Interview de Sandra Rey, fondatrice de Glowee

Sandra Rey est entrepreneure et fondatrice de Glowee, une start-up parisienne ayant développé un système novateur de lumière biologique naturelle, s’inspirant des propriétés d’organismes vivants : la bioluminescence. Ce phénomène s’observe sur les lucioles, les vers luisants et plus de 80 % des espèces marines. Cette réaction chimique permet la production de lumière, de manière biologique ! Avec Glowee, Sandra Rey propose ainsi une alternative écologique pour illuminer le paysage urbain. Celles qui osent a rencontré pour vous une designer éclairée. 

Sandra Rey, designer industrielle

Dès son plus jeune âge, Sandra Rey rêve d’exercer un métier créatif, mais son environnement familial l’encourage à poursuivre dans un domaine plus rationnel. Après un baccalauréat scientifique, Sandra entreprend une année de préparation aux écoles d’art, puis teste les concours publics, « que je rate tous ! » Elle souhaite alors éviter à tout prix « l’école de commerce à laquelle me prédestinait mes parents ». Elle intègre Strate, l’école de design industriel de Sèvres. « J’ai découvert un monde passionnant, mêlant parfaitement créativité et pragmatisme dont je disposais. » Animée par un fort désir d’indépendance financière, dès sa deuxième année d’étude, elle travaille comme designer freelance, puis effectue de nombreux stages dans les domaines de la prospective et du futur. En fin de cursus scolaire, dans le cadre d’un concours, Sandra élabore un projet conceptuel sur la bioluminescence, s’inspirant des poissons des abysses. « La lumière, besoin universel, engendre des problématiques diverses telles que la pollution, la production de déchets non recyclables et la perturbation de la biodiversité. Il existe pourtant des biotechnologies qui nous permettent à ce jour de reproduire le phénomène de bioluminescence et il m’a semblé pertinent d’imaginer un applicatif concret. »  Son projet séduit le jury et elle obtient le prix du concours. 

Très vite projetée dans les médias, Sandra Rey est happée dans un engrenage vertueux. « J’ai découvert qu’il existait un réel marché. »  Un an et demi plus tard, en 2014, elle fonde donc sa start-up Glowee (traduction de lueur en anglais) tout en suivant des cours d’entrepreneuriat à l’école de commerce ESCP Europe. 

Glowee, start-up de biotechnologies environnementales

Oser éclairer la ville grâce à la bioluminescence

Glowee est une société de biotech pluridisciplinaire comprenant 9 chercheurs et ingénieurs en électronique, biotechnologies et physique des matériaux. 

« Nous avons internalisé nos compétences pour être propriétaires de notre technologie. » En six années d’existence, ils ont déjà déposé trois brevets.

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Le concept de Sandra Rey est innovant : utiliser des bactéries luminescentes, les faire évoluer pour les rendre plus performantes et les cultiver à l’infini. « La lumière liquide obtenue est douce, légèrement verte, tamisée, similaire à celle d’un aquarium. Elle perturbe ainsi moins les écosystèmes et apaise visuellement les usagers. »

 « Dans la ville, la LED est la solution technique souvent adoptée pour répondre aux usages de la lumière nocturne :  la mise en valeur de vitrines, panneau d’affichage, ou encore signalétique. Mon idée de départ était d’imaginer un système 100 % écologique grâce aux capacités lumineuses de bactéries cultivées, performantes, et ainsi d’inverser la tendance : la lumière comme source de production énergétique et non de dépense. »

Prototypes et projet pilote pour les villes de demain

Glowee est aujourd’hui en capacité de proposer à la fois des installations éphémères, des dispositifs pérennes au sein d’espaces de relaxation dans des hôtels/spas en intérieur et travaille sur les applications urbaines « Les applicatifs durables dans la ville sont encore au stade de prototypage. Le monde de la biotech est complexe. Chez Glowee, nous travaillons avec du vivant, et les variables que cela implique, donc les projets sont longs à aboutir. » Dépendant de financement extérieur, Glowee poursuit cependant son activité novatrice : actuellement, l’équipe élabore un projet pilote de mobilier urbain avec la ville de Rambouillet. Ce service innovant coûte chaque année de moins en moins cher. « Comme toute innovation, Glowee a besoin de maturité pour être compétitive économiquement parlant. »

Une solution de lumière durable écologique

En collaboration avec des énergéticiens, des groupes immobiliers, des architectes, des collectivités, des artistes, des entreprises du bâtiment, des paysagistes ou encore des hôtels, Sandra Rey répond aux besoins en lumière durable avec Glowee.

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« L’impact environnemental est quasi nul sur notre technologie. Nous cultivons de la lumière à l’infini à partir de bactéries bioluminescentes que l’on produit en laboratoire, sans polluer ou utiliser les ressources de la nature. Nous améliorons (sans modifications génétiques) ces micro-organismes pour les rendre plus performants en termes d’intensité, stabilité et efficacité). En fin de vie, le produit est 100 % biodégradable, non pathogène. Comme dans un aquarium, les bactéries se reproduisent et le système s’autorégule tant qu’il est alimenté par de l’eau de mer. Il faut veiller à ce qu’aucune contamination extérieure non luminescente n’entre dans le système. C’est un vrai travail de robustesse du produit ! » 

La start-up ne propose pas pour le moment de luminaires à usages domestiques « pour ne pas être débordée par le service après-vente ! », car cette technologie nécessite de suivre un processus d’entretien rigoureux. « Cela arrivera un jour, mais ce n’est pas une priorité. Le challenge est assez élevé ! » 

Sensibiliser à la préservation des océans 

Sandra Rey aime participer à des missions de sensibilisation et de pédagogie. « Nous ne connaissons pas assez bien nos océans, c’est dommage… » 

Elle soutient la fondation de la mer par le biais d’une aventure, Biolumia, pour faire découvrir la bioluminescence et les océans. Pendant le confinement, les activités de Glowee sont à l’arrêt. Sandra dessine alors des cartes créatures pour enfants et imagine un jeu de société 100 % made in France, financé grâce à une campagne participative ulule. « Ce projet court terme dont je suis fière possède de bons retours ! Nous cherchons désormais des distributeurs pour le diffuser. » Une partie du chiffre d’affaires est reversée à l’initiative SOS Corail, qui permet d’agir et de protéger les récifs coralliens, les mangroves et les herbiers, essentiels à l’équilibre de la planète. Fortement menacés, 50 % ont déjà disparu. L’urgence est là pour ces trésors de biodiversité marine.

Être mamentrepreneure dans la Tech

Sandra Rey l’admet : elle ne s’inspire pas de rôles-modèles féminins. « Je ne fais pas de différences entre les hommes et les femmes. Dans la Tech, être une femme m’a plutôt aidé : nous sommes beaucoup moins à proposer des projets et c’est donc plus facile de se démarquer. » Jeune maman, « le congé maternité est le meilleur exercice que l’on puisse faire quand on est cheffe d’entreprise, car cela veut dire déléguer et faire confiance à ses équipes. Personne n’est indispensable ! »

 

À la croisée entre le biomimétisme et la biotechnologie, Glowee révolutionne notre manière de produire, de consommer et de s’illuminer ! La bioluminescence est une lumière fascinante, hypnotique et apaisante ; elle dégage une forme de poésie relaxante. « L’Homme a besoin de la nature et la nature procure du bien-être à l’Homme ». Il existe des alternatives aux ressources fossiles qui s’amenuisent de jour en jour, mais Glowee n’est pas la seule réponse possible : « Il ne s’agit pas de remplacer tous les luminaires de la ville de demain par de la bioluminescence. Glowee est une proposition d’alternative pour certains usages, pas une solution radicale miracle… »

 Violaine B — Celles qui Osent 

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