Biographie de Deborah Bird Rose : des aborigènes aux humanités écologiques

Le nom de Deborah Bird Rose ne vous dit peut-être rien. Pourtant, sa pensée est novatrice et contribue au mouvement naissant des « humanités écologiques ». Autrement dit, l’adaptation de nos savoirs philosophiques, sociologiques, historiques, scientifiques, à la crise écologique actuelle. Née en 1946 et morte en 2018, Deborah Bird Rose est une ethnographe qui a consacré sa vie à l’entrecroisement des questions de justice sociale et d’écologique, à partir d’un long travail sur les aborigènes d’Australie. Celles qui Osent revient, à travers une courte biographie, sur sa vie et sa pensée.

Deborah Bird Rose : un travail de terrain auprès des aborigènes australiens

Née aux États-Unis, Deborah Bird Rose entreprend des études de philosophie et d’anthropologie. En 1980, à l’occasion de la rédaction de sa thèse, elle obtient une bourse de la National science foundation et quitte les États-Unis pour l’Australie, où elle part étudier l’identité culturelle de la communauté aborigène des Yarralin, située dans le Territoire du Nord. Pendant deux ans, elle s’aventure auprès de cette communauté qu’elle observe et auprès de laquelle elle entreprend un véritable travail de terrain.

« En 1980, je suis venue en Australie pour faire des recherches avec les Aborigènes dans l’espoir que, en cas de succès, je pourrais écrire une thèse et obtenir mon doctorat. Je suis venue avec des questions sur le sens de la vie. Je voulais savoir comment un groupe d’Aborigènes de l’arrière-pays australien posait et répondait aux questions fondamentales que les humains se posent partout : pourquoi naissons-nous, pourquoi vivons-nous, pourquoi mourons-nous ? »

Deborah Bird Rose découvre donc, au cours de ces deux années, les cérémonies religieuses de la communauté Yarralin, ainsi qu’une toute nouvelle philosophie religieuse, peu présente dans le monde occidental. Selon les Yarralin, le cosmos est un système viable parce que toutes les parties qui le composent, à savoir les hommes, les végétaux, les animaux, les êtres vivants, mais aussi les saisons, les territoires, sont conscientes et agissent selon des principes fondamentaux, dont le but n’est autre que de construire un cosmos favorable à la vie.

Une analyse postcoloniale : les hidden histories

Si les travaux de Deborah Bird Rose méritent aujourd’hui toute notre attention, c’est parce qu’au cours de sa vie d’ethnographe, la chercheuse a longtemps travaillé sur ces territoires colonisés, aujourd’hui occupés par une poignée d’aborigènes. Très critique de l’enseignement de la colonisation des territoires aborigènes, à qui elle reproche sa version partielle de l’histoire fondée sur les témoignages de colons, elle a l’audace de mettre au jour ce qu’elle appelle des « hidden histories », histoires cachées, sur ces peuples qu’on ne connaît que de « l’extérieur », comme elle l’explique dans ses ouvrages.

Deborah Bird Rose ne s’est pas seulement contentée de faire des recherches. Elle a également agi concrètement pour les droits des Aborigènes aux côtés de Darrell Lewis, un historien et archéologue, spécialiste de la question. Ils ont tous les deux aidé plusieurs communautés aborigènes à revendiquer leurs territoires auprès du gouvernement australien, démarche permise par le Aboriginal Land Rights Act publié en 1976 et autorisant les Aborigènes à réclamer leurs terres initialement occupées par des colons blancs.

« Vers des humanités écologiques »

Deborah Bird Rose défend dès le début de ses travaux de recherche ce qui va devenir essentiel pour les sciences humaines : « les humanités écologiques », émergentes dans le monde universitaire. En s’appuyant sur les savoirs des Aborigènes qu’elle a étudiés en Australie, elle propose un programme politique et théorique pour modifier nos méthodes et nos savoirs grâce à l’écologie.

Deborah Bird Rose ne limite donc pas sa pensée écologique à un domaine unique, à une science suprême et toute puissante, mais cherche à l’étendre à toutes les disciplines, et à dépasser l’habituelle dichotomie nature/culture. Elle cherche également à rompre avec l’idée d’un savoir occidental tout puissant, non situé, qui pourrait se passer d’étudier les croyances, les pratiques, les territoires dans toute leur complexité pour penser l’écologie. Son schéma de pensée et sa démarche sont aujourd’hui essentiels pour penser un monde ainsi qu’un savoir écologiques.

L’écologie vous intéresse ? N’hésitez pas à aller jeter un œil à notre article sur ces femmes qui avaient prédit la catastrophe écologique, ainsi qu’à notre biographie de la militante écologiste indienne Vandana Shiva.

Victoria Lavelle pour Celles qui Osent

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