Clarisse Crémer : recordwoman du Vendée Globe

Celles qui Osent raconte l’histoire de Clarisse Crémer

Un large sourire malgré des éléments déchaînés, des bouclettes blondes dans le vent et un mental d’acier : vous avez reconnu Clarisse Crémer, la navigatrice en vogue qui multiplie les exploits. Armée de son courage et de sa ténacité, elle est la première femme à avoir terminé la neuvième édition du Vendée Globe, le 3 février 2021. Au passage, elle a explosé le record de vitesse féminin de course à la voile. Les vidéos de ses aventures sont une bouffée d’air frais en ces temps où les voyages sont contraints. Avec Celles qui osent, découvrez le parcours atypique d’une skippeuse ébouriffante.

Une Parisienne appelée par le large

Clarisse n’a pas le profil type d’une skippeuse professionnelle. Elle n’a pas grandi sur un bateau, mais en région parisienne, où elle a vu le jour le 30 décembre 1989. Sportive, elle pratique l’athlétisme, comme ses frères aînés. La voile, elle la pratique en loisir pendant les vacances. Ce n’est que pendant ses études supérieures à HEC qu’elle s’y adonne davantage, en présidant le club de voile de l’école de commerce. Elle commence alors à passer “plus de temps sur l’eau que sur les bancs de l’école”. En 2010, elle participe au Tour de France à la voile. 

Clarisse est une élève modèle et discrète, qui a même tendance à “se faire marcher sur les pieds”, d’après sa maman. Celle-ci lui inculque l’importance de se battre dans la vie. Un conseil que Clarisse semble avoir bien intégré, au vu de son mental de battante. 

Virage de bord : Cap sur la Bretagne

Le parcours de la brillante diplômée semble tout tracé. Douée en marketing et en communication, Clarisse se lance dans l’entreprenariat en créant avec son frère Kazaden, une start-up qui propose des séjours outdoor. Ils ont de qui tenir avec leur père, le fondateur du site meilleurtaux.com.

En 2015, la Parisienne vire de bord en décidant d’écouter ses “envies profondes”, qui l’attirent de plus en plus vers la mer. Elle part s’installer en Bretagne avec son compagnon, Tanguy le Turquais. Marin depuis la plus tendre enfance, il lui transmet sa passion pour la course au large. Clarisse le soutient dans la compétition, sur les Mini Transat 2013 et 2015. Elle veut tout apprendre de la navigation, et elle apprend vite. Ils s’engagent ensemble dans la Transat AG2R La Mondiale, puis sont adversaires dans la Solitaire du Figaro. Définitivement mordue, Clarisse enchaîne les courses en 2017 : la Mini Fastnet avec Erwan Le Draoulec puis la Transgascogne, sa première victoire. 

Clarisse sur l’Atlantique : un vent de fraîcheur

“Clacla” se révèle lors de la Mini Transat, une course en solitaire qui relie La Rochelle aux Antilles, sans moyen de communication, à bord d’un mini bateau de 6,5 m. Pour se faire connaître et obtenir des financements, elle se lance sur les réseaux sociaux avec sa campagne “Clarisse sur l’Atlantique”. Elle tourne des vidéos très drôles avec son amie Anne-Laure et crée le hashtag #AllezMichelEtAugustinUneTransat pour convaincre la société Michel et Augustin de la sponsoriser. 

Une fois sur l’eau, elle partage ses aventures en vidéo, avec fraîcheur et authenticité. Elle se montre sans fard et nous embarque dans son quotidien à bord. Elle affronte la fatigue, le froid, l’angoisse, l’obsession du classement. Clarisse vit des moments de découragement, se sent “nulle”, serre son lapin doudou contre elle, reprend ses esprits puis revient en “mode guerrière”. Le cœur battant, on vit en direct sa joie de découvrir qu’elle a décroché la 2è place, après 14 jours de navigation en solo. Cette course lui fait embrasser son destin de skippeuse pro.

Vendée Globe 2020 : une incroyable proposition

Clarisse dénote dans l’univers rude et masculin de la voile. Elle manque d’expérience face à des marins chevronnés. Cependant, sa personnalité et ses performances attirent l’attention de Ronan Lucas, patron du Team Banque Populaire. Il lui fait une proposition incroyable : concourir pour l’édition 2020 du Vendée Globe, la mythique course en solitaire autour du monde. Clarisse n’est pas sûre d’en être capable, mais elle sait qu’il s’agit d’une chance inouïe, et que les conditions sont idéales avec un tel sponsor. Elle va naviguer sur un monocoque de rêve, un Imoca de 18,28 mètres qui a déjà gagné la Route du Rhum et le Vendée Globe. Son coach est Armel le Cléach, le précédent vainqueur de la célèbre circumnavigation. Elle a un peu moins de deux ans pour s’approprier le fonctionnement du bateau, et se préparer physiquement et mentalement à ce défi audacieux.

En mars 2020, alors qu’elle doit commencer l’entraînement sur l’eau, un pénible virus couronné compromet ses plans. Qu’à cela ne tienne, elle tourne une vidéo hilarante avec son compagnon Tanguy sur sa préparation confinée, à grands renforts de seaux d’eau dans la tête.

La course de tous les défis

Le 8 novembre 2020, alors que les Français sont de nouveau confinés, c’est avec une grande émotion que Clarisse prend le large à bord du voilier Banque populaire X. Elle va passer 3 mois en solitaire et parcourir plus de 27 000 milles marins (46 000 km) sans assistance ni escale. Coïncidence ou signe du destin, Clarisse a le même âge que le Vendée Globe, créé en 1989 par Philippe Jantot. En 31 ans, 6 femmes seulement l’ont terminé. 6, c’est également le nombre de femmes dans la compétition 2020-2021, sur 33 participants. En moyenne, la moitié des marins abandonnent en cours de route, en raison des conditions périlleuses. 

Ce n’est pas pour rien que Clarisse est surnommée “la machine” par ses amis. Jour après jour, mille après mille, elle barre sans relâche, affronte les mers du sud démontées, esquive les blocs de glace de l’Antarctique, surmonte son vertige en grimpant au mât pour réparer une voile. Elle documente ses joies et ses peines avec sincérité, souhaitant montrer toutes les facettes de cette folle aventure. Elle s’extasie devant la beauté de la nature et s’énerve quand elle est engluée dans la “pétole”. Elle rit de son “wet look” et de ses culottes en mérinos, fait des expériences culinaires sur son mini-réchaud, surveille avec appréhension la météo. Le public est happé par le feuilleton de son périple maritime. 

Défi relevé et record battu

Ballottée par les flots, aspergée par des torrents d’écume, Clarisse tient bon la barre et mène sa barque jusqu’à son objectif : terminer la course. Euphorique, l’aventurière est la première femme à rentrer aux Sables d’Olonne, le 3 février 2021. Elle est 12è au classement général. Moment de gloire, elle bat le record de vitesse au féminin, 20 ans après Ellen Mac Arthur. Autre fait notable, aucune femme n’avait réussi à boucler le Vendée Globe depuis Sam Davies et Dee Caffari en 2009. Clarisse tient cependant à rappeler que la course à la voile est un sport mixte, et qu’il n’y a pas de classement par genre. 

En montrant les coulisses de ses exploits sur l’eau, Clarisse Crémer met en avant le dépassement de soi, la détermination, la résilience et l’humilité. Elle prouve que l’on peut aller au bout de son rêve. Cela va sans nul doute faire des émules parmi les aspirantes navigatrices et les rêveuses de grands espaces. “Se dire que c’est possible et oser se lancer”, conseille Clarisse. Cela pourrait être le mantra de Celles qui osent !

Solenn Araic pour Celles qui Osent

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