Alexandra David-Néel : l’aventurière aux multiples facettes

S’il y a des femmes qui ont le pouvoir d’inspirer profondément les autres de par leurs histoires, alors, Alexandra David-Néel en fait bien partie ! Féministe, cantatrice et exploratrice-bouddhiste française, elle est surtout connue comme étant la première occidentale à avoir pu pénétrer dans la cité interdite de Lhassa. Découvrez sans tarder l’épopée de cette fabuleuse aventurière aux multiples facettes…

Une jeunesse tourmentée et engagée

Fille unique de Louis David, ancien militant de la Révolution française et d’Alexandrine Borghmans, fervente catholique belge, Alexandra David-Néel voit le jour à Saint-Mandé le 24 octobre 1868. Entre père désargenté et épouse austère, la naissance d’Alexandra ne fera qu’amplifier les motifs de dispute au sein du couple. Louis David, révolté par l’exécution des derniers communards au cimetière du Père-Lachaise, décide d’y amener sa fille, alors âgée d’à peine deux ans, pour qu’elle n’oublie jamais la férocité des hommes. La famille David s’expatriera par la suite en Belgique.

La jeunesse d’Alexandra sera bercée entre lectures de récits de voyages, rêves de pays lointains et tourmentes. À l’adolescence, inspirée par des biographies de saints, elle s’infligera bon nombre d’austérités telles que des jeûnes et tortures corporelles diverses. C’est d’ailleurs à 15 ans, en vacances à Ostende avec ses parents, qu’elle entreprend sa première fugue vers l’Angleterre.

Durant toute sa jeunesse, notre future exploratrice fréquente Élisée Reclus, un ami de son père. C’est ce dernier qui va l’amener à s’intéresser très tôt aux idées anarchistes et féministes de l’époque, qui l’inspireront dans la rédaction de livres et de journaux.

Parallèlement, elle fréquentera la franc-maçonnerie jusqu’à ses 21 ans, âge auquel elle décidera de se convertir au bouddhisme. La même année, elle partira en Angleterre pour perfectionner son anglais, langue indispensable à sa future carrière d’orientaliste. Et enfin, l’année suivante, elle s’initiera au sanskrit et au tibétain à Paris.

Alexandra David-Néel : de cantatrice à femme mariée

Suite à l’incitation de son père et afin d’épauler sa famille, Alexandra entre au conservatoire de Bruxelles où elle étudie le piano et le chant. Après avoir reçu un premier prix, elle occupera, sous le nom d’Alexandra Myrial, le rôle de première chanteuse lyrique à l’opéra d’Hanoï (Indochine). Elle exercera en tant que cantatrice pendant 14 ans notamment à Tunis, où elle rencontrera Philippe Néel, ingénieur en chef des chemins de fer et cousin éloigné.

C’est à l’âge de 36 ans, qu’Alexandra David-Néel épouse Philippe, son amant depuis plus de 4 ans et abandonne le chant pour poursuivre ses travaux intellectuels. Mais, notre aventurière ne désire pas d’enfants. N’étant, du moins que l’on puisse dire, pas vraiment faite pour la vie de foyer, le couple connaîtra des moments difficiles. Lors de son 3e départ pour l’Inde, Alexandra promet à Philippe d’être de retour dans 18 mois, mais ne reviendra finalement que 14 ans plus tard… Pourtant, les époux resteront unis par un lien d’amitié profonde et continueront de s’écrire jusqu’à la mort de Philippe. Celui-ci deviendra même son protecteur et l’aidera à financer ses divers voyages initiatiques.

L’exploratrice-bouddhiste française la plus célèbre du XXe siècle

Arrivée au Sikkim, à l’âge de 43 ans, Alexandra se lie d’amitié avec Sidkéong Tulku Namgyal, fils aîné du souverain de ce royaume. Elle entreprend alors la visite de plusieurs monastères dans le but d’améliorer sa connaissance du bouddhisme. Et c’est dans l’un de ces derniers qu’elle fait la rencontre de l’adolescent Aphur Yongden, qui deviendra son futur fils adoptif. Tous les deux partiront pour un ermitage à plus de 4 000 mètres d’altitude où Alexandra passera plusieurs mois à méditer dans une caverne. Aphur continuera de la suivre dans tous ses périples, et ce jusqu’à la fin de ses jours.

À la même période, accompagnée du lama kazi Dawa Samdup, son guide, interprète et professeur tibétain, Alexandra David-Néel fera la connaissance du 13e Dalaï-Lama en exil, qui la reconnaîtra comme vraie bouddhiste.

Comme il lui était impossible de rentrer en Europe, compte tenu de la guerre, notre pionnière, accompagnée de son fils adoptif, continua ses périples à travers la Chine, le Japon, la Corée, l’Inde et le Tibet. Pendant toutes ces années, elle poursuivra ses rencontres avec d’imminents lamas, ce qui lui vaudra d’être reconnue dans le monde bouddhiste d’Asie partout où elle se rendra. Elle rapportera d’ailleurs d’innombrables photographies et souvenirs d’aventures ainsi que bon nombre d’enseignements tibétains.

La première femme occidentale à entrer à Lhassa

C’est en 1916 que notre exploratrice, ignorant les interdits, rentre pour la première fois au Tibet. Bien que très chaleureusement accueillie, son retour au Sikkim se solde par un avis d’expulsion immédiat de la part des autorités anglaises. Ce n’est donc qu’en 1924, après plusieurs années de vadrouille en Asie, qu’elle retente le coup.

Entre 1923 et 1924, Alexandra David-Néel, âgée de 56 ans, accompagnée de son fils adoptif, parcourt plus de 2 000 km à travers l’Himalaya. Allait-elle abandonner ? Bien sûr que non ! Déguisée en mendiante pour dissimuler son identité, après avoir vaincu le froid, les tempêtes, la faim et l’épuisement, franchi des cols de plus de 5 000 mètres, notre héroïne atteint finalement les portes de la cité interdite de Lhassa. Elle est la première femme européenne à avoir accompli cet exploit.

L’intermède européen et le périple sino-tibétain

Après son séjour à Lhassa, Alexandra décide de rentrer en France. En quête d’un coin de soleil au calme, elle opte pour une petite maison à Digne-les-Bains. Elle en fera le premier ermitage et sanctuaire lamaïste français et y écrira de nombreux livres relatant ses périples asiatiques. Toujours accompagnée de son fils, elle passera plusieurs années à rédiger et à effectuer de grandes tournées et conférences à travers l’Europe.

Mais notre incorrigible exploratrice était loin d’avoir décidé de prendre sa retraite. C’est ainsi qu’à l’âge de 69 ans, avec Yongden, elle entreprend de partir à bord du Transsibérien en direction de la Chine, dans le but d’apprendre le taoïsme. Malheureusement, tous deux se retrouvent en pleine guerre sino-japonaise, avec son lot d’horreur, de famine et d’épidémie. Sans le sou, essayant tant bien que mal de fuir, ils errent près d’un an entre les combats avant d’atteindre le Tibet. À la même période, la nouvelle de la mort de son mari et ami Philippe l’affectera énormément. Elle effectuera alors une longue retraite de 5 ans avant de rejoindre définitivement la France.

L’écrivaine orientaliste de Digne-les-Bains

Rentrée à Digne-les-Bains afin de gérer les histoires de succession de son mari, Alexandra se remet aussitôt à l’écriture. À 87 ans, elle subit brutalement la perte de son fils Yongden, se retrouvant ainsi définitivement seule. Elle engage alors Marie-Madelaine Peyronnet comme secrétaire personnelle et consacre toute la fin de sa vie à son rôle d’orientaliste, répandant les sagesses et secrets bouddhistes au travers de ses nombreux ouvrages et essais. Elle recevra, durant ces années, diverses visites de fans venus d’un peu partout.

L’indomptable voyageuse s’éteint à presque 101 ans, quelques jours après avoir introduit une demande de renouvellement de passeport ! Ses cendres seront transportées à Varanasi par Marie-Madeleine Peyronnet, pour être dispersées dans le Gange avec celles de son fils. Sa maison, nommée Samten Dzong ou encore « forteresse de la médiation », léguée à la ville de Digne-les-Bains, devient musée de France.

 

Choisissez une étoile, ne la quittez pas des yeux. Elle vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine.

 

Si sa vie extraordinaire et sa force de caractère n’ont jamais cessé d’inspirer les voyageurs, Alexandra David-Néel n’en reste pas moins un véritable symbole d’accomplissement et de détermination pour toutes les femmes du monde. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de documentaires et écrits qui relatent son histoire… Si vous souhaitez découvrir l’existence d’une autre exploratrice connue, je vous invite à lire la biographie d’Amélia Earhart, pionnière de l’aviation et icône de l’émancipation féminine.

 

Amandine Roche – LinkedIn et Blog

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