Les vertus de l’écriture thérapeutique sur le corps et l’âme

Les traumatismes s’impriment dans l’esprit parfois de manière indélébile. Ils ressurgissent de manière inattendue par différents mécanismes de somatisation, allant jusqu’à la dépression. Est-ce le corps ou l’esprit qui se venge ? La science a tranché en s’inclinant devant la suprématie du cerveau. Face aux peurs et aux angoisses, comment soulager ce mal-être et enclencher le processus de guérison ? Les professionnels de santé reconnaissent les vertus de l’écriture thérapeutique. En effet, se raconter, c’est s’offrir le pouvoir de revisiter son histoire, et de revoir ses épisodes de vie dramatiques, avec la distance émotionnelle salutaire. Écrire est un facteur de la résilience pour gommer les émotions négatives et rétablir l’harmonie dans sa vie.

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La source des maux entre 2 mots : le corps versus l’esprit

Tout a commencé à l’époque de nos lointains ancêtres. Pour exceller dans cette discipline quasi olympique de la chasse au mammouth, le cerveau reptilien leur servait de détecteur intégré pour localiser ladite bête.

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Puis, cet éléphant de l’ère quaternaire est sorti des radars. Nos congénères ont alors pris de la hauteur et se sont tournés vers les dieux, qu’ils tenaient pour seuls responsables de leur bonne santé morale et physique. Juvénal, dans sa dixième Satire, prônait quant à lui, un autre équilibre des forces avec son célébrissime slogan mens sana in corpore sano : un esprit sain dans un corps sain.

Par la suite, l’héritage judéo-chrétien a maintenu la séparation des pouvoirs entre l’âme et le corps, limitant ce dernier à une tentation charnelle, source de tous les maux.

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À partir du XXe siècle, la science s’en mêle. Ces explorations scientifiques en médecine, psychologie et neurosciences intègrent la notion d’intelligence du corps et concluent à une entité complexe et subtile.

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Le pouvoir et les bienfaits des émotions

Depuis les années 1950, la médecine connaît les conséquences délétères du stress et de la colère sur le corps. Plus récemment, les études confirment que les émotions agréables améliorent la santé, et les recherches s’appliquent à mesurer leur pouvoir régulateur. Ces ondes positives rééquilibrent le système nerveux parasympathique, améliorent l’immunité, semblent freiner le vieillissement cellulaire, entre autres.

Christophe André, psychiatre, considère que « le corps et l’esprit sont très étroitement connectés ». En effet, une émotion se traduit toujours par l’apparition de modifications physiques et de contenus mentaux, allant d’un sentiment d’être mal à l’aise jusqu’à l’anxiété profonde.

Dans les années 1980, James W. Pennebaker, professeur de psychologie à l’université du Texas, pose les bases de la writing therapy. Ses études portent sur le lien entre le langage et la guérison d’un traumatisme. L’écriture expressive devient un outil thérapeutique consistant à faire écrire au patient son ressenti par le biais des « mots de bas niveau » (low-level words).

Le patient, alors libéré du regard des autres et des contraintes usuelles du récit comme l’orthographe, la ponctuation et la syntaxe, laisse ainsi libre-court à ses émotions. Son seul objectif reste d’exprimer ses pensées, quelles qu’elles soient.

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Les vertus de l’écriture thérapeutique comme remède naturel

Il y a près de vingt ans, une étude du Journal of the American Association (JAMA) a prouvé que l’écriture a une réelle influence sur la souffrance. Poser ses difficultés dans son carnet de bord a pour conséquences bénéfiques la diminution des douleurs physiques et de la fatigue.

Si l’écriture a un effet positif sur la tension artérielle et la fréquence cardiaque, elle fait aussi baisser la pression liée au stress. La feuille blanche se transforme en une usine de recyclage où déposer les pensées négatives et les ruminations pour les rendre plus optimistes.

Dans la même démarche, consigner sa to-do list du lendemain dans un carnet de chevet vaut toutes les tisanes à la passiflore. Excellent remède naturel contre l’anticipation anxieuse, les tâches à achever prennent ainsi moins de place dans l’esprit. Cinq minutes à scripter la journée à venir avant de retrouver Morphée, et le sommeil s’en trouve amélioré.

Lors d’une étude menée auprès de patients dépressifs, une dose d’écriture de vingt minutes pendant trois jours consécutifs a nettement fait baisser leur indice de dépression. Cette tendance a perduré 4 semaines après le test. Car écrire ses émotions et faire le récit des événements traumatisants enclenchent un processus de reconnaissance et d’indulgence face à sa propre souffrance.

Dans la discipline florissante de la feel good therapy, noter ses objectifs dans un carnet est déjà une forme d’engagement. Cette première étape augmente les chances de réussite de 42 % selon une étude de Gail Matthews, psychologue à la Dominican University de Californie. Cette feuille de route permet de garder le cap et d’atteindre les buts fixés.

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La catharsis par le journal des maux

S’engager dans une thérapie peut paraître lourd. La psychologie sortant du cabinet de son praticien, le carnet de bord incarne alors le « Dr Phil Goude ». Ouvrir un journal intime est une alternative où le diarisme offre un moment d’introspection quotidien. Ces cahiers d’optimisme sont un entraînement au bien-être permettant de quitter le mode pilotage automatique. Écrire agit comme un anesthésiant émotionnel, diminuant l’activité des centres amygdaliens, sièges des émotions négatives comme les peurs, la tristesse et la colère.

Qui plus est, l’écriture de soi a une réelle fonction cathartique. L’écrit libère autant que la parole ; le déni et les non-dits sortent du silence. Le carnet devient un espace, sécurisé et sécurisant, où dire l’indicible sans jugement est possible. Le malaise et le trouble ainsi exprimés ne restent pas imprimés dans le corps, et cette extériorisation agit comme une purge.

Nayla Chidiac, docteur en psychopathologie et psychologue clinicienne, anime des ateliers d’écriture à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Elle partage cette jolie métaphore : « L’écriture est pour moi le sismographe de l’âme permettant de se pencher sur l’assouplissement de la pensée. » L’écriture expressive est une porte ouverte pour revisiter et relativiser son histoire. Sylvie Gendreau, professeure d’écriture créative à Polytechnique Montréal l’explique ainsi : « En la réécrivant, on ne revit pas la situation. On la recrée. La recréation d’un souvenir, le fait de revenir dans le moment présent pour analyser un événement du passé va permettre de relativiser, de donner cohérence, et de retrouver un état d’esprit beaucoup plus positif par rapport à un événement même s’il a été traumatique. »

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Se raconter pour enclencher le processus de résilience : les bienfaits de l’écriture expressive

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et psychanalyste, confirme que l’écriture thérapeutique est un instrument pour changer la représentation d’un trauma. Selon lui, la distance émotionnelle instaurée par la parole écrite permet de reprendre le contrôle de sa vie, et de réguler les émotions néfastes telles les peurs et les angoisses.

Par définition, la résilience est un nouveau processus de développement pour vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques. Cependant, il souligne un point important : l’écriture n’est qu’un facteur de la résilience. Cette dernière se tricote lors de séances de musculation au bien-être quotidien, en mettant en œuvre d’autres éléments de protection.

Le neuropsychiatre privilégie une écriture « élaborante ». Car attention, cette plongée intérieure par l’agencement des mots exclut toute forme de descente dans les abîmes de la souffrance. Se réfugier dans la solitude du journal intime aggrave le trauma et annihile les chances de guérison.

L’écriture de récits, de poèmes ou d’un livre met la personne en chantier. Après le traumatisme, cette pause de rédaction est bénéfique pour :

  • s’offrir un temps de réflexion pour avoir le recul nécessaire, et ce, avant de repasser à l’action ;
  • observer les facteurs de vulnérabilité néfastes ;
  • évaluer les facteurs de protection salutaires à disposition.

De ce fait, ce travail d’élaboration et de création participe à la métamorphose. Fini d’être prisonnière de son passé ! L’écrivaine en herbe reprend une hygiène de l’âme.

Malgré leurs oppositions historiques, l’étude du corps et de l’esprit est à mener de façon holistique. Le cerveau gardant malgré tout son rôle de vigie, les émotions négatives s’imposent comme de véritables lanceuses d’alerte. Pour retrouver la sérénité suite à un trauma, l’écriture expressive a de multiples vertus. Se raconter a une fonction cathartique, déclenchant le processus de guérison. Dans cette démarche de résilience, le carnet de bord remplace la pharmacopée, et l’auteur s’affiche comme son propre chaman.

⏩ Durant sa convalescence suite à un brutal accident de la route, Stephen King découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie. Découvrez la magie du maître du thriller dans son livre Écriture. Mémoires d’un métier.

Estelle Fontaine, pour Celles qui Osent

Sources :

– France culture, Pourquoi l’écriture nous fait du bien, 25 mars 2021
– Hors série n° 59 Psychologies Lire et écrire
https://www.cairn.info/revue-de-l-enfance-et-de-l-adolescence-2015-1-page-157.htm?contenu=article
– L’Express, Le corps et l’esprit sont très étroitement connectés, 27 septembre 2014

 

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