Dian Fossey, la gorilla au Pays des Volcans

Pionnière de la primatologie et icône de la protection animale, Dian Fossey a consacré sa vie à l’étude et à la sauvegarde des gorilles des montagnes. Décriée et menacée, elle s’est battue pour sensibiliser le monde à leur disparition, jusqu’à son assassinat en 1985. Plongez dans le portrait de cette éminente chercheuse, aventurière libertaire au destin d’exception.

Genèse d’une passion : les animaux et la vie sauvage

Née en 1932 à San Francisco, Dian est une petite fille solitaire. Ses parents ont divorcé il y a longtemps et elle vit avec sa mère et son beau-père, très autoritaires. Passionnée d’équitation, Dian rêve de vivre entourée d’animaux, mais on ne lui accorde que la compagnie d’un poisson rouge.

À 19 ans, la jeune fille tente de devenir vétérinaire mais rate ses examens. Elle se tourne alors vers l’ergothérapie et obtient son diplôme 3 ans après. Pour son premier emploi, Dian part pour le Kentucky et s’engage auprès d’enfants handicapés. Elle racontera, plus tard, que cette expérience l’a aidée à appréhender les gorilles.

À 31 ans, obsédée par l’idée d’étudier les animaux sauvages dans leurs environnements naturels, la Californienne s’endette pour s’offrir un safari de plusieurs mois au départ du Zaïre.

« Je rêve depuis longtemps d’aller en Afrique, ce continent où l’on trouve en liberté les animaux sauvages les plus variés. » Gorilles dans la brume, Dian Fossey

Vers de nouveaux horizons : voyage au cœur de l’Afrique

Sur les traces du plus grand des grands singes

La première fois que Dian approche ces animaux, c’est donc en touriste, en 1963.

« Je n’oublierai jamais ma première rencontre avec les gorilles. J’entendis, je sentis avant de voir : le bruit d’abord, puis une puissante odeur musquée, une odeur de basse-cour et, en même temps, une odeur presque humaine. » Gorilles dans la brume, Dian Fossey

À cet instant, la jeune femme en est convaincue : elle reviendra.

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Les Leakey, une rencontre capitale

Durant son expédition à travers l’Afrique, Dian Fossey se rend chez Marie et Louis Leakey, célèbres anthropologues et paléontologues britanniques établis en Tanzanie. Ils y effectuent d’importantes fouilles pour reconstituer les origines de l’espèce humaine.

Dian leur explique vouloir marcher dans les pas du docteur George Schaller, zoologue américain, pionnier de l’étude du gorille des montagnes. Louis Leakey est enthousiaste. Il fait part à la jeune femme du travail de Jane Goodall, en immersion auprès des chimpanzés depuis plus de 3 ans. Le scientifique est convaincu de l’importance d’observer les grands singes dans leur écosystème, car il estime que ces primates détiennent la clé du mystère de l’évolution des hommes.

Dian devra patienter encore 3 années avant que le Docteur Leakey ne lui propose, enfin, de partir étudier les gorilles dans leur habitat naturel.

À la découverte des gorilles des montagnes : le camp de Karisoke

Le 24 septembre 1967, l’apprentie primatologue s’installe au nord du Rwanda dans le Parc National des Volcans. Dans cet espace protégé de 160 km², elle érige son campement baptisé Karisoke. À cet instant, Dian est loin d’imaginer que les deux petites tentes plantées dans cette zone sauvage deviendront plus tard un centre de recherche de renommée mondiale.

250 survivants d’une espèce en voie d’extinction

Dans les années 60, la population du Rwanda est en pleine explosion. À l’arrivée de Dian, le ministre de l’Agriculture vient d’amputer le Parc National des Volcans de près de 9 000 hectares pour les transformer en cultures. Refoulés sur les hauteurs, les gorilles souffrent des températures et meurent fréquemment de pneumonie. Mais beaucoup d’autres dangers menacent leur survie…

Le parc est envahi de chasseurs. Pour traquer le gibier, ils posent des milliers de pièges partout dans la forêt et les primates s’en trouvent parfois mortellement blessés. Pire, lorsque les braconniers tombent directement sur un grand singe, ils le massacrent. La tête de gorille empaillée se vend à prix d’or et les mains servent de cendrier.

Chaque jour, l’intrépide chercheuse organise des battues pour récupérer et détruire les pièges disséminés. Pourtant, des gardes du parc national sont en poste pour protéger les primates. Mais, peu rémunérés, voire pas du tout, la plupart sont corrompus et Dian ne leur fait absolument pas confiance. Plusieurs fois, elle les a vus participer à l’enlèvement de bébés singes pour le compte de riches Américains ou de zoos européens. Mais les gorilles luttent jusqu’à la mort pour défendre leurs petits, alors chaque capture est un immense bain de sang.

Sur la piste des géants des montagnes, un travail colossal

Chaque jour, dans le froid et la brume, la jeune primatologue parcourt des kilomètres de pentes abruptes pour retrouver les familles de gorilles. Pour les approcher, elle imite leurs comportements : marche à 4 pattes, vocalises, feuillages pour se nourrir…

Comme l’avait fait Georges Schaller 7 ans auparavant, Dian se fie aux « empreintes nasales » pour identifier chaque individu. Aucun gorille n’a la même et elle leur donne à tous des petits noms. Il y a Oncle Bert, le grand mâle à dos argenté qui dirige le groupe le plus important qu’elle observe. Il y a aussi Pétula, Simba…

Son préféré, c’est Digit. Toujours avenant, il adore que Dian ramène du monde. C’est d’ailleurs une découverte notable pour la jeune chercheuse : les gorilles pratiquent l’amitié par association. Les amis de leurs amis sont leurs amis !

Au fil des mois, les recherches de Dian sont relayées par le National Geographic. Les articles font le tour du monde et contribuent à sensibiliser l’opinion sur le sort de ces primates pacifiques et craintifs.

Impressionné par les découvertes de la primatologue, Louis Leakey l’incite à présenter une thèse qui lui donnerait enfin une véritable stature scientifique. Dian quitte momentanément ses montagnes pour Cambridge. Celle qui aura longtemps souffert du manque de reconnaissance de la communauté scientifique obtiendra un doctorat en zoologie pour son travail remarquable à l’âge de 42 ans.

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Dian Fossey : une primatologue en croisade

La sauvegarde des gorilles, quoi qu’il en coûte

À son retour à Karisoke, son engagement pour la défense des gorilles tourne à l’obsession. La scientifique s’octroie le pouvoir de police, lève une sorte de milice et pratique ce qu’elle nommera « la protection active ». Tous les coups sont permis : chantage, embuscades, raids de représailles…

Ses rapports avec les locaux sont extrêmement tendus, s’enveniment. Les braconniers rwandais sont nourris de magie noire : elle en joue. Les gens des environs la prennent pour une sorcière. Ils la surnomment Nyiramachabelli, littéralement La femme qui vit sans homme dans la montagne.

Lorsque ses patrouilles parviennent à capturer des chasseurs, Dian les enferme, les interroge et va jusqu’à les faire fouetter avec des orties. Les autorités et les autres chercheurs n’approuvent plus ses méthodes. Loin de faire l’unanimité, sa conduite commence à lui valoir beaucoup d’ennemies.

Massacres et vendetta

Le 31 décembre 1977, l’un des étudiants du camp découvre la dépouille horriblement mutilée de Digit, décapitée et les deux mains tranchées. Dans son rôle de sentinelle, l’animal est mort en menant un dernier combat pour défendre son groupe.

Dian est dévastée. Elle crée le Digit Fund pour le soutien à la préservation active des gorilles, qui deviendra plus tard le Dian Fossey Gorilla Fund pour poursuivre les efforts de sauvegarde initiés par la scientifique.

Les mois passent, elle est inconsolable. Tabac, alcool, violence… La militante s’enfonce dans les excès, mais surtout, intensifie sa guérilla contre les braconniers. Lorsque le cadavre d’Oncle Bert est découvert, c’est le carnage de trop. La réaction de Dian est terrible, viscérale ! Elle envoie sa milice brûler le village où vivent les chasseurs. Cette fois, elle a dépassé les bornes. La scientifique est priée de quitter le pays.

De retour aux États-Unis, Dian profite de sa notoriété pour sensibiliser le plus grand monde au sort de ses protégés en voie d’extinction. La publication de ses mémoires Gorilles dans la brume, dont elle vend les droits à Hollywood, finit de la porter au rang d’icône de la protection animale. Mais une seule idée l’obsède, repartir au Rwanda.

Épilogue tragique, un crime impuni

En 1985 Dian brave l’interdit et retourne à Karisoke. La situation a beaucoup évolué. Le gouvernement rwandais a bien compris qu’il a tout à gagner à développer le tourisme et fait beaucoup d’efforts pour protéger les gorilles.

Sur place, Dian s’isole et sort de moins en moins. Elle boit toujours autant, sa santé se dégrade. Un jour, elle confie à l’un de ses rares amis qu’elle se sent menacée.

Le 27 décembre 1985, le corps sans vie de Dian Fossey est retrouvé dans sa cabane. Elle a été massacrée à la machette. Par qui ? On ne le saura jamais. Sa chambre est sens dessus dessous, le matelas éventré. L’assassin cherchait quelque chose.

Pour la police rwandaise, les chasseurs, ses ennemis jurés, sont à l’évidence les meurtriers. Mais aucun de ses biens de valeur n’a été dérobé. Quelqu’un aurait commandité l’exécution de la scientifique engagée ? Dian avait révélé vouloir profiter de sa collaboration avec l’industrie du cinéma pour dénoncer la complicité entre les trafiquants et les agents officiels d’État chargés de protéger les gorilles. Les hypothèses s’accumulent, mais son meurtre demeure irrésolu.

Dian Fossey avait 53 ans. Selon son souhait, elle repose à présent auprès de ses gorilles. Sa tombe côtoie celle de Digit, son protégé dont elle n’avait jamais pu surmonter la perte.

La femme qui vivait seule dans la montagne aura eu le tort d’attirer l’attention sur cette région du Rwanda, livrée au pillage écologique et à la corruption. Dian Fossey, passionnée solitaire, aura tout sacrifié au gorille des montagnes. Il est certain que sans son engagement, le plus rare de tous les grands singes aurait disparu de la surface du globe. IIs sont aujourd’hui 480 à vivre en sécurité dans les hauteurs des Virunga, protégés par le souvenir d’une primatologue de légende.

« Au cœur des volcans des Virunga, parmi les gorilles, je me sens chez moi. » Gorilles dans la brume, Dian Fossey

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Céline Colonge, pour Celles qui Osent.

Sources :

Gorilles dans la brume, Dian Fossey

Dans les pas de Dian Fossey, France Inter, podcasts du 2 août 2017

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