Le Kamasutra, un guide amoureux intemporel

Nous croyons tous savoir ce qu’est le Kamasutra. On le décrit souvent, à tort, comme une sorte d’inventaire dans lequel sont répertoriées diverses pratiques et positions sexuelles. En réalité, le Kamasutra est surtout un livre didactique sur l’art de bien vivre, les relations amoureuses et le couple. Il est même plutôt à envisager comme un manuel d’éducation…sentimentale. Son auteur, qui se considère comme un fervent défenseur du plaisir féminin, y réaffirme la liberté sexuelle, des femmes et des hommes. Celles qui Osent revient sur la genèse de ce livre mondialement connu, mais peu étudié, et sur la représentation qui y est faite des femmes et de leur sexualité.

Un livre et 20 siècles d’histoire…

Le Kamasutra a été écrit par le philosophe indien Vatsyayana au IIIe siècle, à l’âge classique, même si la date de rédaction demeure incertaine. Selon les historiens, l’action se déroule dans le nord et l’est de l’Inde. Le texte est écrit en vers, et son titre signifie littéralement : « les aphorismes (sutra) du désir (kama) ». L’ouvrage est constitué de sept tomes portant sur un mode de vie moralement bon, que toute personnes éduquée et cultivée devrait connaître. Il a été, à l’origine, écrit pour les personnes issues de la classe supérieure, désireuses d’améliorer leur façon de vivre. Par exemple, certains chapitres traitent des « trois buts de la vie », du « comportement du citadin », des « méthodes occultes »… La sexualité n’y est pas l’unique thématique abordée. Dans les écrits sanskrits post vediques – le veda désigne l’époque où les textes sacrés hindous ont été rédigés – une sexualité et une vie sentimentale épanouies sont des sujets récurrents et le Kamasutra n’est pas une exception.

Le Kamasutra de Vatsyayana est composé de 1250 vers, 36 chapitres et sept volumes. C’est un mélange de prose et de poésie, où l’auteur a recours à la fiction pour exemplifier les principes qu’il essayer d’inculquer à ses lecteurs. Les références à la mythologie hindoue y sont récurrentes. L’ouvrage est destiné aux hommes, aux femmes, et aux courtisanes. Parmi les chapitres du livre, on trouve par exemple : « la vie d’un citadin aisé, le sport, le divertissement, le travail, la socialisation », « comment trouver de bons clients quand on est courtisane, faire la différence entre un ami et un amant », « comment se débarrasser d’un amant s’il l’on est pas épanouie »… La sexualité, et les fameuses 64 positions différentes à pratiquer en couple, concerne un seul volume, sur les sept existants. Le livre est également un véritable matériau historique, puisque celui ci donne de multiples indications sur la vie et les moeurs des élites de l’époque.

Le Kamasutra : respecter le plaisir féminin

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Kamasutra est également destiné aux femmes. On y trouve, certes, des conseils pour « être une bonne épouse » et « satisfaire son mari’, mais également des indications pour « tromper son époux » ou pour prendre du plaisir, tout simplement. Vatsyayana y explique également que le désir féminin doit être respecté, et que cela est une condition nécessaire à l’épanouissement de la femme. Le mot consentement n’est pas écrit, mais c’est l’idée… Le mariage forcé est critiqué, et « l’union physique doit être précédée d’une union intellectuelle » :

« Une jeune fille ne sera jamais comblée si les parents l’ont forcée, par cupidité, à prendre pour mari un homme aisé, sans se soucier de son apparence et de ses qualités (…). Même s’il est pauvre et insignifiant, mieux vaut un époux docile et maître de lui qu’un mari de très grand mérite qui possède de nombreuses femmes. »

« Lors de l’acte sexuel, si les pensées des deux partenaires sont différentes, c’est comme s’il y avait l’union de deux cadavres. »

Dans une vidéo Brut, Seema Anand, féministe et experte du Kamasutra, explique pourquoi seul le deuxième tome de l’ouvrage, celui sur la sexualité, a eu un retentissement en Occident. Tout cela est la faute de Richard Burton, une sorte d’anthropologue britannique qui parcourait le monde dans la seconde moitié du XIXe siècle pour traduire des écrits érotiques. La première édition du Kamasutra traduite en anglais paraît en 1883, et est chargée de stéréotypes orientalistes sur l’Inde et ses pratiques. La sexualité et la spiritualité y sont exagérées et faussement dépeintes, dans un contexte de colonisation.

Un ouvrage sex-positive…féministe ?

Évidemment, parler de féminisme au IIIe siècle est un anachronisme. Pourtant, certains principes enseignés dans le Kamasutra sont toujours d’actualité, et mériteraient d’être plus connus. Par exemple, selon Vatsyayana, la sexualité ne devrait pas avoir pour but premier la procréation. Une sexualité dénuée d’envie de reproduction, et simplement dédiée au plaisir, est justement ce qui nous différencierait des animaux qui, eux, cherchent à perpétuer leur espèce.

Dans le texte, les hommes et les femmes sont présentés sur un plan d’égalité. Par exemple, selon le philosophe, les femmes ont autant besoin d’une sexualité épanouie que les hommes. L’adultère est également largement analysé, et Vatsyayana explique que la frustration sexuelle est une raison légitime pouvant pousser les femmes à tromper leur mari. Bref, le Kamasutra, lorsqu’il évoque l’épanouissement sexuel, se trouve être un ouvrage sex-positive, dans lequel les femmes ne sont pas de vulgaires objets sexuels, mais de véritables actrices de leur propre désir.

Les sujets sexo vous intéressent ? Vous pouvez lire notre article dédié au plaisir féminin.

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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