Affaire Léo Grasset : des youtubeuses osent prendre la parole

C’est une des plus grosses bombes dans le petit monde de YouTube en France. Léo Grasset, 33 ans, connu pour sa chaîne de vulgarisation scientifique « DirtyBiology », est actuellement mis en cause par 13 femmes. Dans le sillage de #MeToo et de #BalanceTonYoutubeur, des personnalités féminines influentes se sont alliées pour dénoncer un comportement « dangereux ». Que reprochent-elles exactement au youtubeur ? L’affaire Léo Grasset est-elle dans la continuité du mouvement #MeToo ? Retour sur la chronologie des évènements et les cinq ans de #MeToo dans l’hexagone.

Affaire Léo Grasset : les faits

La publication de Médiapart

Le 23 juin 2022, le site de Médiapart révèle une enquête journalistique concernant la star de YouTube, Léo Grasset. Cet article recueille la parole de plusieurs victimes présumées, dont une sous le pseudonyme de Lisa. Celle-ci accuse le trentenaire de l’avoir violée. D’autres femmes parlent d’emprise psychologique et de faits de harcèlement sexuel répétés à leur encontre. Beaucoup évoquent notamment le non-respect de leur consentement lors de relations sexuelles partagées avec le vidéaste. Trois célèbres youtubeuses, Manon Bril, Marine Périn et Clothilde Chamussy témoignent de leurs vécus dans une interview accordée au journal indépendant. Clothilde Chamussy est la seule à avoir déposer plainte pour harcèlement sexuel.

La contre-attaque de Grasset

Au 19 novembre 2022, Léo Grasset, jusqu’ici silencieux sur les conseils de ses avocats, publie une vidéo sur sa chaîne. Il revient sur les « allégations » dont il serait la cible. Il nie l’accusation de viol par Lisa et se présente comme un « fuckboy » selon ses propres termes, sans pour autant être un potentiel violeur ou agresseur. Le créateur de contenu se défend d’être à l’origine du cyberharcèlement dirigé contre la youtubeuse. D’autres collègues auraient fait pire que lui, selon ses explications. Enfin, il déplore des citations tronquées dans l’article de Médiapart.

Nouvelle accusation de viol

Le 24 novembre 2022, c’est au tour de Léa Massiani, étudiante en journalisme, de porter plainte contre Léo Grasset pour viol. Les faits remonteraient au mois de novembre 2021 au cours d’une soirée alcoolisée. Le célèbre vulgarisateur a, selon elle, profité de son état d’ébriété pour la pénétrer avec ses doigts, puis son sexe. Son état psychologique s’est dégradé depuis cette nuit-là, comme en témoignent ses proches dans la plainte. C’est la publication de Médiapart en juin qui la pousse à aller voir la police.

#Balancetonyoutubeur : un effet feu de paille ?

L’histoire d’un hashtag

Le 6 août 2018, #BalanceTonYoutubeur déchaîne les réseaux à la suite d’une déclaration du YouTubeur Squeezie. L’homme aux 17 millions de followers écrit un tweet où il dénonce l’attitude de certains de ses pairs qui « profitent de la vulnérabilité psychologique de jeunes abonnées pour obtenir des rapports sexuels ». Dans la même journée, le mot-dièse #BalanceTonYoutubeur apparaît. Plus de 20 000 tweets contenant ce hashtag sont publiés dans les heures qui suivent. Une publication dans le journal Le Parisien montre des captures d’écran compromettantes dans des messages entre adolescentes et youtubeurs. #BalanceTonYoutubeur connaît alors un succès flamboyant. Mais faute de réelle enquête judiciaire, le phénomène s’estompe rapidement. Le hashtag revient néanmoins en force au moment de l’affaire Léo Grasset, puis de celle de Norman Thavaud. Ce dernier est en effet rattrapé par la justice pour des accusations de viol et de corruption sur mineurs depuis le 5 décembre 2022.

La menace de YouTube

Et si l’enjeu commercial était le plus menaçant de tous ? Un représentant de la plateforme de vidéos en ligne a répondu aux sollicitations de Médiapart. Le média d’enquêtes a ainsi publié le 6 décembre 2022 un nouvel article dans lequel la plateforme appartenant à Google envisage d’éventuelles sanctions. YouTube songe à présent à démonétiser tous contenus en provenance de ces deux créateurs. Outre cette mise en garde, il serait aussi question de rompre leurs statuts de partenaires, et de ne plus mettre en avant leurs vidéos dans l’onglet « Tendances » ou via les vidéos suggérées. Des mesures qui, même si elles ne sont pas encore appliquées, peuvent avoir un très fort impact. #BalanceTonYoutubeur deviendrait dans la foulée une des plus grandes victoires du mouvement #MeToo français. Le n°1 de la plateforme vidéo n’a cependant pas encore pris de décisions fermes.

« Ces comportements sont rares, mais ils peuvent causer un grave préjudice à la communauté YouTube, et potentiellement porter atteinte à la confiance des créateurs, des utilisateurs et des annonceurs » signale YouTube.

⏩ À lire aussi : Stop au cyberharcèlement des gameuses !

Cinq ans de #MeToo en France

Parti du milieu du cinéma hollywoodien avec le cas Harvey Weinstein, le mouvement #MeToo a traversé les frontières. Depuis 2017, ce n’est pas moins de 53 millions de messages sur Tweeter qui ont été publiés avec le hashtag qu’on ne présente plus. Un élan de solidarité et de soutien avec les victimes de violences misogynes et sexuelles s’étend partout dans le monde. En Europe, la France utilise le hashtag #balancetonporc lancé par la journaliste Sandra Muller. Le but est de partager les expériences de harcèlement sexuel subies sur un lieu de travail. Par la suite, c’est dans le milieu politique, sportif, culturel et médiatique que des voix se sont élevées. Parmi elles, l’une des plus marquantes a été celle d’Adèle Haenel lors de la cérémonie des César en 2020. La même année, la championne de patinage artistique, Sarah Abitbol, raconte les viols que son entraîneur Gilles Beyer lui inflige alors qu’elle n’a que 15 ans. Le mot-clé #MeTooMedias, pour toutes les femmes travaillant dans le milieu des médias, explose un an plus tard avec la chute du présentateur Patrick Poivre d’Arvor. Toujours en 2021, #MeTooPolitique rassemble des élues, des fonctionnaires et des militantes pour appeler le monde politique a enfin prendre au sérieux le mouvement #MeToo. Le hashtag #MeTooInceste se développe après la sortie du livre de Camille Kouchner, La familia Grande. La juriste relate la relation incestuelle et l’emprise qu’a Olivier Duhamel, son beau-père, sur l’un de ses frères âgé de 14 ans au moment des faits. #MeTooInceste est relayé dans plus de 152 000 messages en 2021.

L’affaire Léo Grasset, bel et bien dans la continuité de #BalanceTonYoutubeur et de #MeToo, pourrait être le début d’un véritable séisme au sein de la scène française de YouTube. Dans les rebondissements possibles à venir : de nouvelles accusations ainsi que des restrictions imposées par la grande plateforme en ligne sont à prévoir. De nombreux partenaires et sponsors se sont déjà détournés de « DirtyBiology ». Pour l’heure, deux plaintes visent l’accusé. Aucune décision de justice n’a encore été rendue.

 

📚Vous voulez aller plus loin ? Lisez le témoignage de Chanel Miller, victime de viol, dans son livre J’ai un nom

 

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Anna Chagniot, pour Celles qui osent.

 

Sources :

https://www.radiofrance.fr/franceinter/cinq-ans-de-metoo-en-france-les-10-hashtags-qui-ont-accompagne-le-mouvement-4606157

https://hitek.fr/actualite/youtube-suite-affaires-dirtybiology-norman-plateforme-decision-radicale_39046

https://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/ados-harcelees-par-des-youtubeurs-il-a-demande-des-photos-de-notre-poitrine-08-08-2018-7846878.php

https://cdn.discordapp.com/attachments/935701414624235540/1047271346171826216/Le_youtubeur_Leo_Grasset_vise_par_une_enquete_preliminaire_pour_viol_Mediapart.pdf

https://www.youtube.com/watch?v=JY7ksjmTCGA

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