Octobre Rose – Oser se faire tatouer après le cancer du sein

Le cancer du sein est à la fois le plus fréquent et le plus meurtrier chez la femme. Il touche 60 000 personnes par an. Parmi elles, 20 000 doivent avoir recours à la mastectomie (l’ablation d’un ou des deux seins)*. Ces femmes perdent alors LE marqueur sociétal de la féminité, entraînant de grandes souffrances physiques et psychologiques. Les proches ou le monde médical tentent parfois de minimiser les blessures morales et esthétiques ressenties, pourtant réelles. Beaucoup refusent de se regarder, de se toucher, et perdent confiance en elles. Seules 20 à 30 % optent pour une reconstruction mammaire, par prothèse ou lambeaux cutanés, qui améliore le galbe du sein, mais qui ne recrée pas le mamelon ou la coloration de l’aréole qui entoure le téton. Celles qui Osent profite de la campagne Octobre Rose 2021 pour évoquer l’un des moyens de reconstructions possibles après le cancer du sein : le tatouage.

Octobre Rose 2021se reconstruire après un cancer du sein grâce au tatouage

Après un cancer du ou des seins, certaines femmes souhaitent retrouver une image corporelle satisfaisante, embellir des cicatrices, fermer « la parenthèse du cancer » de manière esthétique, personnalisée et définitive.

La dernière étape de leur reconstruction du sein est la création d’un mamelon et de l’aréole. Certaines choisissent de reconstituer le volume du mamelon par une greffe, qui vise à surélever la peau du sein reconstruit pour former un petit relief. D’autres optent pour un tatouage, médical ou artistique, qui pourra recréer la coloration de l’aréole, voire simuler le volume du mamelon, imiter des veines ou des grains de beauté. Dernière option, avec ou sans reconstruction : certaines femmes préfèrent une démarche artistique avec un motif couvrant les cicatrices et/ou le sein reconstruit. L’évènement annuel octobre rose est l’occasion de rappeler que les hommes, qui représentent 1 % des cas de cancer du sein, peuvent également avoir recours à cette pratique.

« Le besoin de se reconstruire n’a pas de genre ». Alexia Cassar

Opter pour le tatouage médical pour recréer le mamelon

Après avoir lutté contre le cancer, les personnes touchées peuvent, sur avis médical favorable, choisir de recourir à la dermopigmentation ou dermographie pour se recréer un mamelon. Ce tatouage médical permet de redonner la couleur d’origine à une zone de peau pathologique. Avec ou sans reconstruction en relief du téton , il consiste à introduire médicalement un implant pigmenté de haute qualité sous la peau. Le matériel utilisé est semblable à celui utilisé pour le maquillage semi-permanent : des aiguilles à usage unique et des substances colorées de nature minérale ou organiques.

Malheureusement, le tatouage médical perd 30 % de sa couleur dans les premières semaines, nécessitant des retouches. Parfois, le manque de réalisme ou de ressemblance avec l’autre sein peut empêcher l’appropriation du sein reconstruit. Cette technique doit être évitée en cas de maladies infectieuses, chroniques, dermatologiques ou allergies graves, et n’est pas compatible avec certains médicaments.

⏩ Pour plus d’informations, lisez notre interview de Catherine Cormerais et Catherine Bondu, fondatrices de l’Embell’vie, un lieu de ressourcement proposant des prestations de socio-esthétique et de dermopigmentation réparatrice.

Rétablir l’estime de soi grâce au tatouage 3D de téton

Hors du cadre médical, certaines personnes préfèrent rétablir leur estime d’elle-même avec une méthode plus traditionnelle, à l’aide d’encres de tatouage classique. Avec l’accord de leur médecin, un tatoueur spécialisé en tatouage artistique 3D du mamelon redessine leurs aréoles mammaires.

Popularisée par Vinnie Myers, cette méthode offre une solution réaliste, d’aspect naturel et définitif. L’absence de relief est compensée par le trompe-l’œil. Les tubercules de Montgomery, les ridules, les taches de rousseur ou les grains de beauté peuvent par exemple être reproduits.

Le sein reconstruit est immédiatement adopté et le tatouage très bien toléré. Cette technique est validée par la communauté médicale et La Ligue contre le cancer, car elle est complémentaire aux techniques de pointe chirurgicales actuelles (quand il est réalisé par des professionnels dûment formés).

Alexia Cassar, tatoueuse, a fondé The Tétons Tattoo Shop, le premier salon de tatouage en France dédié aux personnes touchées par le cancer du sein. Forte de son expérience dans le domaine de l’oncologie, cette biologiste de formation s’est spécialisée dans la reconstruction mammaire. Cet acte n’étant pas médical, elle travaille sans anesthésie locale.  Certaines clientes sont parfois contentes de ressentir des sensations, signes du « retour à la vie » de leurs corps.

Le tatouage artistique décoratif comme thérapie

Dans certains cas, il est plus pertinent de choisir de terminer sa reconstruction par un tatouage artistique décoratif, si la peau est très fragilisée ou si les seins ne sont plus symétriques par exemple. Le motif ornemental, floral ou non, dessiné sur les cicatrices de mastectomie les embellit.

« Le tatouage sur cicatrices afin de sublimer les peaux accidentées est parfois le premier travail de bienveillance de la femme envers son corps et son histoire. » Alexia Cassar

Chaque projet est personnalisé. Alexia Cassar accompagne ses clients dans leur recherche du motif sur mesure, de sa symbolique et de son emplacement. La tatoueuse travaille le motif floral, « comme une renaissance ». L’ornement aide à détourner le regard des stigmates corporels et le tatouage artistique décoratif encourage à se recréer et se réapprivoiser. Certaines personnes assument pleinement qu’il soit visible, d’autres préfèrent le dissimuler dans leur soutien-gorge.

⏩ Pour les amoureux des jolis tatouages minimalistes ou floraux, découvrez Éva Edelstein, tatoueuse et créatrice du salon parisien Désolée Papa !

« Il n’y a pas plus de risques à se faire tatouer après un cancer que dans la population générale. » Alexia Cassar

Le tatouage n’est pas anodin sur des peaux fragilisées. Il ne peut se faire qu’après une période de cicatrisation d’un an après la dernière intervention, ou la fin de la radiothérapie et chimiothérapie ou traitement ciblé. Un avis médical est bien sûr requis avant toute mise en œuvre de geste. Les cicatrices de mastectomie ne peuvent être tatouées qu’après deux ans de cicatrisation. L’association Rose Tattoo propose, entre autres, une solution de transition, en attendant que la peau soit tatouable : les tatouages temporaires en décalcomanie.

 

Près de 20 % de la population française est tatouée et malgré toutes les craintes liées à cette pratique sur les personnes « fragiles », les tatouages décoratifs après mastectomie sont en progression. Ils favorisent la guérison émotionnelle, l’apaisement entre le corps et l’esprit et permettent de renouer avec un schéma corporel harmonieux. Attention cependant aux tatouages autodidactes, car tatouer des tétons doit s’apprendre auprès de professionnels. Cet acte esthétique, définitif et permanent, semble offrir une reconstruction émotionnelle positive. Non négligeable après une épreuve de vie extrêmement difficile comme le cancer, non ?!

Violaine B – Celles qui Osent

⏩ À lire aussi, notre article sur la palpation clairvoyante contre le cancer

Sources :

*D’après les chiffres publiés par l’INC France

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