Celles qui osent : l’histoire de l’héroïne de guerre Juliette Dodu

Espionne française, Juliette Dodu a sauvé la vie de près de 40 000 soldats lors de la guerre franco-allemande de 1870. À l’aide d’une dérivation fabriquée de façon artisanale, elle parvenait à intercepter les messages télégraphiques de l’ennemi. Chaque mot était alors retransmis aux forces françaises par le biais de lettres écrites par la jeune femme. Cette manipulation a aidé des milliers de soldats à éviter les pièges des Prussiens. D’abord condamnée à mort pour cet acte d’espionnage, elle sera ensuite relaxée. L’héroïne Juliette Dodu a été la première femme à obtenir la Médaille militaire de la Légion d’honneur. Quel a été le parcours de cette figure controversée de la Résistance ? Nous vous racontons son histoire dans les lignes qui suivent.

Qui était Lucie Juliette Dodu ? 

Pour comprendre les événements qui ont rendu Juliette Dodu célèbre, il faut d’abord s’intéresser au parcours général de sa vie. Lucie Juliette Dodu, fille de Lucien et Augustine Dodu, est née le 15 juin 1848 à Saint-Denis de La Réunion, d’une famille originaire du département de l’Indre. Deux ans seulement après sa naissance, elle perd son père, chirurgien officiant dans la marine militaire, qui décède de la fièvre jaune. Quelques années plus tard, sa mère se remarie et agrandit la fratrie avec deux autres enfants : Camille-Antoinette et Charles-Émile.

La famille alors ainsi recomposée fait quelques allers et retours entre le département d’Outre-mer et la métropole :

  • d’abord en 1855, avec une installation à Paris et une rentrée en pension pour Juliette ; 
  • plus tard, en 1859, la famille retourne à l’île de La Réunion pour trois ans : 
  • En 1862, les Dodu repartent à Paris. Augustine, la mère, devient institutrice dans un établissement de la capitale, et Juliette, sous-maîtresse ; 
  • en 1867, un troisième déménagement à La Réunion a lieu pour la famille, avant un retour définitif en métropole en 1869, suite à la disparition de Charles-Émile, le demi-frère de Juliette. 

Cette même année, la mère Dodu obtient un poste de directrice du bureau télégraphique de Pithiviers. Juliette y a d’abord été employée auxiliaire, puis directrice en 1870, afin de remplacer sa génitrice. À cette période de sa vie, elle a sauvé des milliers de soldats français d’une mort inéluctable. Écoutant à leur insu l’ennemi prussien, elle a permis aux combattants de sa patrie d’éviter les différentes embuscades. 

Femme, héroïne, maman puis autrice. En 1891, elle publie sous le pseudonyme de Lipp un livre, L’Éternel roman, dédié à la mémoire de Georges Sand. Elle est décédée en 1909, laissant derrière elle une trace sur plusieurs générations, présente encore aujourd’hui.

Héroïne de guerre à sa façon

C’est la guerre franco-allemande qui a marqué la vie de Juliette Dodu, à l’époque où la République française était envahie par la Prusse. Cette guerre (1870 – 1871) a opposé la France du Second Empire aux Allemands rassemblés derrière le royaume de Prusse. 

Après avoir occupé les régions de France allant du nord à l’est, l’ennemi n’a pas épargné Pithiviers. Les Prussiens, en effet, ont envahi la ville le 20 septembre 1870, soit quelque temps seulement après que Juliette est nommée directrice du bureau des télégraphes.

Dès cette date, les Prussiens se sont emparés du bâtiment dans lequel elle travaillait, afin de s’en servir pour communiquer entre eux. Toute la famille était alors contrainte de se retrancher au premier niveau de l’habitation, privée de tout. 

Fortuite découverte ou heureux hasard, un des fils de la station de Pithiviers traversait l’une des chambres de l’étage. Juliette eut l’ingénieuse idée de bricoler une dérivation de ses mains, en s’aidant de quelques outils basiques. Cette manipulation réalisée à l’aide d’un appareil récepteur lui a permis d’intercepter chaque dépêche entrante et sortante de l’adversaire grâce à une liaison en morse. Action simple pour la spécialiste qu’elle était, mais pourtant très risquée et périlleuse pour sa vie. 

Durant près d’une vingtaine de jours, la jeune femme a pu écouter attentivement les messages militaires que se passaient les Prussiens. Par courrier, et en toute discrétion, elle réussit à transmettre les communiqués de ses écoutes à l’état-major français. En agissant ainsi, elle sauva la vie de 40 000 soldats du général Aurelle de Paladines, à l’époque sur le front. 

Et pour cause, le général, prévenu des actions futures des Prussiens, avait mis en place des manœuvres afin d’éviter les débâcles. Une héroïne de guerre sans fusil d’assaut, mais au courage et à l’intelligence sans faille. 

Accusée d’espionnage et condamnée à mort

Les écrits qu’envoyait Juliette Dodu aux officiers supérieurs ont fini par être interceptés par l’armée prussienne. La ruse est alors découverte et le récepteur télégraphique est saisi. Cet acte d’espionnage l’a menée tout droit devant la cour martiale, où elle a été jugée coupable et condamnée à mort.

Courageusement, Juliette accepte son sort : “Je suis Française et ma mère aussi. J’ai agi pour mon pays. Messieurs, faites de moi ce que vous voudrez”. 

Il faut croire que la vie n’abandonne pas les plus vaillants. La guerre de 1870 se termine avant sa date d’exécution. Elle est donc sauvée de ce tragique destin. Graciée par l’empereur de Prusse Frédéric-Charles, puis libérée au moment de la signature de l’armistice, elle revient en France où son courage lui permettra d’obtenir la plus haute des distinctions militaires.

Elle fut tout naturellement mise à l’ordre du jour des postes des télégraphes et reçut une honorable mention du ministre de la Guerre de l’époque pour son héroïque dévouement. 

Juliette Dodu : première femme de l’histoire à recevoir la Légion d’honneur

Un décret sorti en 1870 offrit à Juliette Dodu, ainsi qu’à une vingtaine d’autres employés du service télégraphique, une mention honorable. En 1873, la vie reprend son cours et la demoiselle obtient le poste de responsable du bureau télégraphique d’Enghien-les-Bains. Ici, elle fera la connaissance du patron du journal Le Figaro. C’est le début de la célébrité : un article entier, nommé La légende Dodu, lui sera dédié.

En 1877, sa mention honorable obtenue se transforme administrativement en une médaille militaire. Symbole de la résistance française et saluée comme la nouvelle Jeanne d’Arc, Juliette Dodu a été la toute première femme à être nommée Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire en 1878. 

Deux ans après, elle devient inspectrice des écoles et salles d’asile, puis s’installe à Clarens, en Suisse. Juliette, morte en 1909, reçut des funérailles nationales, pour avoir intercepté des dépêches au péril de sa vie, puis avoir été condamnée à mort par l’ennemi et sauvée par la cessation des hostilités.

Une histoire tristement controversée

Près d’un siècle plus tard, l’histoire de Juliette Dodu a été de nombreuses fois controversée. Certaines personnes remettent en cause son passé, et soulèvent que certains faits se contredisent. 

Ses détracteurs racontent qu’aucun rapport militaire ne fait état de son sauvetage d’une armée et qu’elle n’aurait pas pu espionner les Prussiens, car elle ne comprenait pas l’allemand et n’aurait pas pu traduire les messages. Certains, même, avancent qu’elle aurait eu une liaison avec le Prince de Prusse et qu’elle aurait collaboré avec l’ennemi en étant un agent double. Des accusations toutes incertaines.

Il est probable que la bravoure de la jeune télégraphiste ait pu être enjolivée, au moment où la France avait le plus besoin de héros pour se remettre de sa dure défaite.

Pourtant, controverse ou non, Juliette Dodu demeure la première femme de l’histoire à avoir reçu la Légion d’honneur pour service militaire. 

À Pithiviers, on commémore encore son parcours devant la maison du télégraphe, pour lui rendre hommage. À La Réunion, de nombreuses rues et écoles portent son nom, afin de continuer à mettre en avant le courage dont elle a fait preuve. Pour le 100e anniversaire de sa disparition, un timbre lui a même été dédié. Aujourd’hui, on célèbre toujours Juliette Dodu, qui n’a jamais été oubliée.

Erika G. 

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