Les Plumes Qui M’envolent : les plus beaux vers d’amour dédiés aux femmes

Les plus beaux vers d’amour dédiés aux femmes

« L’amour, c’est un sentiment éternel livré en pâture à des singes » écrivait Céline, dans « Voyage au bout de la nuit », sans faire dans la dentelle. N’y allons pas si fort ! Le personnage si imparfait de Baudelaire dans « le Fou et la Vénus » aurait sûrement répondu : « Cependant moi aussi je suis fait pour comprendre et sentir l’immortelle beauté ». Alors pour s’engager sur la voie sentencieuse de l’Amour sans trancher trop abruptement, tentons l’évocation poétique. Des déclarations à des dulcinées, il en existe des centaines, mais puisqu’il faut tirer une substantifique moelle qui pourra vous aussi vous inspirer, je n’ai choisi que des rimes authentiques et simples, qui me touchent. Lisez sans plus attendre ma petite sélection des plus beaux vers d’amour dédiés aux femmes et laissez le lyrisme faire son effet !

Aragon, prendre soin de l’amour toute la vie durant

Savez-vous qu’Aragon a aimé éperdument sa femme, Elsa Triollet, au point de lui consacrer une grande partie de son oeuvre ? Il y eut d’abord « Cantique à Elsa », puis « les yeux d’Elsa », « Elsa », « le fou d’Elsa » et enfin « Il ne m’est de Paris qu’Elsa ». Quelle plus belle déclaration d’amour que cette adoration sans cesse renouvelée au cours de la vie, servie par une plume magnifique ? De cette oeuvre majeure, on connait la fameuse affirmation qui s’est invitée dans bien des colloques féministes « La femme est l’avenir de l’homme ». Autrement dit, l’homme va devoir s’impliquer dans le juste sort des femmes pour s’assurer un avenir heureux. Et puisqu’il faut choisir quelques vers qui me font vibrer, je vous laisse sans plus attendre les découvrir.

« Mon sombre amour d’orange amère

Ma chanson d’écluse et de vent

Mon quartier d’ombre où vient rêvant

Mourir la mer

Mon doux mois d’août ou le ciel pleut

Des étoiles sur les monts calmes

Ma songerie aux murs de palmes

Où l’air est bleu

Mes bras d’or mes faibles merveilles

Renaissent ma soif et ma faim

Collier collier des soirs sans fin

Où le coeur veille

Dire que je puis disparaître

Sans t’avoir tressé tous les jons

Dispersé l’essaim des pigeons

À ta fenêtre

Sans faire flèche du matin

Flèche du trouble et de la fleur

De l’eau fraîche et de la douleur

Dont tu m’atteins

(…)

Je ne regrette rien qu’avoir

La bouche pleine de mots tus

Et dressé trop peu de statues

À ta mémoire

(…)

Coupez ma gorge et les pivoines

Vite apportez mon vin mon sang

Pour lui plaire comme en passant

Font les pivoines

Il ne me reste si peu de temps

Pour aller au bout de moi-même

Et pour crier – Dieu que je t’aime

Tant »

Ce poème évoque l’idée selon laquelle l’expression d’un amour authentique, matérialisé dans toutes les strates du réel, peut donner sens à une vie entière. Pour Aragon, l’amour pour Elsa s’exprime aussi bien dans la contemplation de la nature, les attentions triviales et quotidiennes, que dans le courage de vivre pleinement la douleur. Elsa est en quelque sorte l’incarnation humaine de ce sentiment divin. Pour payer le tribut de ce mystère, sa propre vie ne semble être qu’un détail.

Aragon nous dit par là que le sentiment amoureux est un accès métaphysique à la fragilité de l’existence, qui en fait toute la beauté. Une autre façon d’accepter au plus profond de ses tripes l’idée selon laquelle les choses ne sont vraiment précieuses que parce que le temps nous est compté…

Mon petit doigt me dit que vous ne pourrez plus jamais vous contenter d’un émoticône cœur sur un texto 😉

René Guy Cadou, l’autre romantique moderne

Vous n’en avez probablement jamais entendu parler, pourtant, la force poétique de René Guy Cadou et la beauté de son histoire d’amour avec sa muse Hélène valent le détour. Lisez donc cette merveille !

« Hélène

Je t’atteindrai Hélène

A travers les prairies

A travers les matins de gel et de lumière

Sous la peau des vergers

Dans la cave de pierre

Où ton épaule fait son nid

Tu es de tous les jours

L’inquiète la dormante

Sur mes yeux tes deux mains sont des barques errantes

À ce front transparent on reconnaît l’été

Et lorsqu’il me suffit de savoir ton passé

Les herbes les gibiers les fleuves me répondent

 

Sans t’avoir jamais vue

Je t’appelais déjà

Chaque feuille en tombant 

Me rappelait ton pas

La vague qui s’ouvrait

Recréait ton visage

Et tu étais l’auberge

Aux portes des villages

La vie rêvée »

Comme pour Aragon, l’amour d’Hélène est une porte d’entrée sur la beauté cachée dans le banal et le quotidien. Une manière d’apprivoiser chaque subtilité de l’existence en déposant sa foi en un hôtel quotidien, celui de l’être aimé.

Jacques Prévert ou l’amour inconditionnel

Le génial Jacques Prévert n’aura pas attendu l’époque contemporaine pour écrire la plus belle déclaration à sa femme rêvée, qui pourrait être chacune d’entre nous. Sans plus de préambule, laissez-vous guider par ce poème sur la liberté totale et sans compromission qui porte l’amour total.

« La chanson du geôlier

Où va tu beau geôlier

Avec cette clé tachée de sang

Je vais délivrer celle que j’aime

S’il en est encore temps

Et que j’ai enfermé

Tendrement cruellement

Au plus secret de mon désir 

Au plus profond de mon tourment

Je veux la délivrer

Je veux qu’elle soit libre

Et même de m’oublier 

Et même de s’en aller

Et même de revenir

Et encore de m’aimer

Ou d’en aimer un autre

Si un autre lui plaît

Et si je reste seul

Et elle en allée

Je garderai seulement

Je garderai toujours

La douceur de ses seins

Modelés par l’amour »

Puisque cet article n’est pas fait pour être objectif, je trouve ce poème d’une splendeur sans nom. Il parvient à résumer en quelques mots remplis d’une tendresse suprême ce qu’est le consentement. Ce nouveau rapport au couple et à la relation dont nous parlons tant à l’époque actuelle et qui pourrait bien donner à l’amour sa véritable dimension. Car la beauté d’un couple qui dure n’est-il pas de se choisir chaque jour sans travestir l’autre pour qu’il rentre dans nos propres cases ? Le choix d’une relation qui supplée à une solitude habitée n’est-elle pas faite pour être magnifique ou rien du tout ?

Ce qui rend ce poème encore plus magnifique, c’est que le narrateur aime profondément la personne à qui il s’adresse. Il est même tenté d’espérer en annonçant « Et même de revenir / Et même de m’aimer » d’une manière aussi pure que celle d’un enfant, mais il fait l’effort de se reprendre, parce que c’est la voie la plus juste « Ou d’en aimer un autre/Si un autre lui plaît ». Facile à dire, je vous le concède, mais tout de même quelle belle utopie…

Faire tomber l’armure avec Antoine Elie

Puisque les textes en vers c’est quelquefois de la musique, j’ai choisi Antoine Elie pour vous accompagner quand votre humeur est au maussade. Franchement, je n’ai repris qu’une strophe qui m’envolait mais si vous voulez passer un moment réconfortant, mettez-vous la musique en entier !

« La rose et l’armure 

Suivant la longue métamorphose qui m’éloigne de mon passé

J’ai croisé une rose qui ne pouvait pas avancer

(…)

Et si ton armure est trop lourde

Bien qu’elle t’ai toujours protégé

Sache que la vie est sourde

Quand elle ne doit pas nous blesser »

N’êtes-vous pas d’accord avec lui ? Pour ma part, je crois que les drames de la vie nous empêchent à tout jamais de dire des banalités, comme ces parvenus d’un coma profond qui ont l’impression de renaître et s’émerveillent d’un rien. Et dans le palmarès des blessures de la vie, l’amour en tient une bonne couche… Tomber en amour (avec le risque d’en souffrir), n’est-ce-pas tout ressentir de manière décuplée et être en vie, plus que jamais ?

Hugo, que la poésie se transporte dans l’invisible

Savez-vous combien Victor Hugo aimait les femmes ? Malgré tout, rien ne l’a hanté davantage que l’amour pour sa fille Léopoldine qui lui a été arrachée par une mort prématurée.

« Demain dès l’aube » est le poème le plus connu qu’il lui ai dédié. Vous connaissez la chute de cette si belle ode à la défunte, présentée en premier lieu comme le pas pressé d’un amant qui va retrouver sa dulcinée ? « Demain dès l’aube / à l’heure où blanchit la campagne / Je partirai, vois-tu / car je sais que tu m’attends / J’irai par la forêt, j’irai par la campagne / Je ne peux demeurer loin de toi plus longtemps » Puis le rythme ralentit « Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe / ni les voiles au loin descendant vers Harfleur » Pour parvenir jusqu’à cette désillusion amère « Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe / un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur ».

On raconte que Victor Hugo était lié d’une manière si forte à sa fille qu’une vision éveillée lui aurait annoncé sa noyade. Cette tragédie l’a réduite au silence pendant 3 longues années, avant qu’il ne reprenne l’écriture. Dans un autre magnifique poème qui s’intitule « 3 ans après » il met en tension son rôle de poète voyant chargé de faire passer l’émotion d’un monde à un autre avec sa propre errance, abyssale. Il est dit dans les poèmes de Plutarque que le Rossignol n’émet jamais de chant plus magnifique que lorsque son compagnon meurt. N’est-ce-pas ce chant lunaire et immortel qu’a fait entendre Hugo lorsque l’être le plus cher de sa vie s’en est allé ?

 

Vous arrivez à la fin de cet article qui, je l’espère, vous aura fait voyager. Il y a bien d’autres vers qui valent la peine d’être récités à voix haute et partagés à l’ensemble des femmes, pour qu’elles appréhendent leur belle valeur. S’il vous vient à l’esprit quelques vers qui vous envolent, écrivez-les nous dans les commentaires !

Charlotte Allinieu, pour Celles qui Osent

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