L’histoire des produits menstruels : entre honte et émancipation

En 2020, le marché des produits hygiéniques était estimé à 27,7 milliards de dollars. Dans son essai  Une histoire des produits menstruels (éditions Divergences, février 2023), la chercheuse Jeanne Guien s’intéresse aux mensonges véhiculés par cette industrie lucrative et polluante. Depuis la fin du XIXe siècle, les tampons et les serviettes seraient la clé d’une émancipation féminine, et ce, au détriment de la santé des femmes et de l’environnement. À travers l’histoire des produits menstruels, l’autrice démontre que les protections hygiéniques, symbole de modernité et d’émancipation, ont pourtant largement contribué à la diabolisation des règles, les présentant comme « sales » et « repoussantes »…

L’histoire des produits menstruels

Les femmes utilisent, depuis toujours, diverses protections hygiéniques durant leurs cycles menstruels. Les premières traces de celles-ci remontent à l’Antiquité. Elles ont alors recours à des bandes de coton, de lin ou de laine entourées autour d’un petit bâton de bois, faisant office de tampon. Mais au cours des époques, les protections hygiéniques disparaissent petit à petit et au Moyen-Âge, on laisse tout simplement le sang s’écouler, sang qui est ensuite absorbé par les jupons des femmes. Puis, à la Renaissance, les premières serviettes hygiéniques apparaissent.

Il faut attendre le XIXe siècle pour une véritable révolution des protections périodiques. Les premières serviettes lavables sont alors commercialisées. Avec la théorie des germes de Pasteur naît l’idée qu’il serait propice au développement des bactéries de porter des vêtements tachés de sang plusieurs jours d’affilée. Parallèlement, la première coupe industrielle est inventée aux États-Unis, en 1897 (mais ne sera commercialisée que bien plus tard.).

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Les protections hygiéniques : entre honte et émancipation

Dans son brillant essai, Une histoire des produits menstruels, Jeanne Guien démontre qu’au XIXe, les industriels de l’hygiène (en plein essor) ont introduit un sentiment de peur et de honte chez la femme menstruée : avoir ses règles « est sale » et le sang doit être caché à tout prix. Sauf que ce sont ces mêmes industriels qui ont vendu la protection périodique comme un moyen d’émancipation, symbole de modernité permettant à la femme de se libérer de leurs contraintes biologiques.

Au XIXe, les premières protections peinent à se vendre. Jusque là, les femmes utilisaient des linges qu’elles lavaient régulièrement, et ne voyaient pas l’intérêt d’acheter des serviettes. La première entreprise fabricante de protections hygiéniques, Kimberley Clark, ne voit ses ventes décoller qu’à partir des années 1920. À l’origine de ce succès : une publicité faisant l’apologie de « la femme moderne ». Tout comme pour l’épilation, la presse féminine et les industriels insistent sur cette idée de « modernité ». Les linges réutilisables sont alors considérés comme « vieux jeu » et « primitifs ». Or les protections hygiéniques ont largement contribué à la diabolisation des règles, les présentant comme « sales » et « repoussantes ».

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« Ces produits ont servi à absorber le sang autant qu’à cacher son existence », Jeanne Guien dans Une histoire des produits menstruels

Des produits encore polluants et toxiques…

Jeanne Guien rappelle que, dès 1975, les industriels sont alertés quant à la composante toxique de certains produits. Aujourd’hui, le secteur ne fait l’objet d’aucune régulation et la composition de certains tampons continue de demeurer inconnue. Ces derniers peuvent contribuer au développement de nombreuses bactéries, parmi lesquelles on retrouve par exemple le staphylocoque doré, potentiellement mortel. Pourtant, les industriels du secteur continuent d’avoir recours à des produits chimiques pour blanchir le coton, au détriment de la santé des femmes et de l’environnement.

L’essai met aussi en lumière la dimension coloniale des protections hygiéniques. La philosophe donne l’exemple de la marque Always dont les serviettes vendues au Kenya contiennent des traces de polyéthylène, une matière plastique retirée des serviettes canadiennes, européennes et américaines dès 1996 en raison de sa toxicité…

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à lire notre article sur Lauren Wasser, la mannequin qui alerte des dangers des tampons et du Syndrome du Choc Toxique (SCT). 

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Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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