Comment les femmes sont-elles représentées dans les films Bollywood ?

L’industrie Bollywood entretient, comme tous les autres genres cinématographiques, un rapport complexe aux femmes et aux actrices. Si cette dernière est vectrice de messages émancipateurs et dénonce les mariages forcés ou les tensions intercastes et inter-religions, Bollywood met également en scène des femmes souvent objectivées, dévouées à leur mari et famille, mère au foyer pour la plupart du temps. Dans les films récents, ces dernières sont également hypersexualisées et fétichisées. Celles qui Osent vous livre un bref panorama de la représentation des femmes dans les films Bollywood, et son évolution.

Bollywood, ou le mythe de la femme idéale

Le mythe de la femme idéale perpétué par le cinéma n’est pas propre à Bollywood, et se retrouve dans d’autres genres cinématographiques. En revanche, les actrices de cinéma indien incarnent souvent un modèle de beauté, mais également moral, dont chaque spectatrice devrait suivre l’exemple. Premier critère de beauté auquel toutes les actrices se conforment : la peau blanche. L’obsession de la « fair skin » s’est répandue dans toutes les représentations culturelles et médiatiques, et l’industrie des cosmétiques en a également tiré profit, avec la vente de crèmes censées rendre la peau plus blanche. Ce fantasme de la peau blanche est évidemment associé à un idéal de pureté. Les actrices sont également soumises, cela va sans dire, à des diktats de minceur.

Mais ce mythe de la femme idéale n’est pas seulement physique, et se perpétue à travers des exigences morales. Dans les plus grands succès Bollywood, les personnages féminins portés à l’écran ne travaillent pas, sont soumis à une figure masculine (un père, un mari, un frère…) et n’aspirent qu’à la maternité. Ils sont souvent inspirés de la déesse hindoue Savitri, une figure docile et obéissante. Avec son mari Satyavan, ils incarnent un couple légendaire de la mythologie indienne. Savitri aurait sauvé ce dernier d’un démon, qui aurait renoncé à le tuer en raison de la dévotion, jugée touchante, de Savitri. L’obsession du « bon mariage », encore existante dans la société indienne actuelle, se retrouve donc dans le cinéma Bollywood, qui en fait généralement le cœur de l’intrigue. Ainsi, par « bon mariage », il faut comprendre celui au sein duquel l’épouse s’épanouit forcément, et cherche à mettre au monde des enfants le plus rapidement possible et à satisfaire les besoins de son mari et de sa belle-famille.

Les films Bollywood : entre culture du viol et mariages forcés

Les films Bollywood mettent en scène des histoires d’amour impossible, des mariages que les familles n’approuvent pas, ou des différences de castes et de religions rendant toute union inimaginable. Et au milieu de ces conflits, les femmes n’ont, bien sûr, pas leur mot à dire. Les histoires d’amour les plus passionnelles débutent souvent par un harcèlement perpétré par le personnage masculin, dont les techniques de séduction s’apparentent plus à un trouble obsessionnel qu’à un sentiment amoureux. Par exemple, dans le cultissime Bombay, réalisé par Mani Ratnam, le personnage principal tombe amoureux de sa future femme après qu’ils aient échangé un seul regard. Il la poursuit, se rend chez elle, et insiste, jusqu’à ce qu’elle cède à ses avances et décide de tout abandonner, sa famille comprise, pour le suivre à Bombay. Sous-entendue, plus la femme résiste, plus l’amour partagé par le couple sera pur et sincère.

Autre exemple : dans le tout aussi culte Devdas, adapté d’un roman par Sanjay Leela Bhansali, l’un des plus grands réalisateurs Bollywood, la jeune Parvati passe dix ans à attendre le retour de son voisin Devdas, parti étudier à l’étranger, dont elle est amoureuse depuis l’enfance. Mais la famille de ce dernier considère Parvati comme issue d’une caste trop basse, et s’oppose au mariage. Il est important d’avoir à l’esprit qu’en Inde, environ 90 % des mariages sont arrangés par les familles, encore aujourd’hui…

Les danses et chansons sont également intéressantes à analyser. Par exemple, plusieurs extraits de Pathaan, le très attendu nouveau film de Sharukh Khan, l’acteur vedette de Bollywood, ont été diffusés, notamment l’une des chansons du film. L’on y voit l’actrice Deepika Padukone se trémousser devant la caméra, et scrutée par Sharukh Khan. Le male gaze saute aux yeux, sans mauvais jeu de mots.

Et le Bollywood féministe, ça existe ?

Bollywood reste avant tout une industrie cinématographique, soumise à un public dont la mentalité et les exigences évoluent avec le temps. Les réalisateurs ne peuvent donc pas se contenter de promouvoir un modèle familial traditionnel, dans lequel la femme est cantonnée à son rôle d’épouse et de mère. Les personnages féminins affirmés ont commencé à émerger de plus en plus, notamment avec l’explosion de plateformes comme Netflix, qui produit de nombreuses séries progressistes en faveur des droits des femmes et des minorités.

Un exemple de film féministe et novateur est celui de Gangubai Kathiawadi, de Seejay Leela Bhansali. Il raconte l’histoire d’une jeune fille éprise de son petit ami qu’elle suit jusqu’à Mumbai, mais qui finit par abuser d’elle et la vendre à une maison close. La jeune Ganga se prostitue alors contre son gré, mais parvient à s’émanciper et à régner sur la pègre de Bombay. Tous les codes Bollywood sont mis au service d’un récit féministe qui met une scène une jeune fille désireuse de s’affranchir des stigmas sociaux de son époque. Les Indiens sont également friands de biopics. Mary Kom, un film réalisé en 2014 dans lequel joue l’une des actrices Bollywood les plus célèbres, Priyanka Chopra, retrace la vie incroyable de la championne de boxe internationale éponyme, issue d’une famille de fermiers originaires du Nord Est de l’Inde, et devenue sportive de haut niveau.

La culture indienne vous intéresse ? Vous pouvez lire notre article sur les Tawaifs, courtisanes de l’Inde Mohgol.

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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