L’interview de Lucile et Anaïs Groisy : mamans et entrepreneures

La naissance d’un enfant bouleverse la vie de ses parents et cela impacte la carrière de nombreuses mères. Par choix ou par nécessité, certaines femmes se lancent dans l’entrepreneuriat. Celles Qui Osent vous propose aujourd’hui de partir à la rencontre de Lucile et Anaïs Groisy, deux sœurs orléanaises mampreneures qui ont fait le pari d’entreprendre en famille, dépassant la peur des risques et les craintes de leur entourage.

Entreprendre en famille

Les destins croisés de deux sœurs

Très proches lorsqu’elles étaient enfants, Lucile et Anaïs s’éloignent peu à peu à l’adolescence. Après un bac STI Arts Appliqués à Orléans, la cadette entre à la prestigieuse école Olivier de Serres (ENSAAMA) en design d’objets à Paris, tandis que Lucile étudie le droit et l’économie du tourisme à Angers. Le destin les réunit hors de France une première fois, à Birmingham, où elles poursuivent leurs études respectives, puis au Japon où elles partent 3 semaines en sac à dos. Anaïs “croque” cet art de vivre si particulier au pays du Soleil Levant et revient à Paris, où elle travaille dans le domaine du luxe. Ses croquis seront bien vite laissés de côté, jusqu’à ce que sa cheffe de l’époque lui suggère un jour de les présenter au salon du carnet de voyage, à Clermont-Ferrand. 

Oser l’entrepreneuriat en famille

Cette opportunité sera le début de la collaboration entre les deux sœurs. Lucile rédige, Anaïs illustre. Leurs compétences sont complémentaires et la relation de confiance qui les unit leur permet d’être franches et directes l’une envers l’autre. Quelques voyages suivent. Certains donnent lieu à la création de carnets, d’autres non. “C’est une question d’honnêteté, on veut transmettre quelque chose.” Et quelquefois, la carte postale est ternie par trop d’éléments négatifs : il est alors difficile aux deux sœurs de rester sur ces images d’Épinal sans mentionner ce qui les heurte. 

En 2012, Lucile rentre en France avec un mari et un bébé. Habitant loin des grandes villes pour les besoins professionnels de son compagnon, elle ne peut prétendre aux emplois auxquels sa formation lui donnerait pourtant accès. Diplômée d’un prestigieux master en économie du tourisme, en Angleterre, une belle carrière l’attend. Mais les postes sont à Paris. Le travail dans le secteur du tourisme signifie s’absenter souvent, longtemps et sans possibilité de faire garder son enfant, c’est inenvisageable. Se lancer en tant qu’auto-entrepreneure ? Monter sa boîte pour construire elle-même son avenir ? Elle n’y pense pas encore.

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crédit photos – anaïs groisy

En parallèle à Paris, Anaïs gravit les échelons ; elle devient manager, voyage beaucoup, mais dessine peu. Elle sent qu’elle s’éloigne de ce qui la fait vibrer. Alors elle ose. Elle prend le risque de quitter Paris, le job de rêve et le salaire qui va avec. La jeune femme s’écarte de ce parcours tout tracé : elle veut créer son entreprise, être artisan. 

Être mampreneure : mère, femme et entrepreneure

Les réactions de l’entourage

Cette décision radicale ne rassure pas ses parents, qui ont peur pour leur fille. Être indépendant n’est pas facile, les revenus ne sont pas assurés. Et quand on est une femme, il faut penser au congé maternité… Parmi les personnes qui osent la suivre dans ce projet un peu fou, il y a sa sœur, Lucile. Sans emploi, elle commence par lui donner un coup de main, jusqu’à devenir totalement partie prenante. Mais pas simple de faire comprendre à son entourage que c’est un vrai travail, pas seulement un loisir qui paie un peu. 

Entreprendre lorsqu’on est mère : une panacée ?

“Lorsqu’on ne nous donne pas la possibilité de donner vie à nos rêves, il faut les créer nous-même.” Mais les rêves ont un prix. Lucile et Anaïs essaient de passer le plus de temps possible en famille, profitant d’une journée de repos en semaine et le dimanche. Toutefois, il faut assurer la fabrication des produits, l’ouverture de la boutique, la gestion des stocks, les locaux… Dès que les enfants sont couchés, la machine à coudre tourne à plein régime. Les 24 h d’une journée suffisent à peine aux deux sœurs mampreneures. Les vacances ? Pas l’été, ni pendant les fêtes. En réalité, il n’y a jamais vraiment de pause : 

“On est tout le temps entrepreneures et tout le temps mamans.” 

Difficile de laisser le travail à la boutique et de ne plus y penser une fois le rideau baissé.

Les craintes liées au statut d’auto-entrepreneur sont justifiées : si elles travaillent environ 50 h par semaine, leur récompense n’est pas pécuniaire. Mieux vaut être passionné. “On ne fait pas des ventes, on fait des rencontres.” Se rendre disponible pour ses clients, établir une vraie relation de confiance, les conseiller, s’adapter à leurs besoins tout en promouvant les valeurs d’éco-responsabilité auxquelles elles tiennent : voilà les raisons de ces sacrifices. Ce qu’elles réussissent, elles ne le doivent qu’à elles-mêmes et ça, c’est ce qui compte le plus.

Dans leur boutique du 80 rue des Carmes à Orléans, ouverte en mai 2020, beaucoup de zéro déchet et surtout du fait-main, en France. Les poétiques illustrations d’Anaïs magnifient les créations cousues main par Lucile dans leur atelier, sur un superbe tissu fabriqué en Alsace. Elles ornent également des boîtes de thé, des mugs en céramique ou des plateaux en porcelaine. Elles se racontent également dans de splendides carnets, véritables invitations au voyage. Si d’aventure une matière première est introuvable dans l’Hexagone (comme l’inox, par exemple), elles le mentionnent. Par honnêteté vis-à-vis de leur clientèle. On vous laisse jeter un œil à leur boutique en ligne et vous faire votre opinion !

Et vous ? Faites-vous partie de ces mamans qui ont créé leur entreprise ? Peut-être connaissez-vous des femmes qui ont tenté l’aventure de l’artisanat ou du travail en free-lance. Vous ne vous êtes pas encore lancée ? Découvrez 12 idées pour travailler de chez soi, inspirez-vous de celles qui ont osé et venez nous en parler ! 

Hélène B.

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