste :

« Mon conseil est de rester fidèle à soi-même, de ne pas adopter une autorité masculine pour être respectée, car cela ne marche pas. Il faut rester une femme en cuisine» (Interview pour le JDD, 2017)

Regardez la bande-annonce de « À la recherche des femmes chefs », le film documentaire signé Vérane Frédiani :

⏩ À lire aussi : Présidentielle 2022 : quelle place pour les droits des femmes ?

Une femme de cœur

Sa stature privilégiée et sa notoriété dans les hautes instances gastronomiques ne l’ont pas empêchée de se tourner vers les autres. Particulièrement sensible au domaine de l’enfance, elle a fait de l’éducation au goût une priorité, en se donnant comme mission de transmettre le plaisir de manger. En 2010, elle rejoint le cercle de ces femmes inspirantes engagées pour le bien-être des enfants et crée la fondation Donnons du goût à l’enfance, dont l’objectif est d’aider les tout-petits atteints de troubles alimentaires depuis la naissance à apprivoiser les saveurs, les textures et parfums. Une manière pour elle d’allier les bienfaits de la cuisine à l’épanouissement des plus jeunes, tout en respectant ses convictions personnelles de mettre la relation humaine au cœur de sa création.

Elle ne s’imaginait pas derrière les fourneaux, et pourtant Anne-Sophie Pic fait aujourd’hui partie des plus grands de la haute gastronomie. Femme de défis, sa biographie montre qu’elle a su s’imposer, dès ses débuts, dans un univers masculin avec force et courage jusqu’à obtenir la consécration et la reconnaissance de ses pairs à travers le monde. Engagée, elle s’emploie à mettre sa notoriété au service des autres, et notamment des femmes en prônant la mixité en cuisine. Un modèle pour toutes les futures jeunes cheffes !

💌 Abonnez-vous à notre newsletter et découvrez chaque semaine une actualité décryptée spécialement pour nos abonné·e·s !

Laurence Chavaroc, pour Celles qui Osent

Sources :

Celles qui osent instagram
À ne pas rater !
Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter !

 

☕️ Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque semaine !

Adresse e-mail non valide
En validant votre inscription à notre newsletter, vous acceptez que Celles qui osent mémorise et utilise votre adresse email dans le but de vous envoyer chaque semaine notre lettre d’information. Vous pouvez vous désinscrire à tout moment à l’aide du lien de désinscription ou en nous contactant via le formulaire de contact.
2 Comments
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Vous aimez Celles qui osent ?

Suivez la newsletter… 💌

👉  Et découvrez une actu décryptée en exclusivité pour nos abonné·e·s chaque mois !

Merci pour votre abonnement !