Projet de naissance : s’affranchir d’un modèle imposé

Les projets rythment notre existence. Qu’ils soient professionnels, immobiliers, ou amoureux, ils s’élaborent à chaque étape importante de notre vie. Alors, pourquoi rester passif devant l’acte le plus sacré ? Seulement 3,7 % des femmes rédigent un projet de naissance. Ce document, réalisé avant le 7e mois de la grossesse, favorise le dialogue entre les praticiens du lieu de l’accouchement et les futurs parents. Recommandé par la Haute Autorité de Santé, il consigne les volontés et le consentement des parturientes (femmes en train d’accoucher). Si la parole des femmes a généré ce virage sur la périnatalité, quelles en sont les motivations ? Quels en sont les freins ? Comment les dépasser ? Et pourquoi encourager un changement social autour de la naissance ? Plutôt que de vous servir un exemple de projet de naissance, je vous propose d’aborder le sujet sous un angle différent pour prendre du recul et explorer ses réels enjeux.

Le respect de la pudeur et de la parole des femmes

Infantiliser les futures mères au profit de la médecine

L’hypermédicalisation a rallongé la durée des accouchements de 2 h 30, depuis les années 1960. En France, en l’absence de complication, 3 échographies demeurent obligatoires. Néanmoins, à cause de l’augmentation de l’âge moyen des femmes enceintes (30 ans pour la première grossesse), ce chiffre a tendance à doubler. La surmédicalisation semble déliter peu à peu la vision holistique de la périnatalité. Car elle transforme les parturientes en mammifères captifs privés de leurs instincts primitifs. De ce fait, à peine 17 % d’entre elles expriment leurs volontés sur le déroulement de l’accouchement. Sidérées, elles se laissent guider passivement par un système ultra protocolaire. Par exemple, 89 % d’entre elles sont allongées sur le dos pour la phase d’expulsion. Pourtant, il a été démontré que cette position, certes commode pour le personnel hospitalier, ne facilitait pas l’ouverture du bassin et endommagerait le périnée.

Se réapproprier son corps

L’anticipation de l’accouchement suggère un lot de préoccupations : gestion des contractions, touché vaginal, épisiotomie, péridurale, forceps, soins du nouveau-né, etc. La récente controverse sur les violences obstétricales révèle une méfiance croissante envers les pratiques touchant l’intimité des femmes. Ces actes, certes parfois incontournables, doivent faire l’objet d’une information et d’un consentement préalables. Imaginer un projet de naissance permet d’obtenir une position proactive, de savoir ce que l’on désire éviter ou prévenir. Sa conception nous encourage aussi à nous orienter vers un choix adapté de préparation à l’accouchement (sophrologie, acuponcture, réflexologie, yoga prénatal, etc.).

Vivre pleinement un évènement métaphysique

Devenir actrice de son accouchement génère un sentiment de maîtrise. Une mise au monde naturelle aiderait à renforcer le lien d’attachement entre la mère et l’enfant. Mais la crainte de la douleur, la peur de l’inconnu et le retour à un état animal représentent un challenge unique. En conséquence, accueillir tout cela jusqu’au bout et par choix est une démonstration de solidité mentale. C’est se transcender et se prouver que l’on peut tout surmonter. Même si le recours à la péridurale reste un confort salutaire.

L’accouchement entre les mains d’une profession désabusée

Une science pour servir et aider les femmes

La fonction d’accoucheur, ou maïeuticien, existe depuis l’antiquité. Saviez-vous par exemple que les mères de Socrate et Aristote l’ont pratiquée ? À l’époque, cette discipline représentait un rôle majeur dans la médecine légale. Majoritairement effectuée par des femmes, le terme de sage-femme ne fera surface qu’au XVIIe siècle. Aujourd’hui encore, seulement 2,6 % d’hommes l’exercent.
Au Moyen Âge, on les appelait « matrones ». D’ordinaire issues des classes pauvres, elles assistaient les accouchements des paysannes. L’efficacité de leur savoir-faire finit par obérer les pouvoirs religieux. Il gêna les absurdes idéologies phallocrates, qui associeront cette science à des pratiques occultes. Pour cette raison, elles deviendront les premières victimes de la chasse aux sorcières durant l’inquisition.

Naissance du premier mannequin de simulation en médecine
Angélique du Coudray a inventé le premier mannequin de simulation en médecine


Angélique du Coudray, héroïne inconnue
, a été la première maîtresse sage-femme à enseigner officiellement cet art. Elle forma gratuitement plus de 5 000 élèves. Son dévouement et sa pédagogie contribueront à inverser la courbe du taux de natalité français, qui déclinait sérieusement au milieu du XVIIIe siècle. En outre, elle a inventé le premier mannequin de simulation en médecine. Pourtant, son nom n’apparaîtra jamais au panthéon des personnages féminins marquants. Comme si une femme qui prenait soin des femmes ne pouvait devenir illustre.

L’ambition d’exercer le plus beau métier du monde

C’est la première profession régie par un diplôme d’État, elle demande 5 ans d’étude et assure 80 % des accouchements nationaux. Cependant, une sage-femme gagne seulement (en début de carrière) 1 600 euros net par mois et endure des gardes de 12 heures en alternance jour/nuit. Alors qu’un dentiste avec le même niveau de formation approche un salaire mensuel de 6 000 euros net.
Bien que le nombre de naissances reste stable chaque année en France, deux tiers des maternités ont fermé leurs portes en 40 ans. De gros centres déshumanisés sont favorisés au détriment des maternités de proximité. Avec son hashtag #JeSuisMaltraitante, Anna Roy (sage-femme chroniqueuse dans l’émission La Maison des Maternelles) explique comment certaines de ses gardes se transforment en un véritable cauchemar à cause du manque d’effectif. Elle doit parfois gérer simultanément 4 patientes en plein travail en plus des urgences. Se rendant complice de situations de détresse traumatisantes. Une enquête réalisée par le Collège National des sages-Femmes de France (juin 2020) révèle que 40 % d’entre elles souffrent de burn-out et qu’une sur deux désire quitter la profession.

Les solutions pour un projet de naissance respecté

Une sage-femme pour une femme

Anna Roy a lancé, à travers une pétition, une revendication claire : « Une sage-femme pour une femme », tout comme c’est le cas en Angleterre ou en Suède. En effet, l’accompagnement des parturientes nécessite une énorme disponibilité psychique. Surtout si la future maman aspire à un accouchement physiologique. Un tel dessein ne devrait pas dépendre d’horaires ou d’un manque d’effectif. De même, cette inclination apolitique pourrait amorcer une nouvelle discussion entre sa profession et le ministère de la Santé.

Le retour de la doula

La doula complète le corps médical dans un soutien émotionnel et pratique. Ainsi, elle informe la femme enceinte sur ses droits et sur toutes les méthodes qui s’offrent à elle pour vivre une maternité qui lui ressemble. Par ailleurs, elle incarne un visage bienveillant, sans jugement sur lequel la mère peut se reposer avant, pendant et après l’accouchement. Des études relayées par l’association des doulas de France démontrent que leur accompagnement en salle de naissance réduirait de 50 % les césariennes, de 25 % le temps de travail et de 60 % l’usage de la péridurale. Cependant, s’offrir leurs services représente un budget de 350 à 800 euros (40 à 70 euros par séance).

La naissance pour renouveler la société

L’importance des 1 000 premiers jours de vie

En septembre 2020, le neuropsychiatre Boris Cyrulnik publie le rapport intitulé « les 1 000 premiers jours ». À l’origine de l’augmentation du congé paternité en France, ses études démontrent l’impact de la période pré et postnatale sur le développement de l’enfant. Il se révèlerait plus déterminant encore que le patrimoine biologique. Néanmoins, plus de la moitié des parents ressentent des difficultés à appréhender leur nouveau rôle parental. C’est pourquoi il est essentiel de dépister la dépression du postpartum et de prévenir le risque d’un sentiment d’échec ou d’impuissance. En effet, ces facteurs influent sur l’état psychologique de la mère et par conséquent, sur le lien d’attachement avec son bébé. Or, une relation sécurisante aiderait l’enfant à :

  • réguler ses émotions face au stress ;
  • explorer son environnement avec confiance ;
  • optimiser son développement cognitif et psychoaffectif ;
  • adopter des comportements sociaux empathiques et coopératifs.

Un progrès social pour les femmes

La maternité contribue inexorablement à l’inégalité salariale des femmes. Selon l’Insee, si l’écart de salaire stagne aux alentours de 7 % entre les hommes et les femmes sans enfant, il se creuse à 23 % entre les pères et les mères. L’allongement du congé paternité représente une mince avancée pour atténuer cette tendance. Cependant, l’implication des pères et l’évolution de l’intérêt politique autour de ce sujet ne pourront qu’amender la position des femmes. Exploiter cette ouverture en accordant de l’importance à la périnatalité s’avère donc opportun. Car c’est dans nos berceaux que l’on renouvèlera la société.

En définitive, le projet de naissance remet à sa juste place le rôle de la future mère. Néanmoins, pour démocratiser cet usage, il faudrait que les parturientes n’éprouvent plus la crainte de déranger un personnel lassé et surmené. De plus, elles devront s’affranchir des jugements et de la culpabilité pour oser s’octroyer le droit d’être unique et en phase avec leurs choix. Car si les enfants créent les parents, nous devons soigner leur mise au monde. Et vous ? Comment avez-vous vécu votre accouchement ? Ou comment prévoyez-vous de le vivre ? Racontez-nous. Enfin, si cet article vous a plu, découvrez également l’histoire de ces femmes qui se sont engagées pour le bien-être de nos bébés.

Jessica Martinelli — Rédactrice Web SEO

Sources :


 

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