Accouchement à domicile : oser donner vie chez soi

Pourquoi choisir l’accouchement à domicile (ou AAD) quand toutes les femmes qui vous entourent enfantent à l’hôpital ? Alors que la maternité et les technologies médicales tentent d’apporter toujours plus de sécurité et de confort, pourquoi vouloir accoucher chez soi ? Pour moi, l’AAD était une évidence. Je souhaitais une naissance des plus intimes. Je vous explique dans cet article pourquoi et comment j’ai osé l’accouchement à domicile.

Je suis Céline Le Briand, du blog Devenir Intuitive. L’objectif de celui-ci est de soutenir les jeunes mamans dans leur recherche d’équilibre, au quotidien, entre leurs facettes de mère, de femme, d’amoureuse et de professionnelle. Il y est question de pratiques telles que la symptothermie (contraception naturelle), le flux instinctif libre, l’hygiène naturelle infantile (HNI) ou l’accouchement à domicile.

Pourquoi opter pour l’accouchement à domicile ?

Une expérience personnelle et familiale de la naissance enrichissante

Comme plus de 20 % des naissances en France, je suis née par césarienne. Dans mon cas, ce fut une césarienne d’urgence. A priori, j’ai eu de la chance, et ma maman aussi. Ma naissance, c’est toute une histoire familiale : la visite de routine qui se termine en hospitalisation, ma mise en couveuse sans passer par la case « maman », le rasage de mes 3 premiers cheveux pour brancher sur ma tête l’appareil de contrôle, et mon enlèvement, par ma propre mère, en fauteuil roulant, ne supportant plus de ne pas pouvoir me toucher et de voir la souffrance des autres enfants prématurés, couchés chacun dans leur bulle stérile.

Je grandis. J’apprends que ma grand-mère maternelle a accouché de ses trois enfants chez elle. Autour de ces trois naissances, il n’y a que des souvenirs malicieux, drôles et émouvants : la découverte par le grand-père paternel (« Déjà ?! »), la gestion de l’aîné en étant enceinte quelques mois seulement après sa naissance, et l’attente de la petite sœur par ses deux grands frères, en négociation sévère avec la sage-femme pour avoir le privilège d’approcher la nouvelle-née.

Ma vision de l’accouchement se nourrit du vécu de ma famille. Je suis fille unique, je n’ai pas de cousin.e proche et je n’ai que très peu de lien avec la famille du côté paternel. Alors, quand bien plus tard, je réfléchis à devenir mère, le constat est simple : quand ça va, on accouche chez soi. Lorsqu’il y a des difficultés, c’est direction la maternité.

Trouver des informations sur l’accouchement à domicile

Avant même de savoir que j’étais enceinte, j’ai cherché des livres traitant de l’accouchement à domicile. De par mon parcours scientifique, j’ai toujours appris en menant des recherches bibliographiques. De plus, éloignée géographiquement, je ne parvenais pas à aborder le sujet au téléphone avec ma mère et ma grand-mère.
J’ai trouvé un seul ouvrage : Intimes naissances, écrit par Cécile et Juliette Collonge aux éditions La Plage. C’est un recueil de témoignages de mamans, de papas et de professionnel.les de la naissance et de la petite enfance, ayant accouché à domicile ou accompagné des AAD. Les avis de chacun.e sont retranscrits avec beaucoup de sincérité. Ils donnent des éléments pratiques, techniques, mais aussi très personnels. Les quelques photographies présentent, en noir et blanc, agrémentent joliment, et avec pudeur, l’ensemble.

Une fois la grossesse confirmée par un test urinaire, je décide de téléphoner à la sage-femme de mon village pour la prévenir de la naissance à venir prochainement… À domicile. Je tombais des nues à l’écoute de sa réponse !

Trouver la sage-femme pour son accouchement à domicile

Future maman et sage-femme surprises !

« Accouchement à domicile ? Haaa, mais ça ne se fait plus ! »
« Ha bon, ça ne se fait plus ? »
« Oui, enfin, pas comme ça ! »
« Comment ça, pas comme ça ? »

À ma question, elle a baissé le ton de sa voix, comme pour chuchoter, comme pour évoquer un sujet tabou, comme pour être certaine que personne ne l’entende, à part moi.

Après notre discussion, j’ai compris que l’accouchement à la maternité, c’était ça, aujourd’hui, la normalité.

Pourquoi l’accouchement à la maternité s’est-il normalisé ?

Avec l’avènement du sexe masculin dans la profession de gynécologue, les sages-femmes (il y a une minorité d’hommes qui exerce le métier de sage-femme) ont été écartées du moment de l’accouchement, reléguées au rôle d’accompagnatrice à la grossesse et à la naissance. Et là, plus question d’accoucher à domicile. On accouche à la maternité, dans le cadre (in)hospitalier.

Ce moment intime entre femmes, la sororité dans toute sa plénitude n’est plus d’actualité, du moins dans notre société « ultra-moderne ».

La rencontre avec Emmanuelle, sage-femme libérale

Alors que le choix est encore possible pour une future mère de donner naissance à son enfant chez elle, peu de possibilités lui sont offertes.

Un petit nombre d’irréductibles sages-femmes continuent d’assurer les accouchements à domicile. Pleinement reconnu autrefois, leur statut est aujourd’hui des plus incertains – pour ne pas dire illégal.

En cherchant sur Internet, j’ai trouvé l’annuaire des sages-femmes pratiquant l’AAD. Quelle chance de rencontrer l’une d’entre elles, partante pour mon AAD, à moins de 15 minutes de mon domicile !

Emmanuelle est sage-femme libérale. Vous pouvez lire son témoignage complet sur le blog Devenir Intuitive.

Emmanuelle accompagne bon nombre de projets de naissances. Et parmi ceux-ci, quelques projets d’accouchements à domicile. Tous n’aboutissent pas, compte tenu des critères très stricts à respecter :

  • pas de problème d’hypertension ;
  • pas de position en siège ;
  • pas d’antécédents médicaux graves ;
  • pas d’anomalies physiques du bébé visibles lors des échographies ;

Il nous a fallu plusieurs rencontres pour nous mettre d’accord et nous assurer de ma bonne santé, ainsi que de celle de mon bébé. Une fois en confiance, tous les 4, nous nous sommes rencontrés très régulièrement, jusqu’au jour J.

Parler de son projet d’accouchement à domicile à son entourage

La gaffe de la sage-femme

Annoncer à ses proches que l’on est enceinte, c’est une chose. Que la nouvelle soit donnée sans y avoir été préparée en est une autre.

La scène : je suis en voiture avec mes parents. Enceinte d’un mois à peine, je suis en visite chez eux. Je n’ai pas prévu de leur annoncer ma grossesse tout de suite. Comme mon téléphone ne capte pas beaucoup dans leur région, j’ai communiqué le numéro de portable de ma mère à Emmanuelle, au cas où elle est besoin de me joindre. Discrètement, cela va de soi.

Le téléphone sonne. Ma mère décroche. Vous vous présentez toujours vous, de manière très détaillée, quand vous appelez quelqu’un pour la première fois ?

Le haut-parleur n’était pas branché. Pourtant, j’ai tout entendu très distinctement.

« Bonjour, je suis Emmanuelle X, sage-femme à X, j’accompagne Céline pour un accouchement à domicile, pourrais-je lui parler s’il vous plaît ? »

Emmanuelle est encore gênée quand je lui rappelle ce moment. Aujourd’hui, je souris à l’évocation de ce souvenir.

Sur le moment, je n’en menais pas large.

Quand j’ai expliqué à mes parents que ma grossesse était très récente et que l’éventualité d’une fausse-couche n’était pas écartée, ils ont été très compréhensifs. Ma mère m’attendait de pied ferme, le lendemain, au petit-déjeuner, pour en savoir plus sur ce soi-disant accouchement à la maison. Mais elle n’a pas insisté longtemps, compte tenu de son propre vécu.

L’avis des amies déjà mamans

« HAANN ! Tu veux accoucher chez toi ?! Sans péridurale ? Mais tu vas douiller ma chérie !! »

« Et le papa, tu y as pensé ? »

L’avis des amis déjà papas

« HAANN ! Tu veux accoucher chez toi ?! Sans péridurale ? Mais tu vas douiller ma vieille !! »

« Et le sang, tu y as pensé ? »

L’appui du partenaire et des confidentes

Dans ces moments-là, il est primordial d’être entourée par des personnes de confiance.

Mon conjoint m’a tout de suite soutenue dans ce projet. Je pense que sans son adhésion et sa confiance pour mon accouchement à domicile, je n’aurais pas pu donner naissance à ma fille à la maison.

Mon cercle d’amies m’a organisé un blessingway. Tradition d’origine amérindienne, l’idée est de célébrer la future maman et de l’encourager pour l’accouchement à venir. J’étais enceinte d’un peu plus de 7 mois lors de cette cérémonie. J’en garde un magnifique souvenir, des photos, et un collier dont chacune des perles représentent l’une de mes amies. Ça m’a beaucoup conforté dans mon choix d’accouchement chez moi.

Préparer sereinement son accouchement à domicile

Préparer le cocon familial et le plan de secours

Un accouchement à domicile n’est pas dispensé de préparatifs. Au contraire, il va falloir préparer l’endroit et le matériel nécessaire à l’accouchement dans sa propre maison. C’est une sacrée organisation !

Même si j’ai accouché chez moi, j’étais encadrée. Je n’ai pas choisi un accouchement non assisté (ou ANA). J’ai suivi tous les cours de préparation à l’accouchement avec ma sage-femme libérale, en plus de certains ateliers dispensés à l’hôpital proche de mon domicile. En effet, la maternité, dans laquelle je devais théoriquement accoucher, a été informée de mon projet, et tenait une chambre à disposition en cas de problème ou de changement de programme. Jusqu’à la dernière minute, une maman a le droit de changer d’avis et de préférer un autre projet d’accouchement à celui prévu initialement.

Et pour rassurer tout le monde, même les pompiers de mon village ont été prévenus de l’heureux événement à venir !

L’accompagnement thérapeutique complémentaire

De nos jours, l’accompagnement d’une femme enceinte est très structuré. Des séances individuelles pour vérifier l’état de santé de la future mère, des séances collectives pour parler des différentes étapes de l’accouchement, trois échographies au minimum pour surveiller la croissance du bébé, … Tout est prévu pour se sentir en sécurité jusqu’au jour J.

On a parfois besoin d’un accompagnement supplémentaire, notamment psychologique. Pour ma part, j’ai suivi 10 séances avec une sophro-thérapeute, qui m’a aidée à accepter mon corps en perpétuel changement et ma future situation familiale. Oui, être trois, c’est une information dont l’assimilation prend du temps !

Le jour J de l’AAD

La veille, l’attente

En France, 1 % des femmes dépassent le terme de leur grossesse.

1 %.

Ma première fille est née à J + 4. (Ma deuxième à J + 6).

C’est long, une grossesse. Les miennes ont été disproportionnées !

Tous les 2 jours, j’allais à l’hôpital pour réaliser une échographie de contrôle. Tout allait bien, je pouvais retourner patienter chez moi.

Dans l’attente de la naissance à la maison, je jouais de l’accordéon. Ma fille donnait des coups de pieds dedans. Elle arrivait à bouger un instrument plus lourd qu’elle !

J’avais quelques inquiétudes dans cette attente. Mais on était bien, on était chez nous, et tout était près. Il faisait beau, je me baladais dans le jardin, les poussins piaillaient tout autour, les agneaux commençaient à prendre leur indépendance. Ça sentait bon le printemps, c’était l’endroit et l’instant parfaits pour donner naissance à mon bébé.

Le bonheur de la rencontre

Je me souviendrai toujours du moment où Emmanuelle est arrivée à la maison : « Haa, mais dans une heure, il est là ce bébé, le plus gros est fait ! »

Trois quarts d’heure plus tard, ma fille était sur mon ventre, toute calme, toute douce. Nous étions blottis tous les trois, dans la chaleur et la pénombre de la pièce. Les fruits secs et la coupe de champagne étaient prêts à être dégustés, après une première tétée bien énergique !

L’aller-retour à l’hôpital

Deux heures après l’accouchement, Emmanuelle m’annonce le petit bémol : « Il va falloir faire l’aller-retour à l’hôpital, je n’arrive pas à te recoudre convenablement ». En effet, mon périnée a subi quelques dégâts, et les points de suture, même avec une petite anesthésie locale, sont plus douloureux que les contractions de l’accouchement.

Je ne suis pas accueillie le plus chaleureusement du monde à la maternité. Mais cela m’importe peu : ma fille va bien, et le bouleversement hormonal de l’accouchement me tranquillise. Je sors quelques heures après l’intervention.

La mise en abîme

Je rencontre à nouveau mon bébé, qui commence à ouvrir les yeux. En la fixant, j’ai l’impression de plonger dans son regard. Je vois ma mère, mon grand-père, et peut-être d’autres ancêtres que je n’ai pas connus.

Ma sage-femme vient me visiter à domicile régulièrement. La vie à trois peut commencer.

Pour découvrir ce témoignage sous un nouveau jour, vous pouvez m’écouter en podcast :

[Insérer le média vidéo] https://youtu.be/G1Cr8QJoXRM

 

Avez-vous choisi l’accouchement à domicile ? Est-ce en projet ? L’espace des commentaires vous est ouvert.

Pour continuer votre lecture spéciale maternité sur le blog de celles-qui-osent, vous pouvez lire l’article consacré à l’allaitement long.

Céline Le Briand, consultante scientifique et rédactrice web SEO

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