Amelia Earhart : icône de l’émancipation de la femme

Pionnière de l’aviation, elle était incontestablement en avance sur son temps. Plus de 80 ans après sa disparition dans l’océan Pacifique, cette femme libre continue à nous fasciner. Tout au long de sa trop courte existence, Amelia encourage la gent féminine à prendre son destin en main. Elle défend les valeurs d’une société où les femmes seraient indépendantes et auraient accès aux mêmes privilèges que les hommes. Depuis presque un siècle, elle inspire ses semblables à travers le monde. Grâce à sa personnalité volontaire, flamboyante et terriblement attachante, Amelia Earhart est devenue une icône de l’émancipation de la femme. C’est une des figures les plus marquantes de notre époque.

Une enfance libre et atypique

Amelia voit le jour à Atchison, au Kansas en 1897. Elle grandit chez ses grands-parents, sous l’œil attentif d’une mère qui refuse d’élever ses enfants en gentilles petites filles. Elle les laisse donc porter des culottes courtes, grimper aux arbres et chasser les rats au fusil. Amelia est la meneuse du duo qu’elle forme avec sa sœur cadette. Elle a déjà tout d’une aventurière.

C’est à l’âge de 10 ans qu’elle voit pour la première fois un avion. Mais elle ne trouve aucun intérêt à cet assemblage de bois, de ferraille et de toile.

La Première Guerre mondiale éclate, elle ressent alors le besoin d’agir. Elle rejoint sa sœur au Canada, et s’engage dans un hôpital militaire. Elle se forme comme aide-soignante, auprès des soldats rapatriés. 

À 21 ans, elle contracte la grippe espagnole. Pendant sa convalescence, la jeune femme se documente beaucoup sur les femmes qui ont marqué l’Histoire. Elle est fascinée par celles qui osent se faire une place dans les domaines traditionnellement réservés aux hommes.

Du rêve à la réalité, une femme intrépide

En 1920, elle assiste à une démonstration aérienne en Californie. Intriguée, elle effectue un baptême de l’air dès le lendemain à bord d’un biplan. En quittant le sol, elle sent au plus profond d’elle-même qu’elle deviendra pilote. 

Ce genre d’apprentissage est difficilement accessible à une femme, mais elle a un caractère de battante pour surmonter tous les obstacles. Elle économise en exerçant différents métiers et peut commencer à piloter à 24 ans. Elle commence sa formation aux côtés d’une autre pionnière de l’aviation : Neta Snouk. 

Quelques mois plus tard, elle a suffisamment d’argent pour s’offrir son premier biplan jaune d’occasion, qu’elle surnomme Canary. Elle a plusieurs accidents avec cet avion peu fiable, mais c’est à son bord qu’elle bat son premier record en 1922. Le record féminin d’altitude. Elle monte à 14 000 pieds, soit 4 300 mètres. 

Amelia devient la 16e femme au monde à obtenir son brevet de pilote de la fédération aéronautique internationale.

Une personnalité audacieuse au service de la cause féminine

Obligée de vendre son avion par manque de moyens, elle accepte un poste d’assistante sociale à Boston. Sa passion est mise de côté, mais elle se sent à sa place en aidant des femmes et des enfants immigrés. 

En 1927, Charles Lindbergh survole pour la première fois l’Atlantique en solitaire. C’est un exploit qui propulse l’aviation au-devant de la scène. Certains riches mécènes souhaitent financer la traversée de l’Atlantique par une femme. C’est ainsi que début 1928, Amelia est contactée pour participer à cette expédition hasardeuse (5 femmes ont tenté sans succès l’aventure l’année précédente, dont 3 ont disparu en mer). 

Elle accepte, bien que pour les messieurs qui organisent ce vol, il est hors de question qu’elle soit aux commandes de l’avion. Elle tiendra le journal de bord. La traversée entre Terre-Neuve et le pays de Galles est un succès. La passagère sera acclamée à son arrivée, ainsi qu’à son retour aux États-Unis. 

Amelia garde pourtant un goût amer de cette expérience, disant même qu’elle n’a été qu’un vulgaire sac de patates. Par contre, elle laisse entendre qu’elle le fera peut-être un jour en solitaire. Elle reste honnête et humble et renvoie tout le mérite de la performance à ses deux compagnons. 

La célébrité rencontrée grâce à cette aventure lui permet de reprendre ses activités aéronautiques et de battre quelques records elle-même. Elle écrit un livre sur leur traversée, qui remporte un franc succès. Il est temps pour elle de prouver au monde que les femmes sont capables d’en faire autant que ces messieurs.

La première femme à survoler l’Atlantique en solitaire

Après avoir décliné 6 demandes en mariage de George P. Putnam, son éditeur, elle accepte enfin de se marier avec lui en 1931, sous certaines conditions. Elle ne renoncera pas à sa carrière, et refuse d’être liée à lui selon un code de fidélité médiéval. C’est un couple résolument moderne. Amelia a trouvé l’homme qui partagera sa vie sans compromettre son indépendance.

George lui offre un autogire. Elle devient la première femme à piloter ce genre d’engin et établit de nouveaux records à travers les États-Unis. Mais elle n’a pas oublié sa promesse. Ensemble, ils organisent la traversée en solitaire de l’aviatrice. Plusieurs femmes projettent ce vol, elle se doit d’être la première. Entourée d’une équipe compétente, qui prépare minutieusement le Lockheed Vega rouge, Amélia travaille ses connaissances en mécanique, météorologie et cartographie.

Elle s’envole le 20 mai 1932 de Terre-Neuve et atterrit 15 heures plus tard en Irlande du Nord. Le vol a été très éprouvant. Elle a eu une panne d’altimètre, une tempête et du givrage, alourdissant l’avion et la forçant à descendre de nuit pour trouver des températures positives. 

C’est la gloire ! Elle est la première femme et la deuxième personne au monde, après C. Lindbergh, à avoir traversé l’Atlantique en solitaire. 

À une époque où les femmes ne conduisaient pas, voir cette femme se poser en avion dans un champ, en provenance d’Amérique, était extraordinaire.

L’icône de l’émancipation féminine est née

Fin 1932, Amelia milite en faveur d’un nouvel amendement pour l’égalité des droits pour les femmes. À travail égal, les femmes devraient recevoir le même salaire que les hommes. Elle s’inscrit au National Women’s Party

En poursuivant ses exploits en l’air, soutenue par son mari, elle bat plusieurs records. Elle veut encourager les femmes à vivre leur vie de manière plus indépendante.

Elle prépare une nouvelle expédition très risquée, le survol du Pacifique d’Hawaï à Oakland en Floride. Plusieurs aviateurs ont déjà perdu la vie en tentant cette route. 

Amelia est la première personne à réussir ce vol en solo. Plus rien ne l’arrête. Le président Roosevelt, lui-même, la félicite et met l’accent sur la capacité des femmes à pratiquer l’aviation.

Grâce à une grande récolte de fonds, notre aventurière peut s’offrir l’avion de ses rêves : un Lockheed Electra 10E. À son bord, elle a le projet d’être la première femme à boucler le tour du monde par l’équateur, le plus long périple possible. Elle embarquera avec un navigateur aérien hors pair, Fred Noonan, instructeur à la Pan Am. Elle a le soutien du président Roosevelt, ce qui leur permet d’obtenir toutes les autorisations indispensables. Une année complète sera nécessaire à la préparation de ce projet fou.

Le mystère de sa disparition

Le premier essai de tour du monde au départ d’Oakland a lieu en mars 1937. Il se termine à Hawaï, après un décollage manqué. L’appareil subit de gros dommages et nécessite plusieurs mois de réparations.

Le projet change. Afin d’avoir les meilleures conditions météo, le tour du monde s’effectuera en direction de l’est. Le nouveau départ a lieu à Miami le 20 mai.

Pendant son voyage, Amelia observe et se préoccupe beaucoup de la position de la femme dans les sociétés qu’elle traverse. Les escales se succèdent en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie et en Australie. Après un mois de vol, ils arrivent à Lae en Nouvelle-Guinée. L’étape la plus délicate les attend. L’équipage doit atteindre une île minuscule au milieu du Pacifique. Fred Noonan, navigue à l’estime, à la boussole et grâce à l’observation des étoiles. On est encore loin de l’avènement du GPS. 18 heures de vol les séparent de leur prochain ravitaillement avant de rejoindre Hawaï. 

Malheureusement, l’avion n’arrivera jamais à destination.

Après 20 heures de vol, l’Itasca, le navire qui les attend sur la petite île de Howland, reçoit la dernière transmission d’Amelia. Elle cherche désespérément l’île, mais ne l’aperçoit pas dans la brume. 

Malgré l’importance des moyens de recherche mis en place, on ne saura jamais ce qui est advenu de cette femme exceptionnelle et de son navigateur.

Tout ce qu’elle a entrepris, elle l’a fait avec modestie, en laissant entendre que toutes les femmes pouvaient en faire autant. 

Elle restera à jamais, une pionnière de l’aviation, un symbole de l’égalité des sexes, une aventurière hors du commun et une icône fascinante du siècle passé.

Nicole Gachet du blog veggiepourlavie.com